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Les réussites et les déboires en 2019 de Jacques-Antoine Granjon, le patron de Veepee

Le célèbre patron du site de déstockage en ligne était invité sur BFM Business. L'occasion de revenir sur la stratégie du groupe, entre nouvelles ambitions et petites déceptions.

N'allez pas lui dire qu'il fait du e-commerce. "Moi je suis soldeur" corrige Jacques-Antoine Granjon. Invité ce mercredi sur le plateau de Good Morning Business sur BFM Business, le PDG fondateur de Vente-Privée, devenu Veepee en 2019, prend probablement soin de garder une certaine distance avec le e-commerce, régulièrement critiqué pour son impact économique sur le commerce. "Je déstocke les marques" assure-t-il. "Notre métier, c'est toujours de leur vendre leurs inventaires, pour qu'elles fassent rentrer de l'argent pour leur permettre de financer les saisons d'après. (…) Je suis devenu un soldeur digital".

Et s'il ne fait pas du e-commerce, le "soldeur digital" observe néanmoins de près l'impact de la grève actuelle sur ses ventes en ligne. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les sites internet ne profitent pas forcément des difficultés des transports. "La réalité, c'est qu'en ce moment, les gens sont inquiets, les gens sont bousculés, les gens ont un peu peur de l'avenir. Et à ce moment-là, ils consomment moins, c'est logique" détaille le patron. "Et puis surtout, ils ont peur de ne pas être livrés".

Une année "complexe" pour Veepee

Un mois de décembre un peu compliqué donc, mais qui ne devrait pas ternir le bon chiffre d'affaires du groupe en 2019 qui devrait "approcher les 4 milliards d'euros" contre 3,7 milliards en 2018.

Reste que 2019 restera une année "un peu plus complexe" pour Veepe, indique Jacques-Antoine Granjon qui n'a pas précisé le bénéfice attendu du groupe. "On a fait pas mal d'acquisitions depuis 2016 en Europe. (…) Aujourd'hui, on travaille sur cette convergence, d'avoir le même modèle." En ce moment, cela représente "90 millions d'euros par an d'investissements qu'on autofinance".

L'expansion en Europe, c'est donc l'objectif de Veepee qui a pourtant cessé son activité au Royaume-Uni en octobre dernier. "C'est très compliqué de délivrer les Anglais, de traverser le channel avec les produits, les retours…" explique Granjon qui est donc présent désormais dans onze pays. "La difficulté du e-commerce européen, c'est d'être à la fois global, c'est d'avoir une vision sur ce qu'on fait (…) et d'être très local parce que les consommateurs dans chaque pays ont des habitudes, ont des usages." Et ce développement "prend du temps" pour Veepee.

La revente de ses théâtres

L'autre grand axe pour le groupe, c'est le voyage, développé depuis 6 ans maintenant. "Cette année, ce sera 330 millions de chiffre d'affaires" explique son patron qui s'est trouvé un partenaire de marque. "Nous menons des opérations très importantes avec Disney en France (en l'occurrence le parc Disneyland Paris, NDLR) où nous vendons d'ailleurs beaucoup de leurs chambres dans les moments plus difficiles."

Une autre forme de diversification a eu apparemment moins de succès. Après avoir acheté trois théâtres parisiens, Jacques-Antoine Granjon les a finalement revendu à Fimalac, le groupe de Marc Ladreit de Lacharrière, neuf ans plus tard. "Les théâtres, c'est la fin d'une aventure" reconnaît le patron. "J'ai préféré passer le relais".

"Restez indépendants!"

En revanche, la billetterie de Veepee reste performante. "Quelques millions de places vendues dans l'année" sourit Granjon. "C'est un développement fort" avec une stratégie précise: "être très proche des producteurs" pour que ces derniers puissent donner plus de data au site et ainsi mettre davantage en valeur les spectacles.

Des stratégies qui font de Veepee l'une des réussites les plus connues de France. "C'est l'aventure de ma vie" explique Jacques-Antoine Granjon. "Ce que je dis aux jeunes entrepreneurs, c'est : restez indépendants!"

Quitte à mettre la main à la poche. L'achat du concurrent espagnol Privalia "qui nous a copié" souligne Granjon, a endetté le groupe de près de 500 millions d'euros, il y a trois ans. "Moi je déteste les dettes. Est-ce que c'était un 'move' sécurisant? Non, mais c'était un 'move' nécessaire pour notre stratégie de développement européen." Donc, l'indépendance, c'est "ne pas se faire diluer". Quitte à en payer le prix.

Thomas Leroy