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Coronavirus: pourquoi les masques chirurgicaux coûtent jusqu'à 12 fois plus cher qu'avant la pandémie

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Avant la pandémie, les masques chirurgicaux étaient vendus en pharmacie 10 centimes l'unité, et parfois 8 centimes en promotion. Aujourd'hui le gouvernement a fixé leur prix maximum à 95 centimes. Une hausse spectaculaire liée à la très forte demande mondiale, dont ne profitent pas vraiment les distributeurs français.

Depuis plusieurs jours, circule sur Twitter une photo présentée comme prise en janvier 2020. On y voit une boite de 50 masques chirurgicaux avec un prix affiché de 3,95 euros, soit 8 centimes le masque. Ceux qui, nombreux, assurent en être l’auteur soulignent tous que la même boîte est aujourd’hui vendue douze fois plus cher.

"Ce prix ne pouvait être qu'une promotion car la boîte de 50 coûtait plutôt autour de 5 euros avant la pandémie" souligne David Abenaïm, le patron de Pharmabest, l'un des plus gros groupements français de pharmacies.

Mais à 8 ou 10 centimes l'unité, on est effectivement très loin des prix de vente actuels, qui, au mieux, se limitent, dans les supers et hypermarchés français, à 55 ou 60 centimes. 

L'explication tient dans un principe universel de l'économie: la loi de l’offre et de la demande. La pandémie étant mondiale, les commandes aux fabricants n'ont jamais été aussi importantes et ces derniers, notamment les chinois qui produisaient ces masques à 8 centimes, en profitent.

Le très sérieux quotidien économique milanais, Il Sole 24 Ore a rendu public le prix des masques achetés par la protection civile italienne. Il s'agit de tarifs valables pour de gros volumes, de l'ordre de plusieurs millions d’unités. Pour les masques chinois certifiés, Il faut compter aujourd’hui 30 centimes pièce, de 24 à 59 centimes, selon le fabricant et la qualité, pour les masques italiens et 89 centimes pour les allemands.

En ce moment, le transport par avion coûte 100 fois plus cher qu'en bateau

A ce coût d’achat s’ajoute les frais de transport. Pour être livrés en quelques jours, les acheteurs de la grande distribution comme les grossistes qui livrent les pharmaciens, n’ont pas d’autres choix que d’acheminer leurs commandes par avion. Et la différence de prix est en ce moment particulièrement importante. "La demande pour le fret aérien est très forte", explique Jean Perri, directeur commercial de Sino-Shipping, un transitaire basé à Hong Kong.

Affréter un avion pouvant transporter 5,5 millions de masques entre la Chine et la France coûte, selon son estimation, 800.000 euros. Alors que sur un porte-conteneurs, le transport reviendrait cent fois moins cher. "Sauf que vous devez attendre 35 à 40 jours, là où l’avion vous permet de récupérer votre marchandise en cinq jours maximum", précise Jean Perri.

Il faut aussi intégrer les coûts de transport, entre l’usine et l’aéroport chinois puis entre l’aéroport en France et l’entrepôt où ils seront stockés avant d’être répartis dans les magasins. Enfin, il faut ajouter la TVA, qui même si elle est passée de 20% à 5,5%, renchérit le prix pour le consommateur de 3 à 5 centimes par masque selon le prix de vente final. Donc si les masques vendus dans la grande distribution sont bien des modèles certifiés et acheminés par avion, 50 à 60 centimes, constitue effectivement un prix coûtant.

0,95€ l'unité, un prix maximum permettant aux pharmaciens de ne pas vendre à perte

Pour autant, le gouvernement a décidé de fixer le prix maximum de ces masques à 95 centimes l’unité. Ce prix est-il excessif? A dire vrai, il va surtout permettre aux pharmaciens et aux buralistes de pouvoir en vendre aussi sans perdre de l’argent. Le groupement Pharmabest a, par exemple, acheté à un grossiste quatre millions de masques chirurgicaux certifiés à usage médical et compte les vendre à ce prix maximum sur lequel il assure ne pas dégager de bénéfices.

De fait, les pharmaciens n’ont pas la force de frappe de la grande distribution capable de négocier au mieux les prix en Chine dans la mesure où elles achètent des masques par dizaines de millions et peut payer comptant.

Par ailleurs, les Etats ayant décidé de fixer un prix maximal trop bas par rapport au niveau actuel du marché mondial, prennent le risque de ne pas pouvoir satisfaire les besoins de leur population. En Italie, par exemple, le gouvernement a décidé de fixer un prix maximum de 50 centimes le masque, provoquant la stupéfaction des distributeurs potentiels. A ce prix-là, ils seront quasiment obligés de vendre à perte. Ce qui limite forcément leur volontarisme.

On peut aussi prendre l’exemple du Maroc. Le pays a mobilisé son industrie textile, versé aussi de subventions pour permettre aux Marocains d’acheter des masques au prix imposé de 7 centimes. Sauf que, selon le correspondant du quotidien Le Monde, Certains employés des magasins et des clients débrouillards les ont achetés et les revendent au marché noir à un prix bien plus élevé. Le gouvernement marocain a donc dû limiter leur vente à dix par personne. Et uniquement en pharmacie.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco