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Cette start-up fait pousser du cannabis dans une ex-usine de chocolat

Créée en 2014, la start-up Canopy Growth (ex-Tweed) spécialisée dans la production de cannabis est déjà valorisée plus d'un milliard de dollars et s'apprête à faire son entrée dans le principal indice boursier de Toronto. C'est dans une ancienne usine de chocolat qu'elle fait pousser ses plantes.

C'est la première licorne du cannabis. Avec une valorisation estimée à 1 milliard de dollars et un chiffre d'affaires de 12 millions de dollars canadiens en 2016, Canopy Growth est le plus gros producteur légal au monde de marijuana. Basée au Canada où la consommation de cannabis est autorisée à des fins thérapeutiques depuis 2000, la start-up s'apprête à faire son entrée dans l'indice des valeurs principales à la bourse de Toronto (le S&P/TSX) sous le nom de code WEED (herbe en anglais). Une première au monde. 

La société compte sur la législation canadienne pour changer de dimension. En effet, d'ici quelques semaines, le Canada de Justin Trudeau devrait légaliser la consommation d'herbe à des fins récréatives. Une véritable aubaine pour la start-up. Le marché du cannabis légal qui était de 860 millions de dollars canadiens devrait exploser ces prochaines années. Selon Deloitte, il pourrait atteindre les 22,6 milliards de dollars canadiens (16,14 milliards d’euros) en incluant la vente de produits dérivés, la sécurité, les transports etc.

De l'herbe dans une usine de chocolat

Créée en 2014 par Bruce Linton, un touche-à-tout passé par les télécoms, le logiciel ou l'assainissement de l'eau, la société Tweed (qui s'est depuis rebaptisée en Canopy Growth) a adopté une stratégie d'intégration verticale. Autrement dit au lieu d'acheter son cannabis afin de le transformer en huile, granule et autres gélules à base de gel, la société a choisi de produire sa propre matière première. Au départ sur de petits sites en Ontario, la start-up a décidé de passer à la vitesse supérieure en janvier dernier. Elle a ainsi investi 6,6 millions de dollars canadiens pour s'offrir une ancienne usine de chocolat qui appartenait jusqu'en 2010 au géant Hershey. Un site de 46.000 m² au total dont 15.600 sont occupés par Canopy Growth. De l'herbe dans une fabrique de chocolat? Une sorte de "Charlie et la canabisserie" à la mode canadienne.

Désaffectée depuis 2010, cette ancienne usine de chocolat qui appartenait au géant Hershet a été rachetée en janvier dernier par Canopy Growth pour 6,6 millions de dollars canadiens.
Désaffectée depuis 2010, cette ancienne usine de chocolat qui appartenait au géant Hershet a été rachetée en janvier dernier par Canopy Growth pour 6,6 millions de dollars canadiens. © Tweed

Car la start-up a besoin de place puisqu'elle est désormais à la tête de plusieurs marques depuis le rachat de ses concurrents Bedrocan Canada (une filiale d'une groupe néerlandais) en 2015 et Mettrum en décembre dernier pour 430 millions de dollars. La société commercialise ses différents produits sous les 3 marques: Tweed, Bedrocan et Mettrum.

La start-up occupe 15.600 m² de cette ancienne usine qui fait un total de 46.000 m². Les plants de cannabis poussent sous une lumière artificielle. Il s'agit de la plus grande serre à cannabis légale du monde.
La start-up occupe 15.600 m² de cette ancienne usine qui fait un total de 46.000 m². Les plants de cannabis poussent sous une lumière artificielle. Il s'agit de la plus grande serre à cannabis légale du monde. © Tweed

Une stratégie similaire aux géants de la grande consommation que sont Procter&Gamble ou Unilever à la tête d'une kyrielle de marques. Car selon le fondateur de Canopy Growth, avec la légalisation, le cannabis est appelé à devenir "mass market" avec ses enseignes spécialisées, ses marques et ses produits diversifiés.

La société compte 202 employés qui s'occupent de la culture des plantes, de la transformation des produits ou des aspects commerciaux et marketing.
La société compte 202 employés qui s'occupent de la culture des plantes, de la transformation des produits ou des aspects commerciaux et marketing. © Reuters

En attendant, la société qui exporte déjà vers l'Allemagne et le Brésil attend de pied ferme le changement de législation. Son développement voire sa survie dépendent désormais d'une décision gouvernementale. "Nous dépendons vraiment de la politique publique, explique Bruce Linton au site Business Insider. Ça n'est pas très sexy ou excitant mais c'est comme ça. Si vous n'avez pas une loi favorable, vous n'avez pas l'opportunité de faire du business."

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- © Dans cette pièce, la société Bedrocan Canada (rachetée fin 2016) fait de la culture raffinée de plants sous lumière ultra-violette.

L'ambition de Bruce Linton ne s'arrête pas aux frontières du Canada. Depuis que l'Allemagne a légalisé en janvier dernier l'usage du cannabis à des fins thérapeutiques, Canopy Growth lorgne déjà sur l'Europe. Et Linton a déjà sa petite idée sur la stratégie à adopter. "Nous comptons le plus produire localement en rachetant si possible des producteurs locaux, explique Bruce Linton au site MidasLetter. C'est ce qui a marché pour Coca-Cola qui s'est étendu en rachetant des embouteilleurs locaux. C'est pour cela que nous avons acquis en novembre dernier notre exportateur, nous voulons être physiquement sur le terrain." Canopy Growth ne se contentera pas de son ex-usine à chocolat canadienne..

Bruce Linton, le fondateur de Canopy Growth
Bruce Linton, le fondateur de Canopy Growth © Tweed
Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco