BFM Business

Bridgestone: quelles subventions ont été versées avant la décision de fermer le site de Béthune?

Outre le versement par l'État du CICE en 2018, de 1,8 million d'euros, le pneumaticien s'est vu proposer en 2019 le financement d'une étude sur la modernisation du site par Les Hauts-de-France, qu'il a décliné. En 2017, la région lui avait déjà accordé 120.000 euros pour la formation.

La fermeture annoncée par Bridgestone de son usine de pneumatique de Béthune, qui met en cause 863 salariés, a immédiatement déchaîné les plus vives protestations, au niveau local, régional et étatique.

Le gouvernement a évoqué "une trahison". Ce jeudi, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a parlé "d'une décision révoltante, avec une méthode révoltante et des conséquences révoltantes".

"Ils ont touché des milliers d'euros d'argent public", selon un député LFI

Puis, la question du niveau des subventions publiques touchées par l'industriel japonais a rapidement refait surface, comme cela l'avait été le cas en 2019 lors de la fermeture par Ford de son usine de boîtes de vitesse près de Bordeaux.

"Ils ont touché des milliers d'euros d'argent public", s'est ému François Ruffin, député LFI du Nord, sur France 2 à propos de Bridgestone. Il a estimé qu'il faudrait "200 millions d'euros" pour empêcher la fermeture du site de Béthune.

Selon plusieurs sources, le pneumaticien a notamment bénéficié (à l'instar de nombreuses autres entreprises) en 2018 du versement d'argent public au titre du CICE, soit 1,8 million d'euros dans son cas.

La CGT réclame "le contrôle des aides publiques"

Réagissant à son tour, la CGT a réclamé ce jeudi "le contrôle des aides publiques" versées aux entreprises. "La question des contreparties aux aides publiques, "s'est posée encore dans le plan de relance" et "c'est pour ça qu'on parle de conditionnalité des aides", a considéré Philippe Martinez, son secrétaire général.

Mais les propos les plus virulents ont été tenus par le président de la région Hauts-de-France. "Une fermeture complète de ce site, c'est un assassinat. Et c'est un assassinat prémédité, prévu de longue date. (...) On a affaire à des menteurs", a lancé Xavier Bertrand.

Son allusion "assassine" tient au fait qu'il connaît particulièrement bien le dossier industriel. Dès 2019, l'élu avait pris conscience des efforts à mener pour encourager la modernisation du site spécialisé dans les pneus tourisme (marques Bridgestone et Firestone) durement affecté par la concurrence low cost asiatique.

Selon une lettre dont BFM Business a eu communication, Xavier Bertrand a proposé en octobre de l'année dernière à Philippe Burnage, directeur général en France, de financer "à hauteur de 50% du montant la réalisation d'une étude" sur "les investissements de production innovants du site".

Xavier Bertrand a proposé l'aide de la région dès 2019

Dans ce document, le président de région évoque des réunions qui se sont tenues quelques semaines plus tôt (toujours en 2019) au cours desquelles le dirigeant de l'industriel aurait lui-même exprimé son souhait d'étudier la modernisation complète du site de Béthune. Une opération évaluée à plus de 150 millions d'euros.

Mais, quelques jours plus tard, celui-ci déclinait dans sa réponse écrite, cette offre de financement d'une étude indépendante sur ce sujet.

La direction a jugé "prématurée" une étude indépendante

Le dirigeant la jugeait "prématurée" tout en reconnaissant les difficultés économiques récurrentes de l'usine de Béthune, dont la situation "n'est pas stabilisée".

L'usine nordiste, inaugurée en 1961, connaît des difficultés de longue date. Elle a été jugée "la moins performante" parmi la dizaine d'usines du groupe japonais en Europe, selon la direction qui invoque la concurrence des marques asiatiques à bas coût.

La région aurait également versé 120.000 euros à l'entreprise au titre de la formation en octobre 2017. Plus tôt, l'entreprise avait également touché 500.000 euros en 2008.

"Cela va leur coûter plus cher de fermer le site"

Mais le compte n'y est définitivement pas pour l'exécutif des Hauts-de-France.

Si le groupe est prêt à "discuter d'un projet d'investissement sur ce site", l'Etat et les collectivités mettront alors de l'argent sur la table, a réaffirmé Xavier Bertrand.

"Est-ce qu'on a affaire à des industriels ou à des financiers?" s'est interrogé le président de région. "Si ce sont des financiers qui ne souhaitent pas investir, cela va leur coûter beaucoup plus cher de fermer le site et ça va prendre des années", a-t-il menacé.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco