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Ces agriculteurs font pousser fruits et légumes sur les toits des villes 

L’agriculture urbaine fait son show à Porte de Versailles ces jours-ci. Ce mode de culture se développe à toute vitesse, mais n’a aucunement vocation à remplacer l’agriculture rurale, explique le co-fondateur de l’Association française d’Agriculture urbaine professionnelle.

Pour la deuxième année consécutive, des acteurs de l’agriculture urbaine exposaient leurs technologies qui permettent de faire pousser en pleine ville légumes, fruits et aromates au salon de l’Agriculture. L’occasion de parler avec le cofondateur de l’Association française d’Agriculture urbaine professionnelle, Barthélémy Le Blan, de l’avenir florissant de ces cultures citadines en plein essor.

BFM Eco: Qu’est-ce que l’agriculture urbaine ?

Barthélémy Le Blan : C’est le fait de cultiver des fruits et des légumes en milieu urbain ou périurbain. On peut cultiver sur un morceau de toit, de terrasse, de balcon. Par exemple le parc des expositions de Porte de Versailles vient de nouer un contrat pour végétaliser 14000 mètres carrés de toit d'un pavillon en construction. L’idée de cette forme d’agriculture est d’être au plus proche du consommateur final, de faire du circuit court, de la distribution locale.

On peut faire pousser des produits légers et simples à cultiver, comme des aromates, des laitues, des salades. Dans l’absolu on peut tout cultiver: certaines sociétés font pousser du safran en ville, d’autres produisent du miel. On pourrait très bien faire pousser des potirons, des pommes-de-terre ou des carottes. Mais dans la pratique on ne le fait pas car ce sont des produits lourds, durs à cultiver.

Est-ce que le goût des produits est aussi bon que lorsqu’ils sont cultivés dans la terre?

La saveur est même meilleure parce qu’on peut cueillir au bon moment. Pour les fruits par exemple, à la fin de la maturité, quand tout le sucre arrive dedans. Dans les circuits traditionnels, on cueille très tôt, très verts, les fruits et légumes pour qu’ils puissent être stockés, transportés, etc. En agriculture urbaine, on peut couper et distribuer le même jour. On peut attendre que le produit soit bien mûr, ait encore plus de goût.

Les produits cultivés en ville sont-ils être bio ?

Le problème c’est que tout ce qui est produit hors-sols ne peut obtenir le label bio. Ce sont les critères fixés par l’Union européenne. C’est un sujet sur lequel on fait du lobbying car le fait de ne pas avoir le label nous prive de certains circuits de distribution, comme les AMAP. Pourtant les cultures urbaines sont très vertueuses: elles n’utilisent aucun pesticide, et veillent à économiser les ressources. C’est par exemple l’aquaponie, une technique ancestrale développée par les Chinois et les Mayas, qui permet de cultiver des plantes à partir de déjections de poissons. Les poissons sont nourris avec du bio, l’eau qui contient de leurs déjections circulent à travers les racines des plantes pour les fertiliser, racines qui elles-mêmes filtrent et oxygènent l’eau qui retourne dans le bassin des poissons. Cette technologie intéresse beaucoup la Nasa, parce qu’elle permet d’économiser 90% d’eau, donc elle serait utile pour coloniser Mars…

Pourra-t-on un jour nourrir Paris grâce à l’agriculture urbaine ?

Non, dans les faits ce serait impossible. Si on coupe les approvisionnements alimentaires de Paris, la ville ne pourrait tenir que 48 heures. L’agriculture urbaine, quand bien même elle est en plein essor aujourd’hui, ne suffirait pas du tout. Un objectif plus raisonnable serait de se substituer à des productions un peu complexes, comme les aromates: ce sont des produits très fragiles. Lorsqu’on les cultive à la campagne pour les livrer en ville, il faut les stocker dans des chambres froides, puis les transporter en camions réfrigérés, des étapes très polluantes et très coûteuses qui rendent les marges des distributeurs ridicules sur ce type de produits. Cultiver ces aromates en ville, les cueillir lorsque leur fraîcheur est optimale permettrait de proposer des produits plus savoureux, qui ne vont pas s’abîmer.

Donc l’agriculture urbaine ne remplacera jamais l’agriculture traditionnelle ?

Au contraire, il faut développer la complémentarité entre les deux. On est dans un état de dépendance mutuelle: l’agriculture urbaine a vocation à renouer le lien avec le consommateur final, lien qui avait été perdu par les agriculteurs en milieu rural. Et l’agriculture urbaine a tout à apprendre des savoir-faire de l’agriculture traditionnelle étant donné que les acteurs de la culture urbaine sont souvent jeunes, souvent pas fils de paysans.

Nina Godart