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Une pinte, mais sans alcool: les ventes de bière sans alcool s'envolent en France

Les bières revendiquant "0,0%" d'alcool se multiplient dans les rayons des supermarchés. Certains grands brasseurs comptent même vendre autant de bière sans alcool qu'avec alcool dans les prochaines années.

C'est la même bouteille, la même capsule, la même couleur… et le même goût ? Les bières sans alcool, estampillées 0,0% sur l'étiquette, se multiplient dans les rayons des supermarchés. Les adeptes n'ont jamais été aussi nombreux: selon Kantar WorldPanel, près de 22% des foyers français ont acheté des bières sans alcool l'année passée. Sur une durée plus longue, le recrutement est encore plus significatif: on compte 3,6 millions de nouveaux foyers acheteurs entre 2015 et 2020. Ce qui était auparavant un crime de lèse-majesté est aujourd'hui le segment le plus dynamique du marché.

Tous les géants du secteur s'infiltrent dans la brèche depuis quelques années. Le groupe néerlandais Heineken (Affligem, Desperados), le belge AB InBev (Hoegaarden, Jupiler, Stella Artois, Leffe) comme l'alsacien Kronenbourg (1664, Grimbergen), filiale de Carlsberg, proposent maintenant une version 0,0% de leurs principales marques, vendue quasiment au même prix.

Du côté des groupes régionaux, on peut aussi citer la Brasserie de Bretagne ou La Goudale. Même les Irlandais s'y mettent: Guinness s'apprête à se lancer dans les îles britanniques.

Procédé de désalcoolisation

Avec l'évolution des techniques industrielles, il est désormais possible de produire des bières à très faible teneur en alcool voire sans alcool du tout, grâce au procédé de désalcoolisation: la bière est brassée et fermentée puis l’alcool est enlevé par évaporation, sans trop altérer le goût. De quoi capter toute cette clientèle croissante d'amateurs qui souhaitent diminuer leur consommation d'alcool pour faire attention à leur santé, sans renoncer au côté festif et convivial qu'ils attendent de la bière. Mais aussi tous ceux qui ne boivent pas d'alcool et peuvent désormais découvrir la bière.

Le succès est là: les bières sans alcool ne représentent encore que 3,6% du marché total, mais le chiffre d'affaires de leurs ventes sur les douze derniers mois est en hausse de 49% par rapport à la même période deux ans plus tôt, selon le panéliste Iri.

Du côté des brasseries artisanales, on lorgne aussi sur ce créneau porteur. Mais plutôt que la désalcoolisation, coûteuse sur des petits volumes de production, on emploie le plus souvent un brassage classique, en utilisant des levures spécifiques et des céréales peu fermentescibles.

"Les brasseries artisanales vont ajouter une nouvelle bière à leur gamme, c'est une formule différente, ce n'est jamais une version sans alcool d'une de leurs bières existante, comme le font les grands groupes industriels", explique Elisabeth Pierre, "zythologue" et autrice du Guide Hachette des bières – les bières sans alcool font leur entrée dans l'édition 2021.

"On est plus du tout sur les recettes d'avant, dont le résultat avait un côté 'malt mouillé' désagréable. Aujourd'hui, en termes de goût, à l'aveugle, il est souvent difficile de faire la différence avec une bière alcoolisée", poursuit l'experte.

"Le monde de la bière a évolué"

Sur son site de e-commerce "Gueule de joie", dédié aux "alcools sans alcool", Jean-Philippe Braud propose 80 références issues de brasseries artisanales en France et en Europe. Pour le Nantais, c'est la bonification de la bière sans alcool qui explique sa forte croissance aujourd'hui. Le Français, de manière générale, n'aime pas que l'on modifie ce qu'il a l'habitude de boire ou de manger.

"Le monde de la bière a évolué, et les clients l'ont compris. Les brasseurs engagent leur image en proposant ces nouveaux produits, s'ils le font c'est qu'ils sont sûrs du résultat", affirme-t-il.

La consommation d'alcool baisse régulièrement d'année en année en quantité comme en fréquence, mais pas forcément en valeur: les Français boivent moins, mais mieux. La bière artisanale et les bières de dégustation produites par les grands groupes – bières d'abbaye par exemple – ont le vent en poupe.

C'est net pour Kronenbourg: selon les derniers résultats de l'entreprise, les ventes cumulées des bières de dégustation, des aromatisées et des sans alcool représentent plus de 35% de son portefeuille aujourd'hui, contre 10% en 2010. La filiale de Carlsberg vise 50% en 2025.

Mais de quoi parle-t-on exactement lorsque l'on évoque une bière sans alcool?
Le terme peut être trompeur: selon la législation en vigueur, toute bière dont la teneur en alcool ne dépasse pas 1,2% peut être qualifiée de telle. Prenons l'exemple de la Kronenbourg "Pur Malt" née dans les années 2000: vendue comme "sans alcool", elle affiche en réalité 0,9% d'alcool sur l'étiquette. Pour les bières "0,0%" – ce sont celles-là qui prolifèrent aujourd'hui – il n'y a pas de règle établie: certaines n'en contiennent pas du tout, tandis que d'autres tournent autour de 0,03%.

Jérémy Bruno Journaliste BFMTV