BFM Business

Sur quels rayons les grandes surfaces ont-elles les marges les plus élevées?

La marge nette du rayon fruits et légumes se situe au-dessus de la moyenne

La marge nette du rayon fruits et légumes se situe au-dessus de la moyenne - Thomas Samson - AFP

L'Observatoire des marges et de la transformation a publié mardi son sixième rapport. Le document permet de voir que les distributeurs ne gagnent pas de l'argent sur tous les produits alimentaires, loin s'en faut.

"Au fond, la principale conclusion que l'on peut tirer est qu'au moins depuis 2013, le seul 'véritable gagnant' est tout simplement le consommateur". C'est ainsi que Philippe Chalmin, le président de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, a présenté les conclusions de son sixième rapport annuel mardi.

Des consommateurs qui bénéficient de prix stables alors que les producteurs, eux, ont dû au contraire faire face à des marchés agricoles instables. A fortiori pour les céréaliers pour qui 2016 a été un véritable annus horribilis. À tel point que leurs mauvaises récoltes ont suffi à retrancher 0,2 point à l'ensemble de la croissance française. "À l’autre bout de la chaîne, le consommateur final est de moins en moins conscient de cette instabilité", déplore Philippe Chalmin.

Mais au-delà de ce constat, l'Observatoire remplit la fonction pour laquelle il a été créé en 2010, à savoir faire la lumière sur le niveau des marges de la grande distribution sur l'ensemble des produits alimentaires. Et sur ce point, rien de vraiment neuf sous le soleil. "Pas d'infléchissement majeur", résume Philippe Chalmin. Mais pour les non-initiés, les données restent intéressantes. Ainsi, celles publiées par l'Observatoire montrent que pour la grande distribution, les marges prises au niveau des hyper et des supermarchés ne sont pas faramineuses.

Des écarts entre les rayons

Globalement, les grandes surfaces étaient en 2015 (dernières données disponibles) à l'équilibre sur l'alimentaire. Ainsi sur 100 euros de chiffre d'affaires, les grandes et moyennes surfaces réalisaient en moyenne une marge nette avant impôt sur les sociétés de 1,3 euro. Pas sensationnel, même s'il y a des écarts selon les rayons. Ainsi, la charcuterie et la volaille dégagent des marges bien plus importantes que la marée (poissons, fruits de mer), nettement dans le rouge.

Marge avant Impôt sur les sociétés pour 100 euros de CA sur le rayon

-
- © -

À noter qu'en règle générale, le prix d'achat des denrées alimentaires pour les hyper et super est compris entre 67 et 77% du prix du vente final (hormis la boulangerie-pâtisserie, à 41%) soit une marge brute entre 23 et 33%. Le reste des coûts se répartit entre les charges propres de chaque rayon (fournitures, eau, gaz, frais sur les matériels, frais de personne dans les rayons) et charges communes (immobilier, frais de personnels hors rayons, taxes, etc…).

Une question de frais de personnels

Les différences de marges entre les rayons s'expliquent surtout par les frais de personnels, plus élevés dans le rayon boucherie que pour la volaille et la charcuterie, parce que le travail de découpage des carcasses et des portions y est bien plus important. La logique est identique pour les rayons marée (les poissons doivent être vidés, écaillés et découpés) et boulangerie (transformation de la farine). Pour ce dernier, les coûts des installations (fours) et de la consommation d'énergie achèvent de réduire nettement la marge brute, pourtant élevée (59%).

Il n'en reste pas moins que si ces marges ne sont pas faramineuses, à l'autre bout de la chaîne, les producteurs eux-mêmes sont à plaindre. "On ne peut que constater le fait, qu’en moyenne, les producteurs ne couvrent pas la réalité de leurs coûts de production (en intégrant leur travail et leur capital)", constate ainsi Philippe Chalmin. Les syndicats agricoles ont d'ailleurs profité de la publication du rapport pour tacler les autres acteurs. La FNSEA a publié un communiqué dans lequel elle écrit qu' "à nouveau on peut déplorer que la valeur soit captée par les acteurs de l'aval de la filière, industriels et distributeurs confondus, pendant que les producteurs souffrent de la baisse des prix de leur production". "Industriels et grande distribution sont responsables de la difficulté économique dans laquelle nous sommes", ont pour leur part affirmé les Jeunes Agriculteurs.

Julien Marion