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Casino donne des gages à ses banques

Jean-Charles Naouri, le PDG et propriétaire de Casino

Jean-Charles Naouri, le PDG et propriétaire de Casino - ERIC PIERMONT / AFP

Le distributeur va accélérer son plan de cessions annoncé cet été. Ses créanciers demandent un désendettement rapide. Mais aussi des mouvements stratégiques que Casino ne voit pas d’un bon œil.

Le PDG de Casino tente de reprendre la main. Jean-Charles Naouri multiplie les gestes à l’égard de ses créanciers. Selon nos informations, il annoncera la semaine prochaine avoir bouclé son plan de cessions d’actifs de 1,5 milliard d’euros dévoilé l’été dernier. Un objectif volontairement bas pour le dépasser sans peine. Casino vise désormais au moins 2 milliards d’euros de cessions. Autant d’argent qui ira à son désendettement.

Les investisseurs n’en attendent pas moins. Ces derniers mois, ils ont semé sur les marchés le doute sur la capacité de Casino à rembourser ses 5,7 milliards d’euros de prêts. Une montagne de dette accumulée depuis dix ans après les rachats de Monoprix ou de sa filiale brésilienne. Le distributeur promet de ramener son endettement à 2 milliards d’euros l’an prochain. Une cible quasiment atteinte. Il lui reste 3,9 milliards d’euros de murs d’hypermarchés et de Monoprix à céder. Et en privé, Jean-Charles Naouri ne cache pas qu’il pourrait, à terme, tout vendre.

Sauvetage des banques

Le PDG de Casino doit donner des gages aux marchés et surtout à ses banques qui l’ont sauvé du chaos après plusieurs mois de tempête. Cet été et jusqu’en octobre, des fonds d’investissement ont parié massivement sur la chute du cours de Casino pour forcer son PDG et propriétaire à vendre son empire. Ils contestaient la comptabilité du groupe. En cause, sa société-mère, Rallye, qui applique dans ses comptes une valeur des actions Casino de 80 euros, quand le cours dépasse péniblement 35 euros… 

A la manœuvre, l’avocate Sophie Vermeille représente cinq fonds qui spéculent sur la chute de l’empire de la distribution. Ils veulent que le PDG Jean-Charles Naouri acte la perte de valeur de ses actions Casino pour le forcer à céder le contrôle de son groupe. Le bras de fer engagé cet automne a été sanglant. L’avocate Sophie Vermeille a fait feu de tout bois en alertant toutes les autorités du pays : l’Elysée, le directeur de cabinet de Bruno Le Maire à Bercy, l’Autorité des Marchés Financiers… Déclenchant la colère du PDG de Casino, elle a essuyé une plainte pour diffamation et se dit suivie par un détective privé…Ambiance.

Alors Jean-Charles Naouri a sorti le grand jeu. Il a usé de tous ses pouvoirs et fait jouer tous ses réseaux pour s’en sortir. D’abord en mobilisant les banques françaises qui sont venues à sa rescousse. Mi-septembre, elles ont prêté 500 millions (100 millions d’euros chacune pour BNP Paribas, Crédit Agricole, Natixis, HSBC et CIC) sans demander de garanties juridiques. Une folie naïve ? Déjà créancières de Casino, elles n’avaient pas intérêt à laisser tomber le distributeur et à perdre leur mise. Seule la Société Générale n’a pas participé au sauvetage. « La direction des risques de la SocGen est très noire sur Casino depuis un an » justifie un proche de la banque.

Toute la place de Paris derrière Casino

Prêter « sans filet » était un gage de confiance indispensable à donner aux marchés. « Nous n’avions pas d’autre choix pour inverser la tendance spéculative, explique un proche de Natixis. Mais nous n’avons pas prêté sans avoir de visibilité sur le plan industriel de Naouri ». Jean-Charles Naouri a donné à ses banques des « garanties verbales » sur son désendettement et ses cessions d’actifs pour dégager du cash. « Casino est devenu un sujet pour toute la place financière de Paris, explique un proche du Crédit Agricole. Toutes les banques se sont unies mais nous étions attachés à ce que l’Autorité des Marchés Financiers suive et fasse la loi sur les marchés ». Message passé. Fin octobre, le président de l’AMF, Robert Ophèle, a fait une sortie remarquée dans Les Echos pour soutenir Casino et mettre en garde les fonds spéculatifs. Sur tous les sujets sensibles -information financière, comptabilité- il défend le groupe de Jean-Charles Naouri. Jamais l’AMF ne s’était autant impliquée publiquement pour une entreprise.

Les fonds spéculatifs sont « rincés ». Ils ont sous-estimé la puissance du capitalisme à la française qui unit le « cartel » des banques et l'establishment des grands patrons tels que Jean-Charles Naouri. « C’était un sauvetage organisé, comme pour Peugeot ou Areva » reconnaît un proche de BNP Paribas. Il fallait sauver le soldat Naouri. Son influence ne s’est pas arrêtée là. Des messages ont été passés à tous les grands investisseurs pour faire cesser les mouvements spéculatifs. « Comme tout le monde, on pariait sur la chute de Casino mais du jour au lendemain, la direction nous a demandé de tout arrêter après intervention de Naouri » explique un proche d’Axa.

L’offensive de Carrefour a laissé des traces

Aujourd’hui, l’heure est à l’action. Le désendettement de Casino est en cours. Dans l’entourage de Jean-Charles Naouri, on promet que l’endettement de sa société-mère, Rallye, sera aussi « traité ». Mais au-delà des cessions, le PDG doit réfléchir à des mouvements stratégiques. C’est en tout cas ce qu’espèrent certaines de ses banques. Un rapprochement avec Carrefour a été évoqué, fin août, entre les patrons des deux distributeurs. « Sans aller jusqu’à un mariage, Casino peut s’allier à Carrefour dans différents métiers ou ouvrir le capital de Monoprix » lance un banquier. La pépite du groupe suscite toutes les convoitises. L’alliance récente avec Amazon alimente les fantasmes autour d’une cession partielle du capital au géant américain. Une pression à laquelle Casino ne veut pas céder.

Son patron préfère s’en sortir seul pour le moment. Et répondre que Monoprix dégagera un milliard d’euros de chiffre d’affaires supplémentaire d’ici trois à cinq ans. Un partenariat commercial dans l’e-commerce non-alimentaire, avec CDiscount, semble l’une des rares portes ouvertes à Carrefour. Pour le reste, il faudra sûrement patienter. L’offensive de son PDG, Alexandre Bompard, cet été, a laissé des traces. Beaucoup sont persuadés que des banques de Carrefour ont participé à la spéculation sur l’action Casino. La confiance, déjà fragile, a été écornée.