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La charcuterie corse se déchire sur les labels de qualité IGP et AOP

La Panzetta et six autres produits emblématiques de la salaison corse ont obtenu l'Indication géographique protégée (IGP) qui garantit qu'ils ont été transformés sur l'île.

La Panzetta et six autres produits emblématiques de la salaison corse ont obtenu l'Indication géographique protégée (IGP) qui garantit qu'ils ont été transformés sur l'île. - Patrice Coppée-AFP

L'institut national de l'origine et de la qualité (INAO) a attribué l’IGP "charcuterie de l'île de beauté" à 7 produits de salaison transformés en Corse. La chambre d'agriculture corse craint que ce label induise le consommateur en erreur sur l'origine locale des produits.

La Panzetta et six autres produits emblématiques de la salaison corse ont obtenu l'Indication géographique protégée (IGP). Celle-ci garantit qu'ils ont été transformés sur l'île, s'est félicité un consortium regroupant onze charcuteries familiales. Jambon sec et saucisson sec, coppa, bulagna, lonzo et figatelli figurent parmi les produits homologués entre fin avril et début mai par arrêtés et transmis pour enregistrement à la Commission européenne.

Le consortium de onze entreprises familiales insulaires de charcuterie-salaison qui emploie de 2 à 30 personnes, soit environ 300 emplois directs, a salué "l'aboutissement de près de dix années de travail". "L'IGP va contribuer à valoriser et préserver un savoir-faire insulaire, séculaire et unique, à favoriser le développement de la filière et l'emploi, et à accroître le rayonnement de la salaison de l'île de Beauté dans toute l'Union européenne", écrit ce consortium.

L'attribution d'un nouveau label de qualité corse pour les charcuterie, rivalisant avec l'AOP existante, fait bondir certains acteurs locaux du milieu agricole. "Là, on change complètement de statut car cela devient juste de la charcuterie transformée en Cors avec de la viande en provenance de l'Union européenne", a réagi Joseph Colombani, président de la Chambre régionale d'agriculture, qui qualifie de "catastrophe" l'obtention de ces sept IGP. Il dit craindre qu'il y ait tromperie pour les consommateurs avec des produits commercialisés sous le nom "charcuterie de l'Ile de Beauté".

La chambre d'agriculture corse a tenté de bloquer l'arrêté fixant l'IGP

Si l'appellation IGP garantit des porcs d'origine 100% française et des produits transformés en Corse qui ont droit à l'appellation "charcuterie de l'île de Beauté", seule la charcuterie AOP garantit des porcs corses et une charcuterie transformée sur l'île qui a de facto droit à l'appellation "charcuterie corse".

"Nous étions intervenus pour bloquer la signature de l'arrêté par le ministère de l'Agriculture et de l'alimentation et la parution au Journal Officiel. L'État n'a pas suivi les demandes des Chambres d'agriculture et de la grande majorité de la profession. On a fait plaisir à onze entreprises, au détriment de 400 autres", a ajouté Joseph Colombani.

Au contraire, pour Toussaint Delair, représentant du consortium des salaisonniers corses, qui se fait le porte-parole de 11 entreprises insulaires porteuses du projet IGP, "personne ne garantit d'un point de vue juridique qu'un signe officiel de qualité signifie une qualité supérieure. Seulement le label rouge peut le faire en France. L'AOP garantit un lien au terroir, un élevage local avec une race locale. Une IGP assure la conservation d'un savoir-faire ancestral protégé. Il n'y a aucun intérêt à les opposer. Notre filière va disposer de deux outils", a-t-il estimé dans Corse-Matin.

F.Bergé avec AFP