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Pourquoi Amazon ne rachètera ni Carrefour, ni Monoprix, ni Système U

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Un article du Monde sur les intentions de rachat d'Amazon en France ont embrasé le monde de la distribution. Des patrons d'enseignes nous expliquent en quoi cette information, comme les autres rumeurs sur le sujet, ne tiennent pas la route.

Amazon serait-il sur le point de racheter Carrefour ou de faire une offre à Casino pour le rachat de son enseigne Monoprix? Voilà les rumeurs qui circulent dans les salles de marché relayées par des articles de presse. Le Monde daté du 4 octobre détaille lui les ambitions de l'américain en France et évoque des alliances possibles avec Système U ou Intermarché.

Quelques semaines après avoir racheté l'enseigne américaine de bio Whole Foods, Amazon aurait-il jeté son dévolu sur la France? Contacté par BFM Business, certains des distributeurs français concernés par ces rumeurs démentent catégoriquement. "Ça n'a ni queue, ni tête, assure le patron d'une grande enseigne hexagonale. Ce qui se passe actuellement c'est que des banquiers d'affaires agitent des rumeurs pour prendre des mandats parce qu'Amazon vient de racheter Whole Foods aux États-Unis. Sauf que ça n'a rien à voir en France. Il faut comprendre qu'Amazon se comporte un peu comme une PME: Jeff Bezos va faire ses courses chez Whole Foods, il aime l'enseigne, il a eu l'opportunité de la racheter, il l'a fait. Rien de tout cela en France."

La rumeur du jour concerne donc principalement Monoprix, qui intéresserait le géant américain. Amazon souhaiterait acheter 15 magasins en région parisienne pour les convertir en magasin sans caisse comme le concept Amazon Go aux Etats-Unis. Si selon nos informations, Amazon a bien eu des contacts avec l'enseigne française, parler de rachat semble prématuré. "Jean-Charles Naouri [le patron de Casino] n'a aucun intérêt à vendre Monoprix qui représente entre 30 et 40% du chiffre d'affaires du groupe en France et 60% de sa rentabilité", explique un expert du secteur. Par ailleurs, Amazon fait d'abord les choses aux États-Unis avant éventuellement de l'exporter en Europe quatre ou cinq ans plus tard. Ils débutent dans la distribution physique aux États-Unis, ils ne vont pas se lancer directement en Europe, surtout en France qui n'est pas leur marché le plus stratégique."

"Les magasins sans caisse? C'est du buzz!"

Quant à transformer des magasins en Amazon Go d'ici deux ans, là encore cela semble très prématuré. "Ces magasins sans caisse sont faits pour faire le buzz, ils ne font que 600 m² et ne sont ouverts qu'au personnel d'Amazon", explique Thierry Desouches, le porte-parole de Système U qui confirme par ailleurs qu'Amazon a bien pris contact avec l'enseigne. "Ils ont contacté tout le monde en France, c'est vrai, mais pas pour racheter des magasins. L'idée d'Amazon, c'est de s'associer à un distributeur français pour créer une plateforme d'achat et profiter de nos conditions. Mais nous avons refusé et je ne connais pas un seul distributeur qui accepterait, ce serait faire entrer le loup dans la bergerie."

Quant au rachat de quelques magasins, là encore, le porte-parole de l'enseigne d'indépendants ne voit pas l'intérêt: "Avoir quelques magasins en Ile-de-France, d'accord mais pour mettre quoi?, s'interroge Thierry Desouches. Amazon aujourd'hui a besoin d'une offre, de fournisseurs et de prix. Or avec 15 magasins, vous n'avez aucune puissance d'achat pour proposer des prix intéressants."

Dans l'objectif de développer son offre alimentaire de son service de livraison de course Amazon Prime Now, le groupe américain doit effectivement améliorer ses conditions d'achat pour rendre son service compétitif. Et une alliance avec un distributeur français pour acheter ensemble aurait du sens... pour lui. Car aucune enseigne française n'aurait pour l'heure intérêt à conclure un tel deal avec son rival. D'autant que par le passé, les alliances entre Amazon et les enseignes de magasins n'ont pas tourné en faveur de ces dernières

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco