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La production industrielle de pneumatiques en France a-t-elle encore un avenir?

La montée du low cost au détriment du pneu premium a contraint Michelin et ses grands rivaux (Continental, GoodYear, Bridgestone) à fermer des usines en France. La restructuration industrielle du pneumatique "made in France" s'est en fait accélérée depuis la crise de 2008.

La fermeture annoncée de l'usine de pneumatiques du japonais Bridgestone à Béthune (863 salariés), ajoutée à celle, effective en 2020, du site Michelin à la Roche-sur-Yon (620 salariés) en Vendée, soulève la question de l'avenir de cette production industrielle dans l'Hexagone.

Cette interrogation se pose avec acuité après une décennie de fermeture d’usines de pneus en France, pays longtemps resté parmi les producteurs majeurs de pneumatiques de tourisme en Europe en raison de l'empreinte industrielle de Michelin.

Sur ce marché en Europe, l'Hexagone a "même occupé la 2e place au début des années 2000", relevait une étude de l'Insee datée de 2014.

La crise de 2008 a accéléré les restructurations

Comme l'illustre à nouveau le cas de l'usine de Béthune, chaque fermeture de site provoque de vives réactions en raison du nombre important de licenciements en cause, souvent un millier par usine. La fabrication de pneumatique reste en effet une industrie de main d'oeuvre, encore relavivement peu robotisée.

En fait, les fermetures de site de production de pneumatique avec leur lot de licenciements se sont accélérées depuis la grave crise économique de 2008. Dès 2009, l’automobile fut durement affectée par la crise en France et en Europe (cf tableau ci-dessous). Or, les pneumaticiens, fournisseurs de premier rang de l’automobile, en ont pâti directement.

Les pneumaticiens, fournisseurs de premier rang de l’automobile, ont pâti durement de la crise de 2008. Ainsi, leur production a chuté de 28 % entre 2008 et 2009, selon l'Insee.
Les pneumaticiens, fournisseurs de premier rang de l’automobile, ont pâti durement de la crise de 2008. Ainsi, leur production a chuté de 28 % entre 2008 et 2009, selon l'Insee. © Insee

Parallèlement, dans un contexte économique défavorable, les consommateurs ont privilégié l'achat de pneus rechapés (technique redonnant une seconde vie aux pneus usés) ou neufs à bas coût, issus d’importations venues d'Asie.

L'inexorable montée du pneu low cost

Cette pression sur les prix a pesé sur deux segments clés du marché européen en raison des volumes de vente qu’ils représentent: le pneu poids-lourds et le pneu tourisme de petite taille.

Résultat, le succès du pneumatique low cost s’est fait au détriment du marché du segment premium plus cher, la spécialité de Michelin. Le géant français et ses grands rivaux ont dû revoir la carte industrielle de leurs usines d'Europe de l'Ouest où le coût de la main-d’œuvre ouvrière est plusieurs fois supérieur à celui observé dans les pays de l’Est ou en Asie.

Entre 2009 et 2014, deux sites de production importants ont fermé ou cessé toute production: Goodyear Dunlop Tires France (1173 salariés) à Amiens et Continental à Clairoix (1113 salariés), tous deux situés en Picardie (intégrée à la région Les-Hauts-de-France).

Comme ses rivaux, Bridgestone invoque, pour justifier la fermeture de son site de Béthune, la concurrence croissante des marques asiatiques à bas coûts, notamment chinoises. Il estime que leur part de marché est passée de 6% à 25% depuis 2000 alors que, dans le même temps, le marché automobile européen a chuté de près de 40% au premier semestre et devrait rester en baisse de 25% sur 2020, frappé par les conséquences de la pandémie de Covid-19.

Michelin a fermé 3 sites en France depuis 2006

De son côté, depuis 2006, Michelin a fermé près d'une dizaine d'usines en Europe, dont trois en France (Poitiers en 2006, Toul en 2009, La-Roche-sur-Yon en 2019). S'y ajoutent les 726 postes supprimés sur le site de Joué-les-Tours. L'atelier poids-lourds y a fermé en 2013, des salariés ayant été transférés à l'époque vers le site de La Roche-sur-Yon dont la fermeture a été annoncée 6 ans plus tard.

Il reste aujourd'hui à Michelin une quinzaine d'implantations industrielles réparties sur tout le territoire qui assurent une part importante de la production du groupe, qui remploie 20.000 salariés dans l'Hexagone.

Une partie de ses sites français s'en sortent en produisant des pneumatiques destinés à des marchés spécialisés (les pneus agricoles à Troyes ou pour le secteur aéronautique à Bourges) ou le très haut de gamme comme à Roanne (Loire).

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco