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Une agriculture 100% biologique augmenterait les émissions de CO2

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Selon une étude britannique, une agriculture 100% biologique à l'échelle d'un pays augmenterait les émissions de gaz à effet de serre du fait de ses rendements bien moindre que l'agriculture conventionnelle.

Passer au bio pour lutter contre le réchauffement climatique? Ce n'est peut-être pas une si bonne idée que ça. Selon une étude britannique réalisée par des chercheurs de plusieurs universités et publiée dans la revue Nature et reprise sur le site du MIT, une agriculture qui serait à l'échelle d'un pays 100% biologique aurait des effets néfastes sur le climat.

Selon les auteurs de l'étude, pour la même quantité d'alimentation produite, les émissions de gaz à effet de serre pourraient augmenter de 21% par rapport à la même production en agriculture conventionnelle. Une conclusion qui peut étonner mais qui est très bien expliquée par les chercheurs qui ont mené ces travaux.

L'étude porte sur la production agricole en Angleterre et au Pays de Galles qui est aujourd'hui majoritairement conventionnelle et qui serait, selon les différentes estimations, responsable d'environ 9% des émissions de gaz à effet de serre du Royaume-Uni.

Dès lors, se demandent les auteurs de l'étude, pourquoi ne pas passer au bio pour limiter l'empreinte carbone de cette production? Et effectivement, notent-ils, si la même surface de terre exploitée aujourd'hui passait d'un claquement de doigt en bio, les émissions de gaz à effet de serre reculeraient de 20% pour les cultures et de 4% pour l'élevage.

Six millions d'hectares supplémentaires

Petit problème cependant, la production en bio a des rendements bien inférieurs à la production conventionnelle. L'absence d'engrais devrait en outre être compensée par l'introduction de plantes légumineuses qui fixeraient l'azote dans les sols (ce que fait l'engrais chimique actuel). Ce qui réduirait la quantité disponible des terres pour la production agricole. Les auteurs de l'étude estiment à 40% la baisse de production sur les actuelles terres cultivées par rapport à l'agriculture conventionnelle.

Seule solution pour nourrir la population: importer massivement des produits agricoles. "Nous estimons que si l'agriculture biologique devait être adoptée sans changement de régime alimentaire, il nous faudrait près de six millions d'hectares de terres supplémentaires", relève Philip Jones, un des auteurs de l'étude de l'Université de Reading. Or six millions d'hectares supplémentaires cela représente 21% de la surface agricole française par exemple. Et ce pour nourrir le seul Royaume-Uni. Des millions d'hectares qu'il faudrait prendre sur les prairies et les forêts qui permettent de stocker du carbone dans le sol et donc de limiter les émissions. Dans ce scénario-là, les émissions globales grimperaient de 21% par rapport à l'agriculture traditionnelle, estiment les auteurs de l'étude.

"Le bio doit s'accompagner de changements alimentaires"

Si passer au 100% bio présenterait des avantages comme la purification de l'air, de l'eau et des sols, reconnaissent les auteurs, son impact sur les émissions et donc le climat ne serait pas positif.

Si les critiques ne remettent pas en cause les résultats de l'étude, ils estiment en revanche qu'elle est en partie biaisée. "Elle ne suppose aucun changement dans le régime alimentaire, ce qui est clairement intenable compte tenu de la crise alimentaire mondiale, estime sur Twitter Rob Percival, le responsable de la Soil Association qui milite pour le bio au Royaume-Uni. Nous savons depuis des années que les changements alimentaires comme le végétarisme ou manger moins de viande mais de meilleure qualité profiteront à la santé de la population et libéreront des terres, rendant ainsi possible un scénario biologique."

Effectivement les consommateurs de produits bio sont aussi ceux qui achètent de produits de meilleure qualité et qui consomment moins de viande. Sauf que penser que ces modes de consommation gagneront l'ensemble de la société est un pari risqué selon les auteurs de l'étude. "L’hypothèse concernant les régimes est cruciale: les consommateurs de produits biologiques aujourd’hui sont un groupe qui s’auto-sélectionne et qui n’est pas représentatif de la nation", estime Adrian Williams de l’Université de Cranfield et coauteur de l'étude. Autrement dit si les consommateurs de bio actuels ont adapté leur régime alimentaire, il est difficile d'extrapoler ces comportements de niche à l'ensemble de la population.

En France le bio représente aujourd'hui 4,8% de la consommation en grande distribution. Et si les experts estiment qu'il va continuer à progresser, ils pensent aussi qu'il finira par plafonner. Selon le panéliste Nielsen, ce plafond pourrait être aux alentours de 11% en France.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco