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L'Autorité de la concurrence alerte sur la cherté des audioprothèses

L'Autorité de la concurrence va enquêter et analyser la situation dans le secteur de la distribution des audioprothèses.

L'Autorité de la concurrence va enquêter et analyser la situation dans le secteur de la distribution des audioprothèses. - Jonas Bergsten - Wikimedia Commons - CC

Le gendarme de la concurrence s'interroge sur les marges élevées des audioprothésistes et les restrictions à la concurrence comme le numerus clausus sur les diplômés.

Les marges des audioprothésistes sont-elles justifiées? En soulevant cette question, l'Autorité de la concurrence met les pieds dans le plat. Elle lance à sa propre initiative une enquête globale sur ce marché qu'elle soupçonne de dysfonctionnements au détriment du consommateur.

L'Autorité s'appuie sur le constat d'un sous-équipement des 4,4 millions de personnes appareillables en France. Ce taux d'équipement ne serait que de 32% contre 44% au Royaume-Uni, alors que le coût des prothèses auditives en France atteint en moyenne 3.100 euros pour équiper les deux oreilles, avec une faible prise en charge par la sécurité sociale et les mutuelles.

Soucieuse d'identifier les obstacles à une baisse des prix de ces appareils, l'Autorité interrogera l'ensemble des parties prenantes (fabricants, intermédiaires, distributeurs, prescripteurs, consommateurs). Une consultation publique sur des orientations préliminaires sera organisée autour de l'été 2016. L'Autorité rendra un avis en décembre de la même année, assorti de recommandations pour améliorer la concurrence sur ce marché.

Un coefficient multiplicateur de 3 à 3,5 est pratiqué

Ses interrogations portent sur le niveau des marges pratiquées par les audioprothésistes qui bénéficient d'un monopole sur l'appareillage des mal-entendants. "Si les marges des fabricants ou des centrales d'achat, qui servent d'intermédiaires entre les fabricants et les distributeurs, paraissent de prime abord et sous réserve de vérifications, modérées, celles des audioprothésistes sont en revanche beaucoup plus élevées" explique le gendarme de la concurrence. 

L'Autorité s'appuie sur un rapport de la Cour des comptes qui indiquait que ces derniers appliquaient un coefficient multiplicateur de 3 à 3,5 sur le prix d'achat des audioprothèses. "Dès lors, la marge brute moyenne réalisée par les audioprothésistes varie entre 650 euros pour une prothèse en entrée de gamme et 1250 euros pour une prothèse haut de gamme (soit une marge brute d'environ 70 à 75%)" s'inquiète l'Autorité qui étudiera si une telle rentabilité est justifiée économiquement, au regard du service fourni pour le suivi des patients.

Un numerus clausus fixé à 199 étudiants en 2015

Elle entend aussi soulever la question du numerus clausus qui limite, chaque année, le nombre d'étudiants acceptés dans la filière d'études. En 2015, cette limitation a été fixée à 199 étudiants, "alors qu'il semble que le secteur connaisse une pénurie de professionnels eu égard aux besoins de la population. Cette pénurie se traduirait mécaniquement par des salaires élevés qui se répercuteraient sur le prix des appareils" souligne l'Autorité.

Ces constats sur la profession des audioprothésistes rejoignent les critiques très directes de l'UFC-Que Choisir. En septembre 2015, l'association de consommateurs avait notamment dénoncé le numerus clausus fixé à 199 étudiants en 2015: "Le lobby des audioprothésistes, des syndicats, du collège national de l'audioprothèse, fait pression sur les pouvoirs publics pour un statu quo bien lucratif". Cette pénurie organisée ferait monter les salaires dont la part atteindrait le tiers du coût total des prothèses auditives. L'association avait donc réclamé aux pouvoirs publics un relèvement du numerus clausus.

Comme l'Autorité l'a déjà fait pour la pharmacie ou les pièces détachées automobiles, on peut s'attendre à ce que son prochain avis sur les prothèses auditives remette en cause des pratiques ayant cours sur ce marché.

Un prix qui varie de 950 à 1850 euros par prothèse audio

Dans son document d'autosaisine d'office, l'Autorité évalue le prix moyen d’une audioprothèse en France, entre 950 euros pour l’entrée de gamme et 1850 euros pour le haut de gamme en 2014. Pour un équipement des deux oreilles (80% des personnes), la facture s’élève en moyenne à 3100 euros.

"Ce prix apparaît effectivement élevé au regard du coût des composants (entre 50 et 90 euros) et il n’a pas baissé significativement ces dernières années, malgré une innovation technologique permanente" s'alarme le gendarme de la concurrence qui constate qu'il est légèrement supérieur au prix relevé dans les autres États membres de l’Union européenne, sauf pour les produits haut de gamme. "Il constitue manifestement un obstacle à la satisfaction de la demande dans un contexte de faible remboursement par l’Assurance maladie et les complémentaires santé" commente le document. 

Frédéric Bergé