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Code couleur alimentaire: industriels et distributeurs voient rouge 

La mise en place d'un code couleur distinct en fonction de la valeur nutritionnelle des aliments, est contestée par une partie des industriels de l'agroalimentaire.

La mise en place d'un code couleur distinct en fonction de la valeur nutritionnelle des aliments, est contestée par une partie des industriels de l'agroalimentaire. - Rémy Gabalda-AFP

L'étiquetage couleur des aliments selon leur apport nutritionnel déplaît fortement aux acteurs du secteur. Une première réunion a lieu ce mardi au ministère de la Santé pour tenter de mettre tout le monde d'accord.

Le code à cinq couleurs, pour mieux aider les consommateurs à se repérer dans les aliments, continue de diviser. Les tenants de la santé publique rencontrent l'opposition à la fois de l'industrie agro-alimentaire et de la grande distribution.

Une première réunion se tient ce mardi 22 septembre, au ministère de la santé pour tenter d'aboutir à un consensus.sur cet étiquetage. D'autres réunions de suivi sont prévues dans les prochaines semaines au ministère. Ce projet d'étiquetage est inscrit dans le projet de loi santé, actuellement en examen au Sénat.

Destiné à lutter contre l'obésité, ce code couleur va du vert, pour les aliments les plus sains, jusqu'au rouge pour ceux qui présentent le moins d'intérêt nutritionnel (trop gras ou trop sucré, par exemple). Trois autres couleurs (jaune, orange, rose fushia) s'intercalent entre ces deux extrêmes.

Dans l'avis qu'il a rendu fin août, le haut conseil de la santé publique s'est prononcé en faveur de ce code couleur à 5 nuances, matérialisé par un logo visible sur l'emballage.

Un décret fixera le contenu des étiquettes

Le projet de loi sur la santé précise seulement que les produits alimentaires devront comporter un étiquetage de couleur, donnant au consommateur des informations nutritionnelles. Mais, concrètement, il faudra encore attendre la rédaction du décret pour savoir précisément ce qui sera marqué sur les étiquettes.

Dans ce contexte, une bagarre d'influence a déjà lieu, où deux camps s'affrontent. D'un côté, les médecins du Programme national de nutrition santé souhaitent mettre en place des étiquettes de couleur permettant de distinguer la qualité nutritionnelle des produits.

Le professeur Dominique Turck défend cette approche: "Nous voulons montrer qu'au sein d'une même catégorie de plats cuisinés -par exemple les lasagnes- il existe des bons et des moins bons élèves du point de vue nutritionnel. C'est nécessaire pour la santé des gens.

Mais cette idée est critiquée par la grande distribution. Emilie Tafournel, directrice qualité de la Fédération du commerce et de la distribution, (FCD, qui regroupe notamment Carrefour, Auchan et Monoprix) reconnaît "qu' aujourd'hui le consommateur ne s'y retrouve pas. Il faut améliorer les choses. Mais nous refusons des pastilles qui stigmatiseraient certains produits".

La grande distribution a son propre code couleur

La grande distribution a donc élaboré son propre projet de codes couleurs, qui diffère de celui des experts du ministère. Les industriels proposent un logo vert pour les produits que l'on peut manger tous les jours, du bleu pour ceux conseillés plusieurs fois par semaine et du violet pour ceux que l'on mange occasionnellement. de toute évidence, c'est la couleur rouge qui gène les acteurs du secteur.

Cette proposition est jugée peu sérieuse par le professeur Dominique Turck: "Si les industriels font le système d'étiquetage eux-mêmes, quelle est sa crédibilité? Ils sont juge et partie, en mettant en avant des aliments qu'ils vendent eux-mêmes."

Pour défendre son approche, la grande distribution met en avant un "comité scientifique", composé de cinq chercheurs, mais elle admet qu'elle finance ce comité. Ce qui, de fait, limite son indépendance.

Une première réunion se tient ce mardi au ministère de la santé pour tenter de mettre tout le monde d'accord. D'autres réunions de suivi sont prévues dans les prochaines semaines au ministère de la Santé, pour trouver un consensus.

Dans les supermarchés britanniques, les consommateurs peuvent déjà choisir entre des produits marqués d'un feu vert, orange ou rouge depuis 2006. Un système qui a amélioré la qualité des produits, estiment les spécialistes.

Hélène Cornet, édité par F.Bergé