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EXCLUSIF - Lourde restructuration en vue chez Conforama

Conforama est mis en vente par son propriétaire Steinhoff

Conforama est mis en vente par son propriétaire Steinhoff - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Le distributeur est mis en vente par son actionnaire Steinhoff. Conforama se prépare à environ 2000 suppressions d’emplois. Bercy s’est emparé du dossier.

Conforama sera l’un des gros dossiers industriels de l’année. Le distributeur de meubles se dirige vers une restructuration massive. Il est mis en vente depuis six mois par son propriétaire Steinhoff. La banque d’affaires Rothschild s’occupe de la cession qui devrait aboutir d’ici cet été. Le groupe sud-africain espère récupérer entre 600 et 700 millions d’euros de Conforama. Un prix difficile à obtenir au regard des performances du groupe qui a affiché « une marge nulle fin 2018 » selon un concurrent qui a obtenu les comptes de l’entreprise. D’autant plus que les activités françaises, qui pèsent pour deux tiers de Conforama, ont perdu plus de 100 millions d’euros l’an passé. La marque d’ameublement bon marché souffre face à Ikea et au e-commerce. Mais Steinhoff justifie ses ambitions par la valeur des murs des 337 magasins Conforama implantés surtout en France, en Espagne et en Suisse.

Steinhoff est sous pression de ses créanciers alors que des irrégularités comptables de plusieurs milliards d’euros ont été constatées sur plusieurs années. Le groupe sud-africain supporte 10 milliards d’euros de dettes que des fonds spéculatifs ont en partie rachetés pour en prendre le contrôle et dépecer le groupe. Les filiales américaine (Mattress) et britannique (Poundland) ont déjà subi de lourdes restructurations tandis que les activités autrichiennes ont été cédées.

Une quarantaine de magasins fermés

Ils s’attaquent désormais à Conforama. La représentante des créanciers, Helen Lee-Bouygues, s’est rendue au siège de l’enseigne à l’automne dernier et a même visité le site de Colombes. Conscient de ses difficultés, le ministère de l’Economie suit le dossier de près par l’intermédiaire du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), preuve que le dossier est lourd. Selon nos informations, des représentants du « Ciri » se sont rendus à Londres il y a quelques semaines pour rencontrer les créanciers de Steinhoff et négocier les conditions de la restructuration de Conforama. Le groupe sud-africain prévoirait jusqu’à 2.500 suppressions de postes et une quarantaine de fermetures de magasins. Les syndicats français estime qu’« entre 1.500 et 2.000 emplois seraient menacés, dont une grande partie en France, pour une vingtaine de magasins vendus ou fermés dans l’Hexagone », selon un représentant des salariés. Conforama compte 14.000 salariés en Europe dont 9.000 en France.

Une restructuration indispensable dont l’ampleur dépendra du repreneur. Selon plusieurs sources, plusieurs concurrents de Conforama ont été approchés à l’automne dernier. Avec un succès mitigé. Seul son grand rival But serait intéressé et ferait figure de favori. Les salariés redoutent cette option qui conduirait à une restructuration massive tant les deux enseignes sont en concurrence frontale. L’Autorité de la concurrence imposerait d’ailleurs de nombreuses reventes de magasins.

Steinhoff prêt à restructurer Conforama

Reste deux autres rivaux : Fnac Darty et Casino. Les deux groupes ont étudié le dossier mais ne semblent guère convaincus. D’abord Fnac Darty a sérieusement planché sur le sujet à l’automne dernier. Au départ séduit, il a finalement renoncé, nous explique un proche du groupe, pour le moment... Se renforcer sur l’électroménager était le principal intérêt pour sa marque Darty. Mais « l’ameublement est un marché trop sinistré et la marque Conforama est un cran en dessous » explique un proche du groupe. Sans compter les trop nombreux points de vente.

Même constat chez Casino, explique la direction du groupe. Pourtant, sa filiale de e-commerce CDiscount semblait intéressée. Ils ont déjà une centrale d’achat commune avec Conforama, Mano, dans l’électroménager. Un rapprochement aurait permis de dégager davantage de synergies et d’intégrer des petits points de vente « Confo ! », le nouveau concept de l’enseigne, dans les hypers Casino. CDiscount aurait aussi pu transformer certains points de vente en boutique pour s’implanter dans le commerce physique. Mais Casino se concentre surtout sur des actifs à céder pour se désendetter.

Reste que Steinhoff a peu de chance d’obtenir le prix de vente demandé. Selon plusieurs sources, « si le prix est trop bas, le groupe sud-africain pourrait conserver Conforama et le restructurer lui-même avant de le revendre » assure un bon connaisseur du dossier. Pour le moment, aucune information n’est communiquée en interne. Contactés, Steinhoff et Conforama n’ont pas souhaité nous répondre. Des précisions sont attendues pour fin mars, lors de la tenue d’un comité central d’entreprise (CCE) extraordinaire.