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Santé publique : la réforme des maternités en question

Il ne reste que 535 maternités en France

Il ne reste que 535 maternités en France - -

Le récent décès à l'hôpital parisien de Port-Royal relance le débat sur la réorganisation des maternités en France lancée dans les années 90. Les objectifs de sécurité sanitaire et de rentabilité semblent avoir du mal à coexister.

Après la mort du bébé in utero à la maternité de Port-Royal à Paris ce dimanche 3 février, la situation des maternités en France revient au coeur des débats.

Afin d’offrir des moyens corrects d’accueil, la tendance a été à la concentration des accouchements dans de grandes structures dotées d’équipements très modernes. Une idée qui se voulait rassurante, sachant que le nombre d’accouchements à risque a augmenté en France. Ceux de types 3 (voir encadré) sont passés de 19,4% en 2003 à 23,1% en 2010, alors que les accouchements de type 1 ont reculé (36,3% en 2003 à 30,2% en 2010).

Cette concentration a été le résultat des différents plans de périnatalité dont premier a lancé en 1970. Le dernier, celui de 2005-2007, avait pour but de mettre aux normes les maternités et services.

Mais le résultat n’a pas forcément été à la hauteur des espérances. "On est allé trop loin dans la déstructuration de notre tissu de maternités", déplore l’urgentiste Patrick Pelloux. Le nombre de maternités est passé de 1 400 dans les années 1970 à 756 en 1995, pour arriver à 535 en 2010.

Moyens humains multipliés par trois

"On a multiplié par dix les moyens techniques, mais seulement par trois les moyens humains", affirme quant à lui Nicolas Dutriaux, secrétaire-adjoint du Collège national des sages-femmes (CNSF). Selon lui, les grandes structures font du monitoring à distance, une sage-femme surveillant le rythme cardiaque du bébé de plusieurs patientes en même temps. "Mais la machine ne sonne pas quand une femme commence à saigner", a-t-il fait remarquer, estimant que rien ne remplace la présence d'une sage-femme.

Ce qui expliquerait peut-être que la mortalité infantile en France stagne (3,37 décès pour 1000 naissances en 2010) alors que, selon l'Insee, elle continue de se réduire dans d’autres pays européens.

Une minorité d’établissements déclare avoir souvent des difficultés pour accueillir des femmes par manque de place (7% en 2010 au total, mais un quart des établissements de type 3 (les plus à risques) contre 2 % de celles de type 1 et environ 5% de celles de type 2).

150 millions d'euros d'économies en 2013

Si le plan n’a pas fonctionné comme attendu, l’explication tient peut-être dans le fait que sa mise en œuvre a été partielle. Selon un rapport d’évaluation de la Cour des comptes de mai 2010, sur les 90 mesures prévues, seules 45% ont été réalisées et au moins 15 % ne l'ont pas été du tout.

Dès 2006, la Cour indiquait que "l'essentiel des marges d'amélioration de nos performances est à attendre de la mise en œuvre de politiques ciblées sur les départements d'outremer et sur les femmes en situation d'exclusion". Pourtant, les services départementaux sont inégalement impliqués. De nombreux départements ne respectent pas certaines des normes minimales d'activité et de moyens, tandis que d'autres les dépassent largement.

De plus, pour les syndicats de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, les maternités sont aussi victimes des restructurations et les restrictions budgétaires.

Une situation qui pourrait empirer. Un nouveau plan prévoit 150 millions d'euros d'économies en 2013. Pire, près de la moitié des gynécologues obstétriciens sera à la retraite dans les dix ans à venir. 

Le titre de l'encadré ici

|||Classement des maternités:

Depuis 1998, les établissements sont classés en fonction de leur capacité à prendre en charge les grossesses. Les plus normales peuvent être assurées par des maternités de niveau 1. Les maternités de niveau II disposent en plus d’un service de néonatalogie permettant la prise en charge des enfants nés prématurément pendant le 8e mois de grossesse. Les plus à risque par des structures de niveau 3, généralement associées à des Centres hospitaliers universitaires (CHU).

Diane Lacaze