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Rétrospective 2014 : ces entrepreneurs qui se sont attaqués aux monopoles

Face au monopole des auto-écoles, Ornikar veut rendre le permis accessible à tous

Face au monopole des auto-écoles, Ornikar veut rendre le permis accessible à tous - LOIC VENANCE / AFP

Avant même la présentation de la loi Macron,  les professions réglementées ont été confrontées cette année à la concurrence de jeunes entrepreneurs du web. Des jeunes qui innovent sur le terrain de l’offre et des prix et imposent des nouvelles règles du jeu aux notaires, pharmaciens et avocats.

Bouleverser le monopole des corporations établies est devenu un moteur pour de nombreuses start-up. Leur ambition : offrir aux consommateurs des services qui n'existaient pas. Tous ont en commun de se développer essentiellement sur la toile, la révolution numérique ayant fait tomber les barrières à l'entrée. Grâce à des frais de fonctionnement réduits et une communication virale souvent redoutable, ces entrepreneurs sont capables de proposer des tarifs ultra-compétitifs sur des marchés figés comme la pharmacie, l'auto-école et la justice. S'agit-il de concurrence déloyale ? Sans aucun doute, pour les professionnels en place, qui multiplient en réaction les attaques devant les tribunaux. "Non" se défendent les jeunes entrepreneurs qui disent simplement vouloir créer de l'emploi et de l'activité. Retour sur une lame de fond qui touche tous les secteurs et qui va bouleverser notre vie quotidienne.

Décrocher son permis sur Internet

Donner un vrai coup de jeune au permis, l’examen le plus passé en France, c’est cette idée fixe qui pousse Benjamin Gaignault et Alexandre Chartier à se battre depuis 9 mois pour obtenir l’agrément de la Préfecture de Police, nécessaire pour accueillir leurs premiers clients. Leur start-up Ornikar propose de se former au code de la route et de réserver ses heures de conduite sur Internet. Une dématérialisation qui permet de casser les prix avec un forfait à 700 euros, contre 2.000 euros dans une auto-école classique.

Autre innovation: un réseau de 300 moniteurs indépendants avec leurs propres voitures à double-commande qui seront évalués, à la fin de chaque séance, par les apprentis conducteurs. La flexibilité horaire sera plus importante que dans une auto-école classique, les cours, réservables sur le site, seront dispensés entre 7h à 23 heures. Tout est prêt, mais pour l’instant, le rêve d’un permis accessible à tous reste suspendu à la décision du ministère de l'Intérieur. 

Trouver un chauffeur sur son appli 

Non, la guerre avec les taxis n’a pas tué l’activité des VTC, bien au contraire! Malgré une réglementation complexe, les start up ont réussi à imposer un nouveau modèle économique à l’image de Chauffeur Privé qui réalise une croissance hebdomadaire de 5% par semaine. Avec son application qui permet de réserver et de payer en ligne une course dont le prix est fixé à l'avance, la start up permet de réconcilier l’offre et la demande.

A Paris, on dénombre 3 fois moins de chauffeurs par habitants que dans des villes comme New-York ou Londres. D'ici à la fin de l'année, Yann Hascouet, le PDG de la compagnie va donc doubler ses effectifs et recruter 2.000 chauffeurs. Des chauffeurs qui ne sont pas salariés mais indépendants puisqu'ils reversent sur chaque course une commission de 20%. Face aux critiques des taxis traditionnels, Yann Hascouet est formel: "On ne mange le pain de personne! En proposant des services aux consommateurs, on crée de la valeur et des emplois". 

Des médicaments en ligne moins chers qu'en officine 

Loin de l’image du pharmacien bloqué dans son officine, Cédric O'Neill et Sabine Safi se lancent à la conquête du marché chinois. Leur entreprise 1001pharmacies vient de signer un contrat d’1,5 d’euros avec la pharmacie Haituncun.com. Dès 2015, il mettra à disposition des clients du site des produits cosmétiques français. Un joli coup pour l’entreprise montpelliéraine qui permet déjà à 6.000 officines indépendantes de vendre leurs produits de parapharmacie en ligne, 30% moins cher qu'en pharmacie.

Mais la marketplace se heurte à une législation complexe et à la farouche opposition de l'ordre des Pharmaciens. Poursuivi pour "exercice illégal de la pharmacie", le site a été condamné cet été à suspendre la livraison de médicaments à domicile. La loi lui interdit également d'élargir son offre aux médicaments sans ordonnance comme le Doliprane car le site regroupe plusieurs officines physiques. Son concurrent Doctipharma détenu par Lagardère vient en revanche d’obtenir le premier agrément des autorités de santé pour ses pharmaciens partenaires. Sur ce marché estimé à 1 milliard d’euros, la bataille se joue autant sur le terrain de l’innovation que sur celui de la justice.

Y voir clair pour 10 euros

"Le marché de l'optique se fout de nous, personne ne paie le même prix ses lunettes": Paul Morlet

Avec ses lunettes à 10 euros conçues en 10 minutes top chrono, Paul Morlet a bouleversé le monde pas toujours transparent de l’optique! Ce prix défiant toute concurrence attire les foules dans l’unique boutique "Lunettes pour tous". Dans les 300 m2 de la rue Turbigo, qui ressemblent davantage à un Apple store qu’à un magasin d’optique classique, tout va très vite, il se vend environ 250 paires chaque jour.

Le client choisit seul sa monture parmi les 34 disponibles avant d’être reçu par un vendeur muni de sa tablette tactile. Les données et l'ordonnance sont transmises à une machine ultra-puissante, unique en Europe, capable de tailler les verres et de monter les lunettes, à la chaîne. C’est là l'arme secrète de Paul Morlet pour afficher des prix 10 à 15 moins chers que ses concurrents. Pour casser les prix, il joue aussi sur les économies d’échelle. Il se fournit dans les mêmes usines que les grandes marques, en Corée du Sud pour les verres et en Chine pour les montures.

Du haut de ses 24 ans, Paul ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Il prévoit l'an prochain de s'implanter dans les grandes villes de province comme Toulouse, Bordeaux, Nantes et Lille. Un deuxième point de vente pourrait également ouvrir ses portes à Paris pour répondre à la demande exponentielle des clients.

Corriger ses petits problèmes d'audition, sans ordonnance

Ça n’a l’air de rien mais avec son oreillette numérique Sonalto a réussi à briser le monopole des audioprothésistes. Depuis le mois d’août, l’entreprise est autorisée à vendre ses assistants d'écoute en pharmacie et sur Internet. Mais avant d'obtenir le feu vert du ministère de la Santé, Sonalto a enchaîné les assignations au tribunal de grande instance et les convocations de l'Agence nationale du médicament: "Pendant 3 ans, nous avons été des passagers clandestins, notre produit était à la frontière entre le médical et le non médical", raconte Maxence Petit, son co-fondateur.

La bataille judiciaire terminée, Octave, c'est le nom de l'appareil, est désormais accessible sans prescription d'école. Préréglé, il permet de corriger les gênes auditives dans 90 % des cas. Prix de vente: 300 euros quand il faut débourser en moyenne 1.800 euros par oreille pour une prothèse auditive conçue sur mesure par un spécialiste. De quoi permettre à des milliers de personnes malentendantes de s'équiper. C’est son père, ORL, lassé de voir ses patients renoncer à se soigner faute de moyens, qui lui a soufflé l'idée! 

Saisir la justice sans passer par un avocat 

"8 personnes sur 10 renoncent à faire valoir leur droit parce que la justice c'est cher, complexe et long " Jérémy Oinino, cofondateur de Demanderjustice.com

On l'ignore parfois mais pour régler les petits litiges de moins de 10.000 euros (avec son opérateur mobile ou sa banque), il n'est pas nécessaire de faire appel à un avocat. Face à ce constat, Jérémy Oinino et Léonard Sellem ont lancé le site demanderjustice.com qui permet de faire valoir ses droits en ligne et à moindre coût. Pour 39.90 euros, on peut engager une négociation à l'amiable, qui aboutit une fois sur deux. Si le plaignant veut aller plus loin, un algorithme l’orientera vers le tribunal compétent, moyennant 69,90 euros. C’est là, la limite du site. Les 2 fondateurs, sont à la frontière de la profession d’avocat: ils ne dispensent aucun conseil juridique mais balisent le chemin jusqu'au tribunal. L'ordre des Avocats a porté plainte pour "exercice illégal du droit" et l'affaire sera jugée, en appel, en janvier. En attendant, ce nouvel acteur a déjà traité 100.000 dossiers en 18 mois. Un modèle qui séduit aussi les investisseurs à l'image de Partech Ventures qui a investi 1,5 million d’euros en juin. Une coquette somme qui doit les aider à monter en puissance dans les pays anglo-saxons, où beaucoup de litiges se règlent sans avocats.

Protéger les siens sans faire appel à un notaire 

C’est en préparant un trek en Amazonie que Virgile Delporte a eu l’idée de rédiger ses dernières volontés en ligne pour protéger les siens. A son retour, il découvre que son testament n’a pas de valeur légale, car il n’est pas olographé et décide de lancer un business. Sa start-up Testamento permet aujourd’hui de créer son testament en ligne, de le recopier à la main et de le faire enregistrer par un notaire membre.

Pour l'entrepreneur, il n'est pas question de concurrencer les notaires mais de démocratiser l’accès au testament. La pratique est encore peu répandue en France mais est amenée à se développer avec l’émergence des nouvelles familles. Les partenaires de Pacs, par exemple, ignorent souvent qu'en cas de décès ils ne sont pas héritiers l'un de l'autre. L'outil Testamento leur offre désormais de l'information et les moyens de protéger leur famille en quelques clics.

LES CHIFFRES CLÉS 

 En France, 9 successions sur 10 se règlent sans testament, contre 1 sur 2 aux Etats-Unis. 

LES CHIFFRES CLÉS

A Paris : 17.000 taxis pour 2.000 VTC 

A Londres : 15.000 taxis pour 50.000 VTC

A New York 22.000 taxis pour 60.000 VTC 

Charlyne Legris