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Sucre: la fin des quotas européens ouvre la voie à la baisse des prix

La tonne de sucre blanc a atteint mercredi 27 septembre son plus bas niveau depuis deux ans à 353,30 dollars (300 euros) à Londres

La tonne de sucre blanc a atteint mercredi 27 septembre son plus bas niveau depuis deux ans à 353,30 dollars (300 euros) à Londres - Alberto PIZZOLI-AFP

La fin des quotas sucriers et des prix garantis dans l'UE à compter du 1er octobre expose le secteur à la volatilité des cours mondiaux et à la concurrence comme ce fut le cas pour le lait en 2015. Mais les industriels se sont préparés à l'échéance et Bruxelles a maintenu des droits d'importation élevés.

Après le lait en 2015, le sucre est désormais exposé à la concurrence européenne et mondiale. Depuis dimanche, les quotas de sucre dans l'UE, les derniers qui subsistaient au sein de la Politique agricole commune (PAC), ont disparu.

Cette gestion administrée de la production européenne régulait le niveau de production et garantissait un prix aux producteurs européens de betterave sucrière. Certains redoutent déjà que cette libéralisation ait les mêmes conséquences sur la filière que la fin des quotas laitiers en 2015.

Le secteur sucrier européen a déjà fermé 80 usines

"Nous pensons que le secteur est équipé et bien préparé", a insisté la Commission qui a ouvert un observatoire européen du marché du sucre "pour soutenir le secteur à mieux faire face à la volatilité des marché grâce à des analyses et informations sur les tendances des marchés". Le secteur a bénéficié d'environ 5,4 milliards d'euros pour sa restructuration. Plus de 80 usines ont fermé dans l'UE, soit quatre sur dix.

Directement concernée par cette libéralisation, la France est, de loin, le premier producteur de sucre blanc de l’UE, avec plus de 30% de la production, devant l’Allemagne (22 %). Mais, contrairement au secteur du lait et de l'élevage, l'Hexagone compte dans ses rangs une industrie sucrière déjà concentrée: Tereos, leader français et numéro quatre mondial (neuf usines en métropole), et Cristal Union, deuxième groupe français et cinquième européen.

En terme de productivité, chaque année, la France produit en moyenne treize tonnes de sucre par hectare de betterave. Les rendements y sont parmi les plus élevés de l’UE, selon un document de Business France sur la filière Sucre. En outre, l'industrie hexagonale voit d'un bon oeil la fin des plafonds d’exportation vers les pays tiers (hors UE), se traduisant en de nouvelles opportunités pour la filière.

Les prix internationaux du sucre sont au plus bas

La conséquence attendue de la fin des quotas pour les gros acheteurs de sucre que sont le secteur de l'agroalimentaire et les consommateurs, est la baisse de prix, sous la pression désormais des marchés internationaux.

En septembre, les prix à l'international tournaient autour de 311 euros la tonne, tandis qu'ils étaient stables depuis plusieurs mois dans l'UE, à près de 500 euros la tonne (501 euros en juillet 2017, dernier chiffre disponible). Quelques jours avant la fin des quotas, la tonne de sucre blanc a atteint mercredi 27 septembre son plus bas niveau depuis deux ans à 353,30 dollars (300 euros) sur le marché de Londres.

Le secteur sucrier européen ne reste pas sans protection malgré la fin des quotas. Les droits d'importations de sucre dans l'UE restent élevés, hors accords commerciaux préférentiels. De même, des aides aux revenus des agriculteurs sont disponibles, notamment sous la forme d'un "soutien couplé facultatif" qui permet actuellement à onze États membres de soutenir leurs producteurs de betteraves sucrières.

Les chiffres clés de la filière sucrière française

  • La France est le 1er producteur de sucre blanc de l’Union européenne (UE), avec plus de 30 % de la production, devant l’Allemagne (22 %).
  • Au niveau mondial, la France se classe au 10e rang. Le sucre est produit en France à partir de betterave (en métropole) ou de canne (DOM).
  • La filière sucrière emploie 44 500 personnes en France et génère un chiffre d’affaires de plus de 4,3 milliards d'euros.
  • Le sucre français est principalement expédié vers les pays de l’UE (86 % des exportations). Hors UE, les principaux clients sont localisés au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest.
  • Les débouchés du sucre en France sont à 10 % destinés au sucre de bouche). La plus grande partie (60 %) est destinée à l’industrie agroalimentaire : confiserie, chocolaterie, biscuiterie.
  • 26 000 planteurs ont cultivé, sur plus de 383.000 hectares, 34 millions de tonnes de betteraves sucrière à 16 % de richesse en sucre. Pr an, la France produit en moyenne 13 tonnes de sucre par hectare de betterave.

Source : "Filière Sucre"-Business France (avec Coop de France)

Frédéric Bergé