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Après l'échec sur les vaccins, la France va-t-elle passer à côté du traitement contre le Covid-19?

La biotech nantaise Xenothera a démontré l'efficacité de son anticorps polyclonal pour empêcher les cas graves du Covid-19. Mais l'Etat n'a toujours pas annoncé de précommandes.

Monoclonaux, Polyclonaux… Des termes un peu abscons qui entrent, depuis quelques semaines, dans le vocabulaire de la crise sanitaire. Derrière ces termes, un nouvel espoir de guérir du covid-19, en parallèle des vaccins. Et une biotech nantaise, Xenothera, est même en pôle pour développer ce traitement prometteur.

"Il s'agit d'anticorps dirigés contre le virus", explique Odile Duvaux, présidente de l'entreprise. Il en existe deux types: monoclonaux et polyclonaux. Les premiers ont servi au traitement expérimental de Donald Trump, tandis que Xenothera a préféré développé les seconds.

"Les anticorps polyclonaux sont beaucoup plus efficaces contre les virus tandis que le monoclonal est très efficace, par exemple, contre le cancer" résume Odile Duvaux.

Surtout, les polyclonaux s'adaptent à tous les variants, Xenothera en a fait récemment la démonstration sur les variants anglais ou encore sud-africain.

Alors que les vaccins sont devenus l'Alpha et l'Omega de la lutte contre la maladie, les bons résultats apportés par la biotech sont venus rappeler l'intérêt des traitements, en particulier ces anticorps qui empêcheraient l'inflammation, ce fameux "orage cytokinique", qui peut être fatal.

Un "mille-feuille administratif "

Fin décembre, Xenothera a annoncé sa nouvelle phase d'étude, la dernière avant la commercialisation. La première phase a démontré la sécurité du traitement tandis que celle qui vient de débuter va valider statistiquement son efficacité face à un placebo. "40 hôpitaux sont volontaires pour cette phase et nous lançons un essai sur 700 patients en Europe, pour une fabrication espérée au début de l'automne" explique Odile Duvaux.

Mais le chemin fût compliqué pour en arriver là. "Nous avons fait connaître notre projet en mars dernier aux pouvoirs publics avec comme seule réponse des encouragements" se désole la patronne. Xenothera a donc lancé un appel aux dons pour obtenir 100.000 euros. Un engouement qui a fait boule de neige puisque la ville de Nantes et la région Pays de la Loire sont venues à la rescousse de la pépite. Une nouvelle levée de fonds auprès des investisseurs originels et enfin auprès de Bpifrance (via un plan d'aides publiques) permet de récolter 10 millions d'euros en juin dernier.

Mais au moment où les premiers essais allaient débuter, le gouvernement a imposé une suspension de toutes les autorisations cliniques en France, pour mieux clarifier la situation.

"On a perdu 4 mois" souffle aujourd'hui Odile Duvaux, critiquant un "mille-feuille administratif très lourd pour les essais cliniques" et une "complexité règlementaire effroyable" après s'être "battu dans le maquis de subventions".

Du côté de Bercy, on assure que le soutien de l'Etat à été "constant depuis le début du projet" et "réactif". La start-up est notamment accompagnée pour la mise à l'échelle industrielle de la production via deux aides dites de "capacity building" de 3,5 millions d'euros (décembre 2020) et 3 millions d'euros le 4 février. Au total, 16 millions d'euros ont été perçus par la startup depuis juin.

Reste que l'Etat français, qui a été le moteur sur les vaccins en Europe, n'a pas encore annoncé de précommandes, quand l'Allemagne a déboursé 400 millions d'euros fin janvier auprès de laboratoires américains. "On a été contacté par d'autres pays mais pour l'instant, on ne bouge pas" assure Odile Duvaux qui attend désormais un signe du ministère de la Santé.

Le risque serait de se retrouver avec une situation similaire à celle de Valneva, une autre biotech française qui a fini par vendre son vaccin expérimental au Royaume-Uni. "C'est un échec mais surtout, ça me fait mal au cœur de voir cette petite pépite installée sur mon territoire, partir vers l'Angleterre", déplorait sur BFM Business Christelle Morançais, présidente Les Républicains du Conseil Régional des Pays de la Loire.

A deux pas de Valneva, Xenothera espère une réaction de l'Etat. "Ça va venir" assure sa patronne. "Ça va venir."

Thomas Leroy Journaliste BFM Business