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Les produits bio parfaits et ceux qui le sont moins: 60 Millions de consommateurs a mené l'enquête

En 2018, plus de 9 Français sur 10 ont mangé des produits bio. Dans son hors-série publié aujourd’hui, 60 Millions de consommateurs a analysé plus de 130 produits de grande consommation pour sélectionner les meilleurs, et savoir ceux qui méritent vraiment d’être acheté en bio.

Première catégorie de produits testée : les pommes. Peu calorique, riche en fibres et en antioxydants, elle se conserve longtemps et, de plus, est disponible toute l’année. C’est aussi le fruit le plus consommé devant la banane et l’orange. Mais la pomme est aussi l’un des fruits les plus gorgés de pesticides, avec une moyenne de 35 traitements par culture.

Entre les pommes bio et les conventionnelles, quelles différences? 60 Millions a testé et comparé plusieurs variétés de pommes pour déterminer leur taux de contamination aux pesticides. Des traces de neuf pesticides ont été trouvées dans les deux variétés de pommes conventionnelles: huit fongicides (le boscalid, la pyraclos-trobine, le fluopyrame...) et un insecticide (lefénoxycarbe). Certaines de ces molécules de synthèse sont considérées comme cancérogènes probables, alors que d’autres sont suspectées d’être des perturbateurs endocriniens, même si les limites maximales résiduelles définies par l’Union européenne sont respectées. Les pommes bio, elles, tiennent leurs promesses: aucun résidu n’a été trouvé dans les pommes labellisées bio, qu’elles soient emballées sous plastique ou vendues en vrac.

Aucune molécules indésirables dans les bananes bio

La banane est le deuxième fruit le plus consommé en France, après la pomme. Les Français en mangent en moyenne neuf kilos par an et, dans la grande majorité des cas, il s’agit de bananes Cavendish issues de l’agriculture conventionnelle. Les bananes bio représentent 12% du marché. Le magazine a testé des bananes d’origines et de variétés différentes, conventionnelles, bio et parfois issues du commerce équitable. Bonne nouvelle: les tests n’ont montré aucun résidu de chlordécone pour les bananes de Guadeloupe, un pesticide désormais interdit mais fortement persistant dans l’environnement...

En revanche, des résidus de pesticides, en quantités infinitésimales, ont été découverts dans les deux variétés de bananes conventionnelles analysées, vendues par les enseignes E.leclerc et Cora. Toutes les bananes bio respectent quant à elles leurs engagements, puisqu’aucune des variétés analysées ne contient de résidus de pesticides.

Des polluants dans les laits bio…

La production de lait biologique ne cesse de croître en France: +147% entre 2006 et 2015. Elle a atteint 837 millions de litres en 2018. Pour un prix 30% plus élevé, le consommateur cherche un produit respectueux de l’environnement mais surtout de meilleure qualité. 60 Millions a testé neuf laits, dont six bio. Tous se sont révélés exempts de médicaments vétérinaires et de résidus de pesticides. La filière bio implique que les animaux soient nourris à l’herbe, au fourrage ou aux grains d’origine biologique, produits sans pesticides de synthèse. Il est plus surprenant que les laits conventionnels ne contiennent aucun résidu de pesticide.

Cependant les analyses ont détecté la présence, à faible dose, de polluants comme les dioxines et les polychlorobiphényles (PCB), tous deux perturbateurs endocriniens et classés cancérogènes chez l’humain. Les PCB, dont la production est interdite depuis 1987, proviennent des rejets industriels du passé dans les cours d’eau. Les dioxines, issues des phénomènes de combustion, sont principalement produites par les fumées d’usine et les incinérateurs. Ces molécules et les PCB, très peu biodégradables, se sont accumulés dans le sol.

Or, les tests de 60 Millions montrent qu’une vache qui pâture peut ingérer jusqu’à 10% de sa ration quotidienne sous forme de terre. On retrouve ces polluants dans le tissu adipeux des vaches, et donc dans le lait, y compris le lait bio. Le Lactel bio compte trois fois plus de PCB et sept fois plus de dioxines que le lait conventionnel C’est qui le patron?! est le moins pollué. Cette différence peut s’expliquer selon 60 Millions par le fait que les vaches en filière bio passent plus de temps au pré et se trouvent davantage au contact d’eau et de sols contaminés.

Et dans les œufs...

Les tests de 60 Millions montrent que tous les œufs sont contaminés par des polluants, et les bio par de plus fortes quantités. La marque Mâtines bio affiche même les résultats les plus décevants de l’étude. Quant aux huiles d’olive bio analysées, elles révèlent parfois la présence de phtalates, des substances reconnues comme perturbateurs endocriniens et potentiellement hépatotoxiques. Sur huit références bio, la moitié contient des phtalates. L’une provient d’Italie (Crudolio) et les trois autres de Tunisie (Bio Planète, Bio village, Terra Delyssa).

Quant aux gâteaux bio testés, ils se révèlent aussi gras et sucrés que les conventionnels, et les pâtes à tartiner bio ne sont pas toujours exemptes d’huile de palme, même si elles se révèlent souvent meilleures d’un point de vue qualitatif et nutritionnel. Une équipe française conduite par un psychologue de l’université de Nanterre a montré que les consommateurs sous-évaluaient la valeur calorique des aliments bio par rapport à celle des aliments conventionnels. Mais, comme le rappelle 60 Millions, "une pâte à tartiner, bio ou non, c’est avant tout du gras et du sucre".

Marie Dupin