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SNCF: 60 millions de consommateurs dénonce la complexité des tarifs et des prix qui font le grand écart

Alors que la SNCF avait promis plus de clarté dans ses tarifs, le magazine 60 Millions de consommateurs estime, après avoir enquêté sur le sujet, que les promesses n'ont pas été tenues.

Plus de flexibilité et surtout plus de clarté. C'est ce qu'avait promis la SNCF en mai 2019 avec le lancement de nouvelles offres. Las près d'un an plus tard, il semble que ce ne soit pas vraiment le cas.

C'est en tout cas ce que révèle une enquête du magazine 60 Millions de consommateurs, corroborant le constat que font nombreux usagers de la compagnie ferroviaire.

Les tarifs font par exemple toujours le yo-yo. Le magazine s'est plongé dans le maelstrom tarifaire de la SNCF et a étudié les prix de 3000 trajets. Sur une même destination, le tarif proposé au voyageur peut ainsi être multiplié par près de douze selon la date de son voyage ou le moment où il achète son billet. Ainsi sur un Aix-en-Provence-Paris, le tarif le plus bas constaté par 60 Millions est de 10 euros quand le plus élevé peut atteindre 116 euros. Comment expliquer un tel écart? Le premier est un billet acheté deux mois à l'avance pour un voyage en semaine. Le second un billet de dernière minute pour un voyage le week-end.

Depuis l'introduction du système du yield management au début des années 1990 qui fait varier les prix en fonction du remplissage du train, ceux qui ont anticipent le plus leur voyage sont gagnants. Et cette prime aux voyageurs prévoyants a été calculée par le magazine. Elle atteint entre 8 à 13% sur les billets TGV et Intercités dès lors qu'on s'y prend un mois à l'avance plutôt que quinze jours avant de partir. En réservant deux mois à l'avance, le gain est de 20% en moyenne.

La SNCF assume le grand écart

Ainsi pour un trajet le week-end, le tarif moyen constaté est de 46,14 euros en s'y prenant deux mois à l'avance contre 56,97 euros pour les billets pris quinze jours avant le voyage. Pour les voyages en semaine, le prix moyen passe de 30,71 euros (deux mois à l'avance) à 38,63 euros (15 jours).

Des prix qui varient aussi logiquement selon la période de l'année. Partir pour un week-end de janvier vous coûtera bien moins cher que pour le pont du 8 mai. Lors de son relevé de prix effectué en janvier, le magazine a ainsi constaté que la plupart des prix pour ce week-end du 8 mai étaient déjà au plafond (les prix des billets de train sont plafonnés en France). Mais pas sur toutes les destinations.

Ainsi cinq des six TGV ralliant Lyon depuis Paris étaient déjà à 97 euros, de même que tous les TGV vers Bordeaux (111 euros) et cinq des sept TGV pour Marseille (116 euros). En revanche un seul des TGV Paris-Strasbourg l'était. La capitale de l'Alsace n'étant , apparemment, pas la destination la plus prisée pour le mois de mai.

La SNCF assume ces écarts de prix. "Les trains à l’Ascension ou à Pâques sont très demandés, se défend Frédérique Pasquier, la directrice des prix à la SNCF. Donc, si je ne veux pas être en incapacité de vendre vingt jours avant le départ du train, je vais pratiquer des prix assez chers pour inciter la demande à se reporter sur les jours d'avant ou d'après."

Le OuiGo moins cher mais contraignant

Une politique tarifaire dénoncé par certains clients qui s'estiment victimes d'une injustice mais qui permet pourtant un meilleur remplissage des trains et une baisse globale des prix constatés depuis quelques années. La SNCF assure que le panier moyen (le prix moyen du billet de TGV payé par les voyageurs) a bien baissé depuis quatre ans. Il était de 50 euros en 2014, il serait de 47 euros en 2018, soit une baisse de 6% en 4 ans. Par exemple, le Aix-en-Provence-Paris était à 120 euros plein tarif en 2015 sur un TGV classique, il est aujourd'hui à 116 euros. Une baisse légère mais une baisse tout de même.

Dans l'ensemble, les baisses de prix sont dues à la généralisation des TGV OuiGo. Les TGV low-cost de la SNCF (sièges un peu moins confortables, nombre de bagages limité...) couvrent près de 20% du trafic général des TGV aujourd'hui. Et la SNCF compte faire monter ce chiffre à 25% d'ici la fin de l'année. Des tarifs avantageux avec des prix d'appel six à sept fois moins élevés que sur les TGV classiques rebaptisés InOui (16 à 19 euros au départ de Paris). Le problème c'est qu'outre le confort, il faut aussi renoncer à la flexibilité. On ne peut pas échanger un billet OuiGo contre un billet InOui. Ce qui réduit les possibilités d'échange. Et les billets sont par ailleurs non-remboursables. Le prix à payer pour voyager pas cher.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco