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Comment les fabricants de jouets luttent contre le sexisme

La fédération des fabricants de jouets a signé aujourd’hui une charte pour promouvoir la mixité des jouets. Mais depuis des années maintenant, les fabricants de jouets réfléchissent à ces questions et changent leurs manières de faire, avec des fortunes diverses.

Les industriels du jouet se rendaient à Bercy ce jeudi. Conviés par la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, ils y ont signé une charte pour la mixité dans le secteur du jouet. Mais en réalité, les fabricants de jouets n’ont pas attendu le gouvernement pour travailler sur les questions de genre et les déterminismes perpétués par les packagings de leurs produits.

Au salon du jouet qui réunissait les professionnels du jouet début septembre, il était frappant de constater que le rose et le bleu disparaissaient peu à peu. Une forte proportion de peluches, d’ateliers cuisine ou bricolage, et même des poupées et des pistolets, étaient emballés de carton blanc, vert, violet, orange, et illustrés d’images de petites filles et de petits garçons jouant ensemble. De quoi aller dans le sens d'Agnès Pannier-Runnacher, qui souhaite qu’on "évite au maximum d’exclure les petites filles des jouets d’extérieur, et les petits garçons des jouets d’intérieur. Parce que ça les prive de potentialité", a-t-elle estimé ce matin sur BFMTV.

"Et après, dix ans plus tard, on s’étonne que les filles aient plus de capacité à verbaliser leurs émotions, alors qu’évidemment, à force d’échanger avec une poupée, elles ont développé cette compétence. Et les petits garçons ont plus de facilité à se représenter l’espace après avoir joué à des jeux de construction", a-t-elle ajouté.

Un jouet non genré, qui ne se vend pas... 

Mais certains fabricants de jouets préfèrent jouer la carte de la prudence, pour ne pas faire d'amères expériences, et y aller pas à pas. Lansay explique par exemple que son jeu best-seller, les Mini-Délices, un atelier de cuisine, était régulièrement critiqué sur les réseaux sociaux pour sa boîte rose et l’absence de toute image masculine dessus. Alors pour Noël dernier, le fabricant a lancé Mini-Chef, sur le même principe, mais avec un packaging beaucoup moins "genré", et des photos de petits garçons sur la boîte. "Le jeu a fait un flop commercial total, il n’y aura pas d’année 2 pour cet article", indique la porte-parole de l’entreprise.

lansay
lansay © -

Voilà pour le marteau. Et de l’autre côté, il y a l’enclume: la peur du bad buzz. Chez Hasbro, "depuis plusieurs années, on se pose des questions pour éviter de ranger les enfants dans des cases dès le plus jeune âge", affirme le dirigeant français. Cette année, le groupe a lancé un Monopoly spécial pour les femmes entrepreneurs, où les joueuses reçoivent plus d’argent que les joueurs, et les symboles du jeu célèbrent des inventions créées par des femmes. Connaîtra-t-il le succès incroyable du Monopoly Tricheur lancé l’année dernière? Il faudra faire le bilan dans quelques mois. Mais le but du groupe, c’est surtout "d’éviter les polémiques".

10 nouvelles Barbies "inspirantes"

Et quid de Mattel, dont le jouet phare, la Barbie, est devenue le symbole de la séparation des univers filles et garçon dans le jouet? "Barbie est féministe depuis sa naissance: le fondateur de Mattel l’a créée pour sa fille, Barbara, afin qu’elle puisse se projeter autrement qu’en maman, en femme !", rappelle la porte-parole du groupe.

D’ailleurs cette année, Mattel va encore plus loin avec le projet "plafond des rêves". Ce terme est un concept théorisé par des sociologues et des psychologues, qui se sont rendus compte qu’à partir de 5 ans, les petites filles commencent à perdre confiance en leurs compétences, à cesser de se projeter dans l’avenir, de se dire qu’elles peuvent devenir ce qu’elles veulent. Pour comprendre comment se met en place ce "plafond des rêves", Mattel va financer un programme de recherche de long cours avec l’Université de New York. Et chaque année, le fabricant sortira dix nouvelles Barbies à l’effigie de femmes inspirantes.

Nina Godart