BFM Business

Ce que Suez et Ardian veulent arracher à Veolia

L’alliance de Suez et d’Ardian ouvre la voie à des discussions avec le rival Veolia. La branche française de gestion de l’eau sera au cœur des négociations. Avec d’autres filiales en jeu.

C’est un tournant dans la bataille entre Veolia et Suez. Dimanche soir, le fonds d’investissement français Ardian, associé au fonds souverain américain GIP, sont -enfin- sortis du bois en proposant un rachat de Suez au même prix que Veolia, soit 18 euros par action, valorisant le groupe à plus de 11 milliards d’euros. Son intention a immédiatement été soutenue par la conseil d’administration de Suez, qui s’est déclaré, pour la première fois à "ouvrir le dialogue avec Veolia". Selon nos informations, le président de Suez, Philippe Varin, ainsi que le directeur général, Bertrand Camus, sont allés présenter ce projet au ministre de l’Economie Bruno Le Maire, lundi dernier. Bertrand Camus a également appelé le PDG de Veolia, Antoine Frérot, dimanche soir pour l’informer du soutien de Suez au projet d’Ardian.

De son côté, Veolia a précisé qu’il n’était pas "vendeur" de sa participation de 29,9% dans Suez, fermant la porte à une OPA d’Ardian, à laquelle personne ne croit en réalité. Mais "nous sommes prêts à discuter de notre projet" précise une source proche de Veolia à BFM Business. L’allié Ardian permet à Suez d’entamer des négociations plus équilibrées avec Veolia, qui est son premier actionnaire.

La Caisse des Dépôts prête à intervenir

Au milieu du champ de bataille, le fonds Ardian tente de jouer les casques bleus. "Pour la première fois, les deux groupes sont prêts à discuter, se félicite un proche du fonds. Nous n’interviendrons que si les deux groupes trouvent un accord". Selon nos informations, Ardian vise aussi à inviter à son tour de table d’autres investisseurs institutionnels français. Début janvier, le directeur général de la Caisse des Dépôts, Eric Lombard avait confié sur BFM Business que "si notre intervention peut aider à une solution entre les deux groupes, nous serons présents".

Quel peut-être le terrain d’entente possible entre Suez et Veolia? Tout tourne autour de la filiale Suez Eau France que Veolia ne pourra de toutes façons pas conserver pour des raisons de concurrence. Veolia a prévu de la revendre au fonds Meridiam mais pour Suez, il en est hors de question. Le groupe espère ainsi conserver cette branche, renforcée de plusieurs sociétés autour, avec le fonds Ardian comme propriétaire. Début janvier, le PDG de Veolia, Antoine Frérot, a confié qu’il n’y était pas opposé à condition qu’Ardian prennent les mêmes engagements, notamment sociaux, que le fonds Meridiam.

Les Etats-Unis, le Maroc et l'Espagne dans la balance

Fin septembre, lorsqu’Engie était en train de céder ses parts de 30% à Veolia, les trois groupes avaient entamé une discussion autour de ce "petit Suez". Veolia avait accepté de laisser à Suez des activités pesant 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit deux fois plus que la seule filiale française dans l’eau. "C’est toujours la même idée: Suez veut garder plus d’activités que Suez Eau France et Ardian espère les récupérer", explique une source proche du dossier.

Selon nos informations, Veolia était prêt à laisser à Suez la filiale au Maroc et surtout la branche américaine dédiée à la gestion de l’eau pour les industriels. Cette société rachetée en 2017 à General Electric, dites "GE Water" est essentielle pour Suez et Ardian car elle lui donne accès au marché américain et dispose de belles perspectives de croissance.

Meridiam le grand perdant

Ardian espère de son côté récupérer une des filiales de Suez en Espagne, au Chili ou aux Etats-Unis. L’espagnole "Agbar", que Suez envisage de vendre depuis deux ans, pourrait être dans la corbeille de la mariée. D’autant que le directeur général Bertrand Camus était prêt à la céder l’an passé mais le président de Suez de l’époque, Jean-Louis Chaussade y était opposé. Il semble en revanche attaché à la filiale américaine "GE Water" pour avoir chapeauté son rachat alors qu’il dirigeait la zone Etats-Unis de Suez.

Les deux groupes ont encore quatre mois pour trouver un accord, d’ici la prochaine assemblée générale de Suez qui doit se tenir au mois de juin. Si un accord aboutit entre Veolia, Suez et Ardian, c’est de facto le fonds Meridiam qui devait à l’origine rachetée la filiale Suez Eau France, qui sera expulsé de l’opération. Et le grand perdant de cette bataille.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business