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Assistanat sexuel: "C'est de la non-assistance à personne en danger que de ne pas l'autoriser"

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- - Flickr/CC/Svennevenn

Sexe et handicap. Un tabou que veut faire sauter l'Association pour la promotion de l'accompagnement sexuel (Appas). L'association organise depuis mars 2015 des formations à l'accompagnement sexuel des personnes handicapées. Une activité assimilée à de la prostitution en France, mais reconnue chez certains voisins européens (Allemagne, Suisse, Pays-Bas, Italie).

"Dans l'inconscient collectif, on n'a pas envie de voir une sexualité des handicapés", assène Vanessa Luciano, la vice-présidente de l'Association pour la promotion de l'accompagnement sexuel (Appas). "On se dit qu'ils ne sont pas sexués, qu'ils n'ont pas d'envies. C'est de la non-assistance à personnes en danger que de ne pas autoriser cet assistanat sexuel".

L'Appas réclame la reconnaissance du statut des aidants sexuels. Assimilée à de la prostitution en France, cette activité est reconnue en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, au Danemark, en Italie et en Suisse. Le débat avait pourtant été lancé en 2007 puis en 2010 avec deux colloques sur le sujet. Dans un rapport de 2011, le député UMP Jean-François Chossy appelait à "promouvoir l’idée que toute personne doit pouvoir recevoir l’assistance humaine nécessaire à l’expression de sa sexualité" plaidant pour "un cadre éthique et juridique".

Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) tranche en 2013: "Il n'est pas possible de faire de l'aide sexuelle une situation professionnelle comme les autres en raison du principe de non-utilisation marchande du corps humain".

Un stage de formation du 25 au 28 juin

Pourtant l'accompagnement sexuel existe bel et bien en France. En mars dernier, l'Appas a même organisé le premier stage de formation à l'assistance sexuelle aux handicapés en Alsace. Le deuxième aura lieu cette semaine, du 25 au 28 juin. Plus de 200 candidats pour une quinzaine de personnes retenues, dont la majorité provient du milieu médicosocial.

Claire, 29 ans, a suivi le stage de mars dernier: "Le but n'est pas d'établir une relation régulière mais d'aider la personne à reprendre possession de son corps. Il est compliqué pour les gens d'imaginer l'état de détresse de certaines personnes".

La détresse, Patricia, 44 ans, l'a connue. Handicapée moteur de naissance, elle ne peut bouger ni ses bras, ni ses jambes, elle vit sur son fauteuil roulant: "Au fur et à mesure des années, je me rendais compte qu'il y avait des manques, et je n'avais pas de solution. J'ai pensé à appeler des escorts, mais j'ai eu peur de l'inconnu".

"Je ne peux donner satisfaction à mon corps qui se tord de douleur"

C'est finalement suite à une tribune dans Libération, en 2013, qu'elle prend contact avec Jill Nuss, ancienne accompagnante sexuelle et épouse de Marcel Nuss, fondateur de l'Appas. Elle y décrit son impuissance face à son corps qu'elle ne peut contrôler: "Même avec la plus grande volonté du monde, je ne peux donner satisfaction à mon corps qui se tord de douleur chaque jour tant sa demande est forte. Il ne cesse de me réclamer de la tendresse, des caresses, des baisers ou tout simplement d’être allongée contre un autre et de sentir sa chaleur. Est-ce trop demander ?" 

Pierre, atteint de la maladie des os de verre a aussi souffert de la solitude: "Ma vie amoureuse a été inexistante jusqu'à il y a très peu de temps". Il découvre l'existence de l'accompagnement sexuel en 2013. Pierre a alors 54 ans. Depuis, il voit des accompagnantes sexuelles en fonction de ses moyens, mais a aussi connu "deux vraies histoires".

"Les mamans en pleurs au téléphone"

Face à ces détresses individuelles, les opposants à l'assistanat sexuel pointent d'"importants risques de dérive". "J'entends les critiques, mais qu'ils proposent une solution!", lance Vanessa Luciano. "On ne force pas les gens, ce sont eux qui viennent nous voir. Ce sont les mamans en pleurs au téléphone, ce ne sont pas aux mères de masturber leur enfant. Une auxiliaire de vie ne veut pas le faire, un médecin ne veut pas le faire, une prostituée veut le faire mais parfois elle n'est pas formée et pas apte à le faire".

En attendant, l'association a soumis à une quarantaine de députés un projet de loi visant à faire "une exception sur la loi sur le proxénétisme, en faveur de l'accompagnement à la vie affective et à la santé sexuelle des usagers du système de santé".

https://twitter.com/paobenavente Paulina Benavente Journaliste RMC