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Salles de sport: une réouverture bien trop tardive pour les professionnels

Après huit mois consécutifs de fermeture, les salles de sport peuvent enfin rouvrir leurs portes ce mercredi. Mais les exploitants estiment qu'il ne faut pas parier sur une reprise avant plusieurs mois. Explications.

C'est l'un des secteurs qui est resté le plus longtemps fermé pour cause de crise sanitaire. Après huit mois consécutifs de fermeture, les salles de sport peuvent enfin rouvrir leurs portes ce mercredi. Mais pour les professionnels, la reprise s'annonce difficile. En voici les raisons.

Un protocole sanitaire strict

Pour le moment, les salles doivent appliquer une jauge de 50% donc faire fonctionner une machine sur deux et n'accepter qu'une personne par machine.

Par ailleurs, si le port d'un masque classique ou spécialement dédié à la pratique du sport n'est pas obligatoire (une demande forte obtenue par le secteur), il faudra bien en porter un lorsqu'on circule entre deux machines ou dans les vestiaires.

Interrogé, Décathlon qui produit un de ces masques barrière sportif nous indique qu'il "a trouvé son public depuis sa commercialisation courant mai. A ce stade, il est un peu tôt pour donner des données chiffrées".

Enfin, les douches collectives resteront dans un premier temps fermées (les douches individualisées peuvent rester ouvertes si les salles en sont équipées), la réservation de son créneau est plus que conseillée et les cours collectifs devront accueillir moins de participants (jauge restreinte) et imposer une distanciation.

Des contraintes qui pourraient refroidir les ambitions au moins jusqu'à fin juin, dernière étape du déconfinement.

Des utilisateurs pas (encore) pressés de retourner en salle

Chacun a ses priorités pour ce déconfinement et aller dans une salle de sport ne figure pas encore en tête de liste.

Selon un sondage récent commandé par Freenow, seulement 5% des personnes interrogées estiment que foncer à la salle dès la réouverture "est une priorité". Le chiffre tombe à 4% pour les femmes.

Un mauvais timing

Alors que les grandes vacances approchent à grands pas, les exploitants craignent que les Français soient peu nombreux à souscrire des abonnements en salle, estimant que leurs priorités sont autres et qu'il est trop tard pour "préparer" son corps pour la plage. D'autres préfèreront pratiquer un sport à l'extérieur.

Traditionnellement, le pic de ces abonnements s'observe à la rentrée de septembre ou encore en tout début d'année. "Ce n'est en effet pas une période stratégique pour les inscriptions, il y a beaucoup moins d'abonnements sur cette période", confirme à BFM Business, l'Union Sport et Cycle qui représente le secteur.

"Finalement, ceux qui reviendront sont ceux qui sont encore abonnés, les autres risquent d'attendre plus tard, les exploitants s'ils sont enthousiastes ont conscience que la route sera longue", ajoute le syndicat.

Pendant la période de confinement, la plupart des salles ont perdu au moins la moitié de leur clientèle et elles estiment qui leur faudra des mois pour retrouver un niveau d'activité normal même si des opérations promotionnelles seront prévues.

"Ils ne vont pas revenir en 15 jours, selon notre estimation, cela va prendre 18 mois pour retrouver le même niveau de clients d'avant-crise." indique ce mercredi sur BFM Business, Philippe Herbette, PDG de Fitness Park. "Les établissements auront du mal à retrouver leur rythme de croisière", confirme l'Union Sport et Cycle.

Un avenir loin d'être dégagé

Il faut se projeter vers la rentrée, après les vacances d'été, qui pourrait être une période faste de reprise. Mais des incertitudes demeurent comme une possible quatrième vague en septembre. D'où "le combat pour passer en commerces essentiels, comme le font plein d'autres pays", met en avant Philippe Herbette de Fitness Park.

"Rien n'est acquis et les acteurs sont lucides: de grosses difficultés sont encore à surmonter et il est nécessaire que les accompagnements financiers soient maintenus plusieurs mois", ajoute l'Union Sport et Cycle. Rappelons que pour le moment, les aides sont prévues jusqu'à fin juin.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business