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Amazon: pourquoi la mairie de Paris a raison de s'inquiéter

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Alors que la mairie de Paris craint qu'Amazon ne déséquilibre les commerces parisiens avec son nouveau service de livraison, un sondage révèle que les Parisiens sont très tentés par Amazon Prime Now.

Amazon sera-t-il le fossoyeur du commerce parisien? Le nouveau service de livraison ultra-rapide du géant du e-commerce inquiète en tout cas déjà la Ville de Paris. "Cette opération est susceptible de déstabiliser gravement les équilibres commerciaux parisiens", prévenait ainsi ce dimanche Anne Hidalgo dans un communiqué

La maire de la capitale a-t-elle raison de s'inquiéter ou exagère-t-elle la menace? Tout dépendra de la réception de Prime Now par les consommateurs parisiens. Et un premier sondage de Toluna pour LSA montre qu'ils sont déjà très enthousiastes à l'annonce de ce nouveau service. Selon cette étude, 26% des Franciliens se déclarent intéressés par le nouveau service Amazon Prime Now, dont 6,6% très intéressés. Si on resserre à la capitale et à la petite couronne, cette proportion monte même à 30,4% (dont 7,6% de très intéressés). Si ces mêmes consommateurs venaient à avoir une utilisation régulière d'Amazon Prime Now, l'américain pourrait effectivement faire très mal aux commerces de la capitale.

Et c'est le service "gratuit" qui intéresse particulièrement les Franciliens. Amazon Prime Now se décline en effet en deux formules: une livraison en moins d'une heure moyennant des frais de 5,90 euros. Une autre en deux heures sans supplément. Pour rappel, pour y accéder, les clients devront disposer d'un compte Amazon Premium à 49 euros par an. C'est donc la livraison en deux heures qui prédomine. 29,4% des habitants d'Ile-de-France interrogés veulent tester cette formule contre seulement 1,5% pour la version payante. 

Quels sont les produits qui intéressent particulièrement ces consommateurs? Principalement des articles de grande consommation standardisés comme les boissons (52,7%), l'épicerie (43,7%), l'entretien (43%) et l'hygiène-beauté (40,4%). L'appétit est moindre pour les produits frais comme les légumes (36,7%), la viande (29%) et le poisson (23,5%) ou même les surgelés (37,4%). Les consommateurs préfèrent en général choisir eux-mêmes leurs produits frais (les fruits et légumes notamment) et n'ont peut-être qu'une confiance limitée dans le service de livraison d'Amazon (respect de la chaîne du froid, etc.).

Certains produits hors de prix sur Amazon

En tout cas, en l'état actuel des choses, ce sont les grandes surfaces qui auraient le plus à craindre d'Amazon, plus que les petits commerçants. Car si l'offre Prime Now les satisfait, 47,9% des consommateurs pensent réduire leurs courses dans les grandes surfaces alimentaires, contre seulement 18,3% dans le commerce de proximité, 16,3% dans les autres sites de courses en ligne et seulement 7,3% dans les marchés/halles. Les clients voient donc Amazon comme une alternative aux supermarchés pour les achats de commodité. 

Mais les grandes surfaces n'ont certainement pas dit leur dernier mot. Et pour contrer l'arrivée d'Amazon sur leur territoire, elles n'auront d'autre choix que de se lancer dans une guerre des prix. Car pour 57,2% des Franciliens, ce sera le critère principal pour commander sur Amazon. Devant la rapidité de la livraison (47%) et la fraîcheur (46,6%). Et en la matière, l'américain a encore des progrès à faire. Car si selon A3 Distrib, Amazon est globalement bien positionné avec des tarifs 2,5% plus bas que les grandes surfaces sur une sélection de 400 produits, certains prix sont étonnamment élevés. Selon le spécialiste de la distribution Olivier Dauvers, certains produits sont carrément "hors marché". On retrouve ainsi du Saint-Môret à 4,61 euros (1,63 euro en grande distribution), des cacahouètes à 3,31 euros (87 centimes chez Leclerc) ou encore une tablette de chocolat à 2,60 euros. 

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco