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William Saurin: Bruno Le Maire pourrait aller contre l'avis de l'Autorité de la concurrence

L'Autorité de la concurrence a donné son feu vert au rachat du groupe Agripole par Cofigeo. Mais le ministre de l'Économie va utiliser son "pouvoir d'évocation" qui lui laisse 25 jours pour se prononcer. Une première.

Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, va user de son pouvoir d'examiner la décision de l'Autorité de la concurrence d'imposer au groupe Cofigeo de céder des actifs pour reprendre le groupe Agripole (William Saurin, Garbit..), a-t-il annoncé jeudi. L'autorité administrative indépendante a annoncé jeudi avoir donné son feu vert sous conditions au rachat du groupe Agripole, imposant à Cofigeo (marque Raynal et Roquelaure) de revendre sa marque Zapetti et un site de production.

Cette décision lui permettrait "de devenir le numéro un du secteur des plats cuisinés" en conserve (choucroute, cassoulet...) "tout en protégeant les consommateurs, notamment les plus modestes, des risques de hausses de prix sur des produits de première nécessité", selon l'Autorité.

Bruno Le Maire a annoncé dans un communiqué qu'il userait de "son pouvoir d'évocation", lui laissant 25 jours pour se prononcer sur cette opération. C'est la première fois qu'un ministre de l'Économie use de ce droit depuis sa création en 2008. "Cette opération appelle également une appréciation sous l'angle de motifs d'intérêt général tels que le maintien de l'emploi et le développement industriel", a-t-il expliqué. Il rendra sa décision au plus tard le 19 juillet.

"Contexte de fraudes lourdes"

"En réexaminant l'opération, le ministre statuera pour des motifs d'intérêt général autres que le maintien de la concurrence", a tenu à souligner l'AAI dans un communiqué. Cofigeo, un des leaders français des plats et produits appertisés (aliments en conserves, ndlr), s'est félicité de la décision du ministre.

"Nous nous réjouissons que le ministre et ses services aient tenu compte des réalités de la gestion d'un groupe industriel qui s'est lancé depuis 12 mois dans le défi de redresser et de dynamiser les activités reprises suite à la faillite du groupe Agripole", a déclaré le président de Cofigeo, Mathieu Thomazeau, cité dans un communiqué. "Aujourd'hui, notre objectif est de sauvegarder les emplois et l'intégrité de notre groupe au service d'un projet industriel français en unifiant les forces de William Saurin et de Raynal et Roquelaure", a-t-il ajouté.

De son côté, Bruno Le Maire a expliqué que sa décision "s'inscrit dans le contexte des fraudes lourdes ayant conduit aux difficultés et à la reprise du groupe Financière Turenne Lafayette" (FTL). Le maquillage des comptes de FTL avait été révélé par un audit mis en oeuvre peu après la mort de la dirigeante du groupe, Monique Piffaut, fin novembre 2016. L'État avait déposé en urgence 70 millions d'euros dans un fonds spécifique, dans le but de maintenir l'activité de ce groupe avant d'obtenir un accord avec des banques.

"Jusqu'à hier, Cofigeo contestait notre analyse et nous a demandé de ne pas retenir de décision avec une injonction", a expliqué la présidente de l'Autorité administrative Isabelle de Silva lors d'un point presse jeudi matin. "La possibilité que le ministre intervienne si la société faisait appel à lui faisait parti des options prévues dans la loi de 2008", a indiqué Isabelle de Silva en précisant que c'était la première fois qu'un ministre exerçait ce droit.

P.L avec AFP