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Colza, arbres fruitiers, betteraves: des dégâts importants après les gelées du début de semaine

Un vigneron allume des bougies pour protéger ses vignes du gel à côté de Chablis, le 7 avril

Un vigneron allume des bougies pour protéger ses vignes du gel à côté de Chablis, le 7 avril - JEFF PACHOUD

Le gel menace les cultures, particulièrement les arbres fruitiers, en fleurs après des températures douces ces dernières semaines. Les pertes s'annoncent conséquentes.

Une vague de froid traverse la France et avec elle, du gel qui menace les cultures. Dans la quasi totalité des régions, à l'exception de l'Ouest, les agriculteurs se battent pour protéger leur production. Les betteraves, les arbres fruitiers et les vignes sont particulièrement affectés.

Grâce aux bougies de paraffine installées à partir de 3 heures du matin, André, arboriculteur à Mont-Près-Chambord dans le Loir-et-Cher, a pour l'instant réussi à sauver un hectare de poiriers, mais pas ses six hectares de pommiers.

Malheureusement, on ne peut pas couvrir. Il y aura de très grosses pertes, je pense que ça sera du 80%, même s'il est encore trop tôt pour le dire", explique André au micro de BFMTV.

L'heure n'est pas encore au bilan car le froid pourrait durer encore plusieurs jours. Mais déjà, la chambre d'agriculture de la région Île-de-France déplore 100% de pertes pour les betteraves touchées par le gel, 80% pour les poires et 100% pour les prunes. Elle indique avoir des "inquiétudes" concernant les céréales.

L'Institut technique de la betterave du Centre-Val de Loire et de l'île-de-France alerte sur les risques de gelées en cas de température au sol passant sous les -7°C.

Dans le Grand Est, où les températures sont descendues jusqu'à -3°C, il a même neigé. "Les cultures les plus touchées sont les arbres fruitiers", confirme à BFM Business la chambre d'agriculture locale.

Le colza inquiète également. Les huiles tirées de cette plante et de l'ensemble des oléagineux sont, pour une large part, valorisées par la production de biodiesel. Le gel pourrait donc avoir un impact sur les prix de ces biocarburants.

Le gel va faire des dégâts. Le colza en floraison va être touché. Il est un peu tôt pour avoir une vision globale de la situation. On mesurera les dégâts dans une semaine à dix jours", explique Thibaut Ledermann, responsable des relations terrain de la Fédération française des producteurs d’oléagineux.

Protéger les cultures du gel

Plusieurs solutions existent pour protéger ses plantes du gel. L'installation de bougies de paraffine pour réchauffer l'air, comme le font les vignerons, le recours à des ventilateur géants et même, à des hélicoptères rasant les cultures pour diffuser de l'air chaud. Des solutions plus ou moins coûteuses, à la charge des agriculteurs.

Autre option étonnante: geler volontairement les bourgeons ou les fleurs des arbres fruitiers pour les protéger. A franceinfo, Nicolas Gidoin, arboriculteur, explique que la fleur "a moins froid à l'intérieur de la glace, comme un esquimau dans son igloo".

Le gel fait aussi des victimes collatérales, à l'image des abeilles qui ne peuvent plus butiner les fleurs. Les apiculteurs sont donc obligés de les nourir avec du sirop de sucre en attendant que les températures ne se réchauffent.

En cas de pertes importantes, les agriculteurs peuvent espérer des aides financières. Mais il faudra attendre que la vague de froid ne passe afin d'évaluer les dégâts.

Les vignerons du Bordelais très inquiets
Dans le Bordelais, interprofession comme syndicats viticoles restent prudents car des températures négatives sont encore attendues dans la nuit de mercredi à jeudi. Selon l’AFP, Les Graves, l'Entre-deux-Mers, le Sud-Gironde (Sauternais et Barsac), les Blaye Côtes de Bordeaux notamment ont été touchés par des températures qui ont atteint -5°C dans la nuit de mardi à mercredi. "C'est un peu une catastrophe, il n'y a pas de zones épargnées", dans notre appellation, a déclaré Mayeul L'Huillier, directeur du Syndicat des vins de Graves, même si nombre de viticulteurs devaient encore inspecter les parcelles. "Il faut voir comment la nature va réagir, voir aussi l'impact d'autres épisodes de gel" à venir. Même son de cloche dans l’appellation Barsac. "Entre 50 et 90% des propriétés ont sans doute été touchées", a estimé auprès de l’AFP Frédéric Nivelle, directeur technique de Château-Climens, premier grand clu classé où la station météo a enregistré -3,5 degrés en fin de nuit.

Pauline Dumonteil