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Après 11 ans d'exploitation, Air France fait voler une dernière fois l'A380

Un Airbus A380 d'Air France

Un Airbus A380 d'Air France - Elizabeth ruiz - AFP

La compagnie française qui avait annoncé en mars qu'elle retirait les A380 de sa flotte a dit adieu à son gros porteur ce vendredi 26 juin. Une exploitation qui n'aura duré que 11 ans.

Après seulement 11 ans d'exploitation par Air France, l'A380 a tiré sa révérence ce vendredi 26 juin. Jugé peu rentable par les compagnies aériennes, le très gros porteur d'Airbus, dont la fin de la production avait été annoncée en février 2019, a vu sa fin de vie encore accélérée par l'épidemie de Covid-19 et l'effondrement du trafic.

La compagnie française qui devait faire voler son appareil jusqu'en 2022 a décidé fin mai qu'il ne volerait finalement plus jamais. Une décision précipitée qui a poussé la compagnie à organiser un dernier vol ce vendredi pour marquer le coup. Une dernière boucle de deux heures au dessus de la France avant les adieux.

A bord de ce dernier vol qui est parti vers 15h30 de Roissy, 516 salariés de la compagnie qui ont volé sur l'A380 (pilotes, stewarts, hôtesses) ou qui ont été chargé de sa maintenance. Beaucoup d'émotion à l'image de ce tweet posté sur le compte de la compagnie aérienne.

"Le légendaire A380 fait ses derniers adieux et son dernier vol Air France aujourd'hui, vendredi 26 juin. Au revoir big bird!"

La compagnie français exploitait 10 exemplaires du plus gros avion commercial du monde. Cinq étaient loués à la soiciété spécialisée Dr Peters et cinq autres étaient détenus en propre. Air France avait déjà rendu ses appareils loués en début d'année avant même la crise du secteur aérien provoquée par le coronavirus. Les cinq autres appareils détenus en propre seront mis en vente dans les prochains mois.

Mais vu le contexte actuel et le coût d'exploitation élevé de l'appareil, ils auront du mal à trouver preneur. Ils ont en tout cas déjà perdu beaucoup de valeur. La dépréciation dans les comptes d'Air France pour la perte de ces cinq appareils est de 500 millions d'euros, soit 100 millions d'euros par avion. Envron un quart du prix d'un A380 neuf qui était vendu encore en 2018 au prix catalogue de 445,6 millions de dollars.

Exploitée durant 10 ans par Air France, la flotte d'A380 aura effectué 40.000 vols pour 18.000 passagers transportés. Principalement vers les Etats-Unis qui ont représenté plus de 50% des vols d'Air France devant l'Afrique du Sud (15%) et la Chine et Hongkong (13%). L'appareil sera remplacé par l'A350, devenu le plus gros porteur d'Airbus depuis la fin de l'A380. Air France-KLM a ainsi passé une commande fin 2019 de 10 A350-900 supplémentaires, portant à 38 le nombre d’A350 commandés par la compagnie française et dont trois ont déjà été livrés. Un appareil plus petit (324 sièges au lieu de 500 pour l'A380) mais dont l'exploitation est moins coûteuse, selon Air France. La consommation de carburant 25% moins importante par rapport aux appareils de génération précédente, assure la compagnie, soit 2,5 litres par passager au 100 km.

Un appareil dépassé sur le plan technologique et qui a échoué à remplir sa mission. Plus grand qu'un Boeing 747, l'A380 avait été pensé pour desservir des hubs de mégalopoles, eux mêmes desservis par des lignes intérieures avec des appareils de plus faible capacité. Un pari d'Airbus mais qui nécessitait des aménagements importants un taux de remplissage le plus élevé possible pour assurer la rentabilité des lignes.

Un pari raté pour l'avionneur européen dans un marché des gros-porteurs qui était déjà en surcapacité avant la crise. Airbus n'avait pas vu venir le tournant des biréacteurs long-courrier de moyenne capacité comme le B787 "Dreamliner" de Boeing qui misait sur le développement du point-à-point, c'est-à-dire des liaisons directes. Il a depuis répliqué avec succès avec son A350.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco