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Carrefour veut en finir avec l'accord qui l'empêche d'ouvrir le dimanche

Carrefour aimerait pouvoir ouvrir ses magasins le dimanche matin.

Carrefour aimerait pouvoir ouvrir ses magasins le dimanche matin. - Boris Horvat - AFP

La loi autorise les magasins alimentaires à ouvrir le dimanche matin. Mais un accord d'entreprise datant de 1999 empêche Carrefour d'ouvrir ses hypermarchés. Décidée à ne plus se laisser prendre des parts de marché par la concurrence, la direction du groupe met la pression sur les syndicats.

Carrefour ne veut pas se retrouver à la traîne face à ses concurrents sur l'ouverture dominicale. Alors que la loi autorise les magasins à prédominance alimentaire à ouvrir le dimanche matin jusqu'à 13 heures, l'enseigne est bloquée par un vieil un accord d'entreprise qui date de 1999. Exception faite des dimanches dits "du maire", ses portes ne sont ouvertes que 6 sur sur 7. Au grand bonheur de ses concurrents comme Auchan ou Casino qui eux lui taillent désormais des croupières le week-end.

La direction de Carrefour a donc décidé de réagir. Syndicats et direction se sont retrouvés lors de trois réunions entre le 18 novembre et le 8 décembre. Un calendrier exprès qui n'a pas été du goût de tous. "On nous a bombardés trois dates sur trois semaines", entre le 18 novembre et le 8 décembre, pour une "pièce écrite d'avance", s'étrangle auprès de l'AFP Franck Gaulin (CGT). "Trois réunions, vu l'ampleur du sujet! On sent que l'entreprise veut passer en force", renchérit Sylvain Macé (CFDT), pour qui le sujet "mériterait trois à quatre mois" de discussions. Plus accommodant, FO, premier syndicat au sein du distributeur, juge aussi malgré tout le délai "un peu court".

Pas d'accord trouvé

Une précipitation qui, de plus, n'aura pas eu l'effet escompté puisqu'aucun accord n'a été signé, nous confie Carrefour. "Il n'y a pas d'autres réunions formelle de prévu, mais les échanges se poursuivent", nous explique-t-on. Impossible de savoir si ces échanges donneront lieu à un accord avant la fin de l'année.

Il faut dire qu'une ouverture dominicale n'est pas une mince affaire dans un groupe comme Carrefour. L'accord, s'il est conclu, concernera 191 hypermarchés Carrefour SAS, représentant quelque 60.000 salariés, même si l'enseigne n'entend pas forcément ouvrir tous ses hypermarchés tous les dimanches.

"C'est un choix de société", tempêtait, avant la dernière réunion, la CGT. "On refuse la stratégie de dérégulation de l'entreprise (...) qui va entraîner toute la concurrence", affirmait de son côté la CFDT, vent debout contre la "banalisation" de l'ouverture des hypermarchés le dimanche. Elle demandait à la direction de donner "une liste réduite" des magasins qui devraient ouvrir "pour des raisons économiques ou concurrentielles". "On a aussi lancé une grande consultation des salariés, avec déjà plus de 5.000" retours, poursuit Sylvain Macé.

Embaucher des étudiants

Quant à FO, bien que le syndicat dise qu'il n'est "pas favorable au travail dominical", il ne voit pas comment, face à la concurrence, Carrefour pourra "être la seule" enseigne à rester fermée, expliquait son représentant Michel Enguelz. Pour autant, FO veut que soient stipulés dans l'accord les "critères" économiques et commerciaux justifiant les ouvertures et, surtout, qu'"on ne demande pas aux salariés qui travaillent déjà la semaine de venir travailler le dimanche".

L'idée serait de recourir à des équipes dédiées pour les samedis et dimanches, avec des recrutements et sur la base du volontariat. Mais la direction "ne s'engage pas sur les embauches, rien n'est écrit", soulignait Franck Gaulin. Le représentant CGT ironisait aussi sur le "volontariat du personnel qui travaille en CDD, des étudiants ou des salariés CDI payés 1.200 euros".

Dans le commerce à prédominance alimentaire, la loi Macron d'août 2015 prévoit une majoration salariale minimum de 30% le dimanche matin pour les surfaces de vente supérieures à 400 m2. La dernière proposition de Carrefour portait sur une majoration de 70%, avec l'obligation de s'engager pour un certain nombre de dimanches, selon FO.

Diane Lacaze avec AFP