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Intermarché change la recette de 900 produits mal notés sur Yuka

Le distributeur français, l’un des seuls à fabriquer lui-même ses produits de marques distributeurs, a annoncé qu’il allait changer 900 recettes afin que ces denrées obtiennent un meilleur score sur l’application.

Les consommateurs font de plus en plus attention à ce qu’ils mangent. En atteste le succès de Yuka, l’application qui note les qualités nutritionnelles des aliments. Elle est numéro 1 des applis les plus téléchargées dans la catégorie "alimentation" depuis des mois. Une tendance qui commence à avoir des effets très concrets sur l’industrie agroalimentaire: Intermarché vient d’annoncer qu’il allait changer la recette de 900 produits de ses marques distributeurs pour qu’ils soient mieux notés sur Yuka.

Pour y parvenir, le 5e distributeur français a demandé à ses fournisseurs de bannir de ses produits une liste de 140 additifs. Des colorants, conservateurs et autres exhausteurs de goût que Yuka note très mal. Soit parce que des autorités sanitaires indépendantes (l'Anses, l'EFSA, le CIRC), alertent à leur sujet, soit à cause d’études indépendantes qui ne font pas forcément consensus scientifique. "Notre politique est d’appliquer le principe de précaution", explique la porte-parole de l’application.

140 additifs à bannir

Cette liste de 140 additifs à bannir a été envoyée fin 2018 aux usines qui fabriquent les produits Intermarché. Et le groupe leur a laissé jusqu’à fin 2020 pour adapter leurs recettes. "Le challenge incroyable, c'est que, comme on a finalement des équipes industrielles qui font partie de la maison, on s'est dit : dans 18 mois on aura tout fait" raconte sur BFM Business Thierry Cotillard, le président d'Intermarché. "C'est un chantier incroyable, colossal et je pense qu'on va réussir à tenir cette échéance."

Le travail a d'ores et déjà commencé: certains ont par exemple remplacé le trop de sel par des épices, ou se sont mis à la pasteurisation pour éviter d’ajouter des conservateurs. Parfois, ils ont changé des ingrédients. Dans une bûche glacée par exemple, il n’y avait aucun moyen de retirer certains additifs, mal notés sur Yuka, des paillettes de couleurs utilisées sur le glaçage. Alors le fabricant a carrément remplacé les paillettes par des copeaux de chocolat, relate L'Usine Nouvelle

Dans leur travail de recherche, ils ont pu compter sur Yuka. L’appli leur a permis de tester gratuitement des "codes barres virtuels". C’est-à-dire que les industriels pouvaient scanner dans l’application des codes barre de produits qui n’existaient pas encore, pour savoir quelle note ils obtiendraient. Ça a par exemple permis à Intermarché de faire passer la note du Taboulé aux raisins Monique Ranou de 45 à 69, ou celle de la Poêlée Paysanne Saint Eloi de 49 à 90.

Aucune note inférieure à 50/100

Justement, Intermarché souhaite que plus aucun de ses produits n’obtienne moins de 50 sur 100 sur l’application. Parce que quand les aliments scannés n’ont pas la moyenne, Yuka propose automatiquement une alternative meilleure pour la santé. Alors que si le produit a 51 sur 100, l’utilisateur n’est plus incité à en choisir un autre. Quand on sait que 95% des utilisateurs de Yuka ont déjà reposé en rayon un produit mal noté, d’après une étude menée par l’application, ça fait réfléchir les industriels et les distributeurs.

Obtenir une bonne note est d’autant plus crucial pour Intermarché que son modèle diffère des autres grands distributeurs français. À la différence de Carrefour, Auchan ou Système U, qui font fabriquer leurs produits de marque distributeur par des industriels de l’agroalimentaire, Intermarché a sa propre filiale de production. AgroMousquetaires manufacture pour lui les produits laitiers Pâturages, la charcuterie Monique Ranou et Jean Rozé, les conserves de poissons Capitaine Cook, etc. C’est un mastodonte, devenu le 4e groupe agroalimentaire français.

Tous les industriels s'y mettent discrètement

Sans forcément le crier sur les toits, tous les autres géants de l’agroalimentaire cherchent désormais à se faire mieux voir par Yuka. Les équipes de l’application reçoivent de plus en plus de demandes d’industriels, qui cherchent notamment à comprendre le système de notation des additifs qu’a mis au point Yuka. Et les sollicitations sont encore plus nombreuses depuis que l'appli a annoncé compter 8 millions d’utilisateurs en France, début 2019. Aujourd'hui, c'est 12,4 millions au total, dont 11 millions en France.

Et depuis plusieurs mois maintenant, Yuka constate en rayons que de nombreux produits ont discrètement changé de recette. "On voit des jambons d'où le nitrite a disparu, des boites de céréales pour enfants dont la teneur en sucre a chuté, des confiseries où les colorants naturels ont remplacé les synthétiques", détaille Ophélia Bierschwale, justement chargée de dialoguer avec les marques pour Yuka.

Yuka plus fort que les pouvoirs publics

À part leur permettre de tester leurs nouvelles recettes dans l'appli, Yuka ne travaillent pas "main dans la main" avec les industriels et ne perçoit aucun financement de leur part. Elle ne se rémunère que sur des services additionnels proposés aux consommateurs. Même quand des marques bien notées demandent si elles peuvent mettre le logo Yuka sur la boite de leur produit, elle refuse systématiquement. "Nous ne voulons être associés à aucune entreprise".

Quoi qu’il en soit, pour Yuka, les initiatives comme celle d’Intermarché vont dans le bon sens. "La mission de Yuka est de rendre la composition des produits plus transparente, mais aussi de pousser les industriels à proposer des produits plus sains, et on voit que ça se réalise, donc on est très heureux", souligne Ophélia Bierschwale.

Elle dévoile aussi que dans la dernière enquête menée par Yuka auprès de ses utilisateurs, 84% d’entre eux pensaient que l’application avait plus d’impact que les pouvoirs publics pour faire changer les choses. On dirait qu’ils ont raison.

Nina Godart