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 Michel-Edouard Leclerc: "Mon utilité sociale c'est d'acheter plus cher, mais je veux qu'on nous laisse ne pas taxer les consommateurs"

Michel-Édouard Leclerc sur BFM Business

Michel-Édouard Leclerc sur BFM Business - BFM Business

Le PDG de l'enseigne de grande distribution entre en campagne contre le projet de loi sur les seuils de revente à perte. Sur BFM Business, il a expliqué pourquoi selon lui cette mesure ne va pas permettre une meilleure rémunération des agriculteurs.

Comment expliquer qu'une hausse du prix de l'Evian, du Nescafé, du Coca-Cola, du Tropicana profitera aux producteurs de lait ou de porc français? Pour Michel-Édouard Leclerc, le projet de loi sur les seuils de revente à perte de 10% sur les produits alimentaires ne servira pas à soutenir les producteurs agricoles, comme le met en avant le gouvernement.

"On est tous d'accord dans le cadre des États généraux de l'alimentation d'adhérer à la mesure phare qui est de reconstruire le prix pour faire en sorte que dans les contrats ce ne soit pas la distribution qui impose sa loi ou les industriels mais que ce soit les producteurs qui puissent dire 'cela m'a coûté tant et donc mon tarif tiendra compte de mon coût de production et en plus j'ai envie d'en avoir tant'", fait valoir le PDG de l'enseigne de distribution. "C'est compliqué mais c'est une bonne mesure", insiste Michel-Édouard Leclerc.

Les industriels de l'agroalimentaire à la manoeuvre

Sauf que le projet issu des États généraux de l'alimentation envoie un message moins évident aux yeux du patron des hypermarchés. "Mais là on veut m'obliger sur 4500 références vendues à prix d'appel à remonter les prix pour dégager une marge pour payer les agriculteurs", pointe-t-il du doigt. S'il insiste sur le fait qu'il accepte de payer plus cher les produits agricoles, il refuse de pénaliser les consommateurs sur d'autres produits. "Pourquoi j'irai tacler les consommateurs sur du Tropicana sur du chocolat ou du café qui n'est même pas fabriqué en France?", s'enflamme Michel-Édouard Leclerc.

Pour lui, les industriels de l'agroalimentaire sont à la manœuvre, ne voulant pas payer plus cher les produits agricoles français de peur que cela ne pénalisent leurs exportations. "Il y a aussi des distributeurs qui se portent mal. Vous avez vu les résultats de Carrefour, d'Auchan, de Casino?", donne en exemple le patron. Il est dans leur intérêt que les distributeurs les moins chers remontent les prix, cela les rendra moins attractifs et les consommateurs reviendront chez eux. 

Il y a d'autres moyens de faire. "Je propose de payer plus cher le produit agricole mais qu'on me laisse ne pas le vendre plus cher. Parce qu'on se porte bien, parce qu'on a des bons modèles logistiques, parce qu'on prend des marges plus basses, Leclerc est capable de ne pas répercuter aux consommateurs". Il met en avant que les grands groupes de distributions peuvent acheter au même prix et appliquer en magasins des tarifs différents 

"Mon utilité sociale c'est d'acheter plus cher mais je veux qu'on nous laisse ne pas taxer les consommateurs. Là dessus je suis en phase avec l'UFC-Que Choisir et tous les organisations de consommateurs", conclut le dirigeant.

C.C.