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Pourquoi le Viagra et le Botox veulent se marier vite

Les conseils d'administration de Pfizer et Allergan auraient chacun donné leur accord au projet de fusion dimanche. L'Américain devrait ainsi sérieusement alléger sa facture fiscale, en dépit des offensives des autorités américaines.

Le géant américain de la pharmacie Pfizer, qui veut alléger sa facture fiscale, est déterminé à se marier coûte que coûte avec Allergan en dépit de l'offensive du Trésor pour faire barrage aux rapprochements anti-impôts. Cette méga-fusion, qui pourrait atteindre 150 milliards de dollars, deviendrait ainsi la plus grosse opération d'évitement fiscal jamais réalisée par une entreprise américaine.

Disposant d'un gros trésor de guerre logé à l'étranger et qu'il ne souhaite pas rapatrier aux Etats-Unis par peur de payer trop d'impôts, Pfizer veut aller vite. D'après le Wall Street Journal, les conseils d'administration des deux groupes auraient validé les fiançailles dimanche, et une annonce pourrait intervenir dès lundi. Pour le moment, ni Pfizer ni Allergan n'ont voulu commenter cette information.

Les États-Unis veulent décourager le mariage fiscal

Cette volonté d'aller vite est à mettre en parallèle avec la préparation, par le Trésor américain, de mesures pour éviter les "mariages fiscaux" à l'avenir. Des sources proches du dossier ont confirmé qu'un des objectifs de cette fusion était d'échapper aux nouvelles mesures du Trésor pour rendre difficile l'évitement fiscal des entreprises américaines qui veulent se domicilier à l'étranger par le biais d'acquisitions ou "Tax Inversion".

Ces règlementations vont par exemple limiter la possibilité de choisir un pays tiers au régime fiscal favorable pour établir le siège d'un nouveau groupe issu d'une opération de fusion. Elles vont aussi rendre plus difficile d'éviter le seuil de détention de 80% du capital d'une entreprise par un groupe américain, seuil qui le soumet à l'impôt américain sur les bénéfices.

Allergan rachète Pfizer mais Pfizer contrôle Allergan

Ces règles pourraient en outre s'appliquer rétroactivement aux fusions nouées depuis 2014. Mais les laboratoires ont peut-être trouvé un moyen de contourner ces obstacles: il est désormais envisagé que, sur la forme, ce soit Allergan, basé en Irlande, un pays où le taux d'impôt sur les sociétés est presque trois fois plus faible qu'aux Etats-Unis, qui achète Pfizer, et non plus l'inverse. 

Dans les faits, les actionnaires d'Allergan devraient détenir au final entre 40 à 45% de la nouvelle entité, tandis que ceux de Pfizer en auraient le contrôle. L'opération, qui s'effectuerait essentiellement par un échange d'actions, aurait aussi une composante en numéraire, poursuit la source.

Initialement, Pfizer, dont le quartier général est à New York, envisageait de mettre sur la table une offre de 370 à 380 dollars par action Allergan, selon une autre source proche du dossier. Ce prix valoriserait la future mariée à 150 milliards de dollars et constituerait la plus grosse fusion de l'année, loin devant le rapprochement entre les brasseurs SABMiller et AB InBev (112 milliards de dollars).

N.G. avec AFP