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Coronavirus: comment la France prépare la campagne de vaccination

Photo prise le 11 septembre  2020 dans un laboratoire à Anagni, au sud-est de Rome, en lien avec le vaccin-candidat de l'université d'Oxford

Photo prise le 11 septembre 2020 dans un laboratoire à Anagni, au sud-est de Rome, en lien avec le vaccin-candidat de l'université d'Oxford - Vincenzo PINTO © 2019 AFP

Le gouvernement a provisionné 1,5 milliard d'euros pour financer la campagne de vaccination. Selon Les Échos, l'Hexagone pourrait avoir sécurisé 90 millions de doses pour le premier semestre 2021 grâce aux préréservations effectuées par la Commission européenne auprès de plusieurs laboratoires.

L’exécutif accélère les préparatifs. Une semaine après l’annonce par Pfizer et BioNTech de la découverte d’un vaccin contre le Covid-19 efficace à 90%, le gouvernement continue de travailler sur les contours d’une campagne de vaccination massive avec un objectif de 35 millions de personnes protégées fin 2021, selon Les Échos. "Nous nous préparons pour débuter le plus tôt possible une campagne vaccinale en remplissant deux conditions: que le vaccin soit efficace et soit sûr", a indiqué jeudi, Olivier Véran.

Le ministre des Solidarités et de la Santé a reconnu qu’il s’agissait d’un "chantier monumental". Car au-delà du sanitaire, le défi est avant tout logistique. Dans le cas du vaccin de Pfizer, le gouvernement a par exemple anticipé l’achat de 50 super-congélateurs afin d’être en capacité de conserver les doses reçues à -80 C° comme le préconise le laboratoire américain.

"Nous avons déjà acheté 50 super-congélateurs qui permettent de stocker des produits de santé qui sont reliés à des alarmes, qui seront entreposés dans des endroits sécurisés à partir desquels des équipes pourront se déployer pour ensuite alimenter tous ceux qui seront amenés à être vaccinés", a encore détaillé Olivier Véran.

Négociations européennes

Mais la France ne mise pas sur un seul type de vaccin. Plus exactement, c’est l’Union européenne qui négocie pour elle et les 26 autres États membres auprès de plusieurs laboratoires pharmaceutiques afin de maximiser ses chances. "C’est la Commission européenne qui aujourd’hui met l’argent sur la table. (…) L’important pour (elle), c’est d’avoir une diversité de vaccins pour être sûre que quelques-uns arriverons jusqu’au bout de l’effort ", a souligné ce lundi sur Franceinfo Agnès Pannier-Runacher.

Bruxelles est entré en négociations avec au moins sept fournisseurs différents. "Quatre contrats ont été négociés à ce stade, et deux sont quasiment finalisés", a fait savoir la ministre déléguée à l’Industrie. Dans le détail, des précommandes d’éventuels vaccins sont d’ores et déjà actées avec le suédo-britannique AstraZeneca et l’américain Johnson & Johnson (400 millions de doses chacun) ou encore avec le duo franco-britannique Sanofi-GSK (jusqu’à 300 millions de doses). D’autres accords préliminaires ont par ailleurs été conclus. Le contrat avec Pfizer pour 300 millions de doses devrait pour sa part être finalisé "la semaine prochaine", a déclaré Agnès Pannier-Runacher.

En revanche, les prix négociés demeurent inconnus pour des raisons stratégiques: "Nous souhaitons conserver la confidentialité jusqu’à la fin des négociations. L’objectif est d’avoir le maximum de leviers sur les laboratoires pharmaceutiques avec lesquels on négocie, et donc de ne pas leur donner des références sur d’autres contrats sur lesquels ils pourraient se raccrocher pour obtenir de meilleures clauses", a encore expliqué la ministre rattachée au ministère de l’Economie.

Elle a néanmoins assuré que les négociateurs européens étaient "évidemment attentifs aux prix qu’ (ils) négocient". "Nous avons obtenu, par rapport au premier chiffre exprimé par certains laboratoires, une forme de convergence vers des prix que nous estimons être réalistes et correspondant à l’effort qui est fait en termes d’accélération de développement, de réservations de capacités (…)", a-t-elle poursuivi.

Combien de doses pour la France?

Si les vaccins des différents laboratoires obtiennent une autorisation de mise sur le marché, l’Union européenne se chargera de répartir les doses entre les 27 Etats membres en fonction de leur population. Dans ce scénario optimiste, la France aurait sécurisé 90 millions de doses pour le premier semestre 2021 grâce aux préréservations de l’UE auprès de sept laboratoires, selon une information des Échos. A terme, l’Hexagone pourrait également recevoir "plus d’une trentaine de millions de doses" du vaccin de Pfizer et BioNTech, le plus avancé aujourd’hui, a estimé Agnès Pannier-Runacher.

Le quotidien économique assure que les premières livraisons pourraient se faire dès le mois de janvier avec, pour commencer, 4,4 millions de doses du vaccin d’AstraZeneca et 3,5 millions de doses pour celui de BioNTech et Pfizer. Ceux des laboratoires Moderna et Novavax, également en discussion avec l'UE, pourraient quant à eux arriver dès février. Il faudra à ce stade cibler les publics prioritaires. Une mission confiée à la Haute autorité de santé (HAS) qui avait identifié dès juillet les 2,8 millions de professionnels de santé et du médico-social comme les "cibles prioritaires incontournables".

1,5 milliard d’euros

Pour financer la campagne de vaccination, le gouvernement a provisionné 1,5 milliard d’euros dans le budget 2021 de la Sécurité sociale. Une somme qui participera bien entendu à l’achat des vaccins mais également à l’organisation de la logistique et à la rémunération des personnels qui "distribuent, inoculent ou tracent administrativement chaque injection", notent Les Échos.

L’objectif de déploiement rapide sur tout le territoire pourrait par ailleurs nécessiter la mobilisation de médecins généralistes et d’infirmières, à condition de lever les barrières logistiques et techniques. N’étant pas équipés, il leur est par exemple impossible de conserver à -80C° le vaccin de Pfizer. Dans un premier temps, la solution pourrait consister à autoriser la vaccination en hôpitaux mais également dans les centres de santé, les maisons pluriprofessionnelles de santé, voire les "centre Covid" qui participent déjà au déploiement des tests, rappelle le quotidien économique.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco