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Compagnies aériennes: qui a perdu le plus d'argent l'an passé, qui a sauvé les meubles?

La plupart des géants du secteur ont publié leurs résultats annuels marqués par des pertes abyssales dues à la pandémie et l'arrêt du trafic aérien. Certaines s'en sortent légèrement mieux que d'autres.

Historique, sans précédent, catastrophique... Les acteurs du monde aérien n'ont plus de mots pour décrire une année 2020 où le trafic aérien a été quasiment mis à l'arrêt à cause de la pandémie mondiale.

Le trafic passager a ainsi baissé de 66% l'an passé selon l'association IATA qui réunit les acteurs du secteur. Avec 1,8 milliard de passagers, le secteur est retombé à son niveau de 2003. Le trafic international a été plus touché (-75,6%) que les liaisons intérieures (-48,8%).

Ce sont évidemment les compagnies aériennes qui subissent le choc le plus important avec des pertes globales évaluées à pas moins de 120 milliards de dollars. Les plus solides, soutenues par des aides d'Etat, maintiennent la tête hors de l'eau tandis que les plus faibles ont été balayées, 40 compagnies auraient ainsi disparu. Mais pour toutes, les pertes sont abyssales.

Les compagnies historiques au bord du gouffre

  • American Airlines: 7,3 milliards d'euros de pertes

La première compagnie américaine est celle qui a perdu le plus d'argent en 2020. Il s'agit de la plus importante perte de son histoire. Son chiffre d'affaires s'est effondré en 62% l'année dernière.

  • Air France-KLM: 7,1 milliards de pertes

La compagnie aérienne franco-néerlandaise fait ainsi état d'une perte de 7,1 milliards d'euros l'an passé et évoque un choc "sans précédent, la crise la plus grave jamais connue par l'industrie du transport aérien".

Le chiffre d'affaires s'est effondré de 59% par rapport à 2019, à 11,1 milliards d'euros. Sur l'année entière, Air France-KLM a perdu 67,3% des passagers de 2019, une tendance aggravée lors du seul quatrième trimestre (-75,9%), soit pas moins de 70 millions de passagers en moins.

  • Lufthansa: 6,7 milliards de pertes

Le premier groupe européen du transport aérien a subi en 2020 une perte record de 6,7 milliards d'euros. L'entreprise, qui n'a opéré en 2020 que 31% des capacités offertes.

Jusqu'à 30.000 emplois sont menacés au sein de l'entreprise, qui a cependant conclut des accord avec les syndicats pour éviter des licenciements secs jusqu'en mars 2022 en contrepartie de plusieurs centaines de millions d'euros d'économies.

Le groupe va aussi se séparer de quelque 150 avions de sa flotte, alors que 500 des 800 machines restent encore cloués au sol.

  • British Airways: 4,5 milliards de pertes

Le géant International Airlines Group (IAG) qui regroupe British Airways, Iberia, Vueling, Aer Lingus et Level a bu la tasse avec 6,9 milliards d'euros de pertes, très loin du bénéfice de 1,7 milliard d'euros généré en 2019. Son chiffre d'affaires s'est écroulé de 69% à 7,8 milliards d'euros. C'est British Airways qui subit le plus gros gadin avec une perte de 4,5 milliards, devant Iberia (1,4 milliard) et Vueling (875 millions).

  • 6 milliards d'euros de pertes pour les deux grandes compagnies japonaises

Au Japon, les compagnies aériennes ont des exercices annuels décalés qui s'achèvent à la fin du mois de mars. Mais les prévisions donnent une idée de l'ampleur des dégâts.

All Nippon Airlines (ANA), première compagnie aérienne japonaise anticipe une perte record de 4,1 milliards d’euros (510 milliards de yens) et dit jouer sa survie (qui passe par un important plan de restructuration).

Sa rivale JAL devrait un peu mieux s'en sortir avec une perte nette évaluée à 2/2,2 milliards d'euros contre un bénéfice net de 413 millions un an plus tôt.

  • Qantas: 2,2 milliard d'euros de pertes

La compagnie australienne a vu son chiffre d'affaires s'écrouler de 75% sur un an et fait état d'un manque à gagner de 7 milliards d'euros depuis le début de la pandémie.

C’est un chiffre énorme, probablement le plus gros de tous les autres groupes australiens frappés par le Covid", commente son directeur général Alan Joyce.
  • Air China: 1,8 milliard d'euros de pertes

Les pertes des compagnies chinoises ont toutefois été atténuées par le maintien de vols en Chine, le pays ayant réussi à garder la flambée épidémique de Covid sous contrôle.

  • China Southern Airlines: 1,4 milliard d'euros de pertes

La plus grosse compagnie en terme de passagers transportés observe cependant une reprise progressive du trafic aérien en Chine en cours d'année.

  • Sinagapore Airlines: 2,9 milliards d'euros de pertes (sur six mois)

Au premier semestre de son exercice décalé 2020/2021, le géant asiatique qui regroupe trois compagnies a vu son chiffre d'affaires s'écrouler de 80%.

  • Emirates: 2,9 milliards d'euros de pertes (sur six mois)

Il s'agit de ses premières pertes semestrielles en trente ans. Son chiffre d'affaires s'est replié de 75%. Un an plus tôt, le fleuron aéronautique de Dubaï avait enregistré 200 millions d'euros de bénéfices.

Les compagnies low-cost également à la peine

  • EasyJet: 965 millions d'euros de pertes au 30 septembre

La compagnie low cost limite les dégâts avec un repli de 53% de son activité sur un an mais de septembre 2019 à septembre 2020. Elle a transporté 48,1 millions de passagers contre 96,1 millions entre 2018 et 2019. Le taux de remplissage des avions a diminué à 87,2%.

  • Ryanair contient ses pertes

La compagnie low cost s'en sort bien. Sur le premier semestre de son exercice décalé 2020-2021, d'avril à fin septembre, le groupe a limité sa perte à 197 millions d'euros malgré l'arrêt quasi-complet de ses vols d'avril à juillet. Il faudra néanmoins encore attendre quelques mois pour avoir un bilan sur douze mois. Le groupe qui réunit quatre compagnies s'offre même le luxe de réaliser un troisième trimestre dans le vert avec 10,8 millions d'euros de résultat d'exploitation.

  • Southwest Airlines: 2,5 milliards de dollars de pertes

Pour la compagnie américaine basée à Dallas, il s'agit de sa première perte depuis 1972.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business