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Après le beurre, les œufs menacés de pénurie

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Le syndicat de l'œuf met en garde contre des risques de pénurie à l'approche de Noël, conséquence directe du scandale de la contamination des œufs au Fipronil intervenu cet été, qui a amputé la production et renchéri les coûts.

Après ceux du lait, les professionnels de l'œuf alertent d'un risque de pénurie sur le marché. La demande excède actuellement de 4 à 5% l'offre en France, affirme le SNIPO, le syndicat national des industriels et professionnels de l'œuf, dans un communiqué publié jeudi. Et ce, quel que soit le type d'œufs, du bio au standard en passant par le plein air. En cause: le scandale du Fipronil.

Les prémisses de la crise remontent en effet à l'été, quand le grand public a découvert que de nombreux élevages avaient été contaminés au Fipronil. Cet insecticide interdit avait été frauduleusement introduit dans un produit très largement utilisé par les éleveurs européens. En France, aucun usage de produits falsifiés n'a été détecté par les autorités lors de leur enquête. En revanche, une cinquantaine de lots de produits à base d'oeufs -des gaufres, des crêpes ou des pâtes- ont été retirés du marché parce qu'ils dépassaient la concentration de Fipronil autorisée.

20 millions de poules abattues

Mais surtout, "toutes les poules contaminées ont été abattues", explique Loïc Coulombel, le président du SNIPO. Les professionnels estiment qu'environ 20 millions de poules ont été euthanasiées en Europe, soit 3 à 4% du cheptel de pondeuses. En outre, les œufs de celles qui ont échappé à la purge n'ont pas pu être commercialisés. Ainsi, "l'offre s'est réduite de 5% quasiment immédiatement", souligne Loïc Coulombel.

Un manque impossible à combler avec des importations hors des frontières de l'UE puisque les standards d'élevage sont bien plus contraignants que ceux des autres marchés producteurs, notamment américain.

La loi de l'offre et de la demande opérant, le prix des oeufs a explosé depuis juillet. Le cours de ceux destinés à l'industrie agroalimentaire, pour faire des madeleines et autres pâtes fraîches, a décollé de 150%. Le kilo de ces ovoproduits coûtait 1,99 euro mi-novembre, contre 80 centimes au début de l'été. Quant à ceux vendus en magasin, leur prix est passé de 6,15 euros les 100 œufs, à 12,12 euros, soit une augmentation de 97%.

Des arbitrages entre ceux qui jouent le jeu et les autres

Or les acheteurs d'œufs, grands distributeurs ou transformateurs, ne sont pas tous disposés à rediscuter leurs prix d'achats, indique le syndicat. Ainsi, "il y aura forcément des arbitrages entre les clients qui acceptent de jouer le jeu en termes de prix et ceux qui refuseront", prévient Loïc Coulombel.

Certains pourraient donc se retrouver avec des linéaires vides à quelques semaines des fêtes. Une période où la demande est d'ordinaire encore amplifiée, puisque les œufs entrent dans toutes sortes de préparations typiques des repas de réveillon, comme la bûche et le pâté de poissons. "En magasin, la semaine qui précède Noël est une des plus importantes de l'année en quantité d'œufs vendus", selon le président du SNIPO.

Nina Godart