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"Nous avons toujours comme principe de produire localement"

Thierry de La Tour D'Artaise, PDG de Seb, était l'invité de Good Morning Business ce mardi.

Thierry de La Tour D'Artaise, PDG de Seb, était l'invité de Good Morning Business ce mardi. - BFM Business

Thierry de La Tour d'Artaise, PDG du géant mondial du petit électroménager et des articles culinaires Seb, ne s'inquiète pas outre mesure du Brexit, de l'élection de Trump, et du protectionnisme qui pointe sur le globe.

À l'occasion de la présentation des résultats du groupe Seb, qui détient notamment les marques Tefal, Moulinex, Krups et Rowenta, son PDG Thierry de La Tour d'Artaise était l'invité de BFM Business ce mardi. Il s'est notamment félicité que son groupe ait franchi la barre des 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2016. "C'est important, parce qu'il y a quinze ans, nous étions à moins de deux milliards", a rappelé le patron du géant mondial des accessoires de cuisine.

D'autant que ce niveau de ventes ne comprend pas celles de WMF, la marque allemande dont l'acquisition a constitué l'événement marquant de l'année passée pour Seb. Le plus gros achat de son histoire, pour un montant supérieur à 1,5 milliard d'euros. L'entreprise spécialisée dans les articles culinaires, les machines à café professionnelles et l'équipement promet à Seb de dépasser le cap des 6 milliards de chiffre d'affaires l'année prochaine.

Numéro un en Allemagne

WMF, "une des marques les plus connues en Allemagne, qui y jouit d'un prestige extraordinaire", signifie en allemand la même chose que Seb: société d'emboutissage de Bourgogne pour le français né dans cette région en 1857, et société d'emboutissage du Wurtemberg pour l'allemande, créée en 1853 dans cet ex-länd. Le terme "emboutissage" désignant le pressage de tôle. WMF offre au géant, présent dans plus de 150 pays, l'accès à un marché qu'il n'a jamais conquis. "Nous étions leader à peu près partout, mais il nous manquait l'Allemagne dans notre tableau de chasse. Avec cette acquisition, nous y devenons numéro un sur les articles culinaires", souligne le PDG.

En outre, WMF, qui produit beaucoup pour les professionnels, permet à Seb de se positionner sur ce secteur des machines professionnelles, "un segment qui nous intéresse beaucoup, un métier très intéressant, qui a de bonnes marges, qui est en croissance, et qui permet de créer des passerelles entre le monde du professionnel et du grand public", à l'heure où, justement "les produits grand public s'approchent de plus en plus du professionnel, et inversement", explique-t-il. D'autant qu'il y a "énormément de propriété intellectuelle dans le monde professionnel, qui peut tout à fait nous servir pour innover encore plus dans le grand public".

Un robot qui fait la cuisine

Justement, sur l'innovation, le groupe devenu une référence avec sa friteuse sans huile a de nouvelles créations sur le feu, comme une poêle qui sonne pour prévenir qu'elle est chaude, et qui "à terme, sera connectée et arrêtera la chauffe directement". Le robot Seb, qui mettra lui-même les ingrédients dans la casserole, remuera son contenu et le versera dans le plat? "On le verra, oui", sourit Thierry de La Tour d'Artaise. "Nous avons déjà beaucoup de pièces dans les cartons".

Des innovations vitales pour le groupe: "Si nous n'innovons plus, on se bat uniquement sur les prix, et si on se bat sur les prix, on se bat uniquement avec les entreprises chinoises. Nous avons beaucoup d'usines en France et en Allemagne. Si nous pouvons conserver cet outil industriel en Europe, c'est parce que nous avons des produits très innovants".

"Il n'y a plus d'industrie américaine qui fabrique localement"

Le PDG de Seb est-il inquiet du regain de protectionnisme qui pointe à certains endroits du globe? "Ce n'est jamais une très bonne nouvelle. Néanmoins, nous avons toujours comme principe de produire localement. En Chine, nous sommes une société cotée chinoise, nous avons cinq sites de production, et 95% des produits vendus y sont fabriqués", souligne Thierry de La Tour d'Artaise. Seule exception: la Grande-Bretagne. "Mais comme personne ne produit au Royaume-Uni, de toute façon, il faudra bien que les produits viennent de quelque part", relativise-t-il.

Même principe aux États-Unis: "Il n'y a plus d'industrie américaine qui fabrique localement (dans le domaine du petit électroménager et des ustensiles de cuisine, ndlr). Donc même s'il y a des droits de douane, ça augmentera les prix, mais il faudra bien que les consommateurs américains trouvent des produits dans leurs magasins". Et si Trump leur dit qu'il veut des aspirateurs fabriqués aux US, et pas seulement le petit électroménager produit actuellement en Pennsylvanie? "On a une usine là-bas, on ira fabriquer des aspirateurs aux États-Unis".

N.G.