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Les associations humanitaires vont-elles être victimes des titres restaurant dématérialisés?

De nombreuses associations caritatives ont monté des opérations pour recueillir des titres restaurant.

De nombreuses associations caritatives ont monté des opérations pour recueillir des titres restaurant. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Les Restos du cœur, Action contre la faim ou encore la Croix rouge ont mis en place depuis plusieurs années des opérations de collecte des titres restaurant. Leur dématérialisation, qui entre en vigueur le 2 avril, va les priver d'une part de leurs ressources.

La dématérialisation des titres restaurant, qui entre en vigueur le 2 avril, ne va pas que changer les habitudes des 3,5 millions de salariés qui vont devoir troquer leur chéquier contre une carte à puce. Ce changement de support va aussi avoir une incidence sur certaines associations humanitaires.

Depuis plusieurs années, elles sont plusieurs à avoir conclu des accords auprès des quatre grands gestionnaires de ces titres (Edenred, Sodexo, Chèque Déjeuner, Natixis Intertitres) pour organiser des campagnes de dons. Les salariés leur envoient leurs titres restaurants, avec parfois même une certaine tolérance sur les dates de péremption, pour soutenir leur action.

Ainsi l'opération "Jedej'je donne" a permis à Action contre la faim de collecter 400.000 euros l'année dernière. Avec seulement 8 euros, le montant moyen d'un ticket restaurant, c'est un mois de ration alimentaire qui peut être fournie à une personne dénutrie.

L’opération "chèque du cœur", au bénéfice des Restaurants du cœur, a été mise en place il y a une dizaine d'années. Pour l’exercice 2012-2013, cela a représenté un apport de 219.000 euros qui se sont transformés en 220.000 repas.

Gérer la dématérialisation des moyens de paiement

Comment donc négocier le passage à la dématérialisation ? Certes, tous les salariés ne seront pas munis d'une carte à puce dès avril. Les chèques restaurants vont perdurer pendant plusieurs mois, et les campagnes de collecte sont maintenues cette année. Mais les associations s'inquiètent de la transition qui s'annonce.

"Tout changement dans les mécanismes de collecte a un impact. Mais on a du mal à le planifier, on ne connaît pas à l'avance quel sera le comportement du donateur. En plus, il y aura une phase d'adaptation, les choses vont évoluer", s'interroge Bruno David Directeur de la Communication et du Développement d’Action contre la Faim.

Du côté des Restos du cœur, l'heure est aussi à la réflexion sans plus de visibilité. "Nous travaillons actuellement à des solutions alternatives pour suivre cette évolution, tant en termes de logistique qu’en matière de partenariats", explique l'association.

Mais le sort des titres restaurant n'est qu'un des aspects d'un processus plus global qui conduit à la dématérialisation de tous les systèmes de paiement.

La carte bancaire est en train de céder la place aux smartphones par exemple. Une révolution à laquelle les associations comptent bien être associées. "Nous ne sommes pas opérateur de paiement, nous ne décidons pas des évolutions. En revanche, on veut s'assurer que l'on va être associé aux réflexions afin que les dons soient toujours possible " espère Bruno David.

Développer l'arrondi solidaire

"L'arrondi solidaire" est l'une des pistes envisagées. Ce système permet à chaque client de choisir d'arrondir le montant de ses courses à l'euro supérieur, la différence étant reversée aux associations caritatives. Franprix l'a mis en place dans certains de ces magasins.

Certains employeurs proposent aussi ce système à leurs salariés. Dans ce cas, le salaire des volontaires est arrondi à l'euro inférieur, l'entreprise versant à des œuvres le "surplus" avec parfois un abondement de la part.

Certes il s'agit de micro-dons, de l'ordre de quelques centimes. On est donc bien loin des 8 euros obtenus en moyenne via les titres restaurant. Mais la facilité de la démarche et le côté indolore du leg permettrait d'élargir le nombre de donateurs et surtout la fréquence à laquelle ils donnent.

Mais pour cela, il faut que le système de l'arrondi solidaire soit intégré à différentes processus de paiement. Notamment à la carte à puce des nouveaux tickets restaurant, histoire de boucler la boucle.

Coralie Cathelinais