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Tesco: une erreur de comptes de 300 millions d'euros, et des questions

Tesco a surévalué ses prévisions de profits pour le semestre de 317 millions d'euros.

Tesco a surévalué ses prévisions de profits pour le semestre de 317 millions d'euros. - Leon Neal - AFP

Le géant britannique de la distribution a admis ce lundi une erreur de 300 millions d'euros dans ses comptes. Le problème vient d'une prévision de résultats qui, selon les auditeurs du groupe, est sujette à manipulation.

Plus de 300 millions d'euros. 10% de ses bénéfices totaux. L'erreur qu'a reconnue le géant britannique de la distribution Tesco dans les comptes semestriels qu'il s'apprêtait à publier le 1er octobre n'est pas mineure. L'action du groupe a perdu plus de 11,5% en Bourse ce lundi 22 septembre.

Le troisième distributeur britannique a annoncé lundi matin avoir surestimé ses prévisions de profits, formulées à la fin de l'été, de 317 millions d'euros. Cette erreur oblige Tesco à reporter la publication de ses résultats semestriels, initialement prévue la semaine prochaine, elle n'interviendra que le 23 octobre.

Les explications floues de Tesco

Mais comment une erreur d'une telle ampleur peut-elle advenir? Dans son communiqué, Tesco évoque "des revenus considérés comme plus élevés et le report de coûts", sans plus de précision.

En réalité, selon le Financial Times, il semble que le problème vienne des "commercial incomes" de Tesco. Un terme qu'on pourrait traduire par "marges arrières", qui désigne en fait les ristournes concédées par les fournisseurs de l'empire de la distribution en cas d'atteinte d'un certain objectif de ventes.

Il apparaît que Tesco a surrévalué ses objectifs de ventes, et donc les rabais dont il pourrait bénéficier. Ainsi, il pâtit non seulement du manque à gagner des ventes non-réalisées, mais aussi de l'absence de ces promotions.

La direction du distributeur, en grosses difficultés ces derniers temps, peut difficilement prétendre tomber de l'échelle. Déjà dans ses comptes 2013, le cabinet chargé d'auditer ses comptes, PWC à l'époque, avait alerté sur les risques liés à ces "commercial incomes". Les auditeurs estimaient qu'il y avait une grande part de subjectivité dans l'estimation de ces "marges arrières", et un fort risque de "manipulation de ces comptes".

Des comptes manipulés ?

Quel intérêt pourrait avoir eu Tesco à manipuler cette ligne de ses comptes? D'abord, "le montant des bonus dépend des éléments comptables", précise Luc Paugam, professeur au département comptabilité-contrôle de gestion de l'Essec. Et puis "si vous vous attendez à partir d'une société et que vous avez des stocks options, vous avez intérêt à quitter l'entreprise sur de bons résultats", ajoute-t-il.

Justement, le directeur général du groupe, Philip Clarke, a été remplacé le 1er septembre par David Lewis, ex-Unilever. "Il n'est pas rare qu'une nouvelle équipe dirigeante passe les comptes de résultats à la maille de fer. Souvent, cela se traduit par une dépréciation des résultats antérieurs, à imputer à l'ancien dirigeant. Pire sont les résultats, plus vous avez de chances de les améliorer", souligne Luc Paugam.

La nouvelle direction a annoncé ce lundi qu'elle avait mandaté le cabinet Deloitte pour passer les résultats des années précédentes au crible.

Nina Godart