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Air France peut-il supprimer 8000 emplois sans licencier personne?

Ben Smith, le PDG d'Air France KLM

Ben Smith, le PDG d'Air France KLM - Air France

Selon les syndicats, la direction d’Air France souhaite réduire d’au moins 16% les effectifs de la compagnie nationale et de sa filiale Hop. Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, demande à ce qu’aucun départ ne soit contraint.

Confrontée à une chute sans précédent du trafic aérien, Air France doit annoncer le 3 juillet aux syndicats les réductions d’effectifs qui vont toucher la compagnie nationale et sa filiale Hop. Et à en croire les diverses organisations syndicales concernées, ce plan pourraient se traduire par 8000 à 10000 suppressions d’emplois, en additionnant celles qui concernent la compagnie nationale et celles de sa filiale régionale, Hop. Le personnel au sol se verrait amputer de 4000 à 6000 équivalents temps plein (soit 13 à 20% de l’effectif). L’objectif pour le personnel navigant étant lui fixé, selon les syndicats, à 2000 emplois (-18%) de moins pour les hôtesses et stewards et 421 (-10%) pour les pilotes.

Pas de retour à la normale avant 2023

La direction ne confirme pas ces chiffres, mais ils correspondent aux ratios que Lufthansa, l’un des gros concurrents d’Air France, prévoit pour sortir du rouge. Air France ne peut en effet pas compter sur une reprise rapide du trafic aérien. Cet été, la compagnie se contentera de faire voler 40% de ses avions. Et Ben Smith, le PDG d’Air France KLM, table pour 2012 sur un trafic revenu à 80% de ce qu’il était avant la pandémie. Un scénario relativement optimiste. Dans leurs dernières prévisions, les experts du secteur aérien estiment qu’il faudra attendre 2023, voire 2024, pour que le trafic mondial revienne au niveau qu’il affichait avant la crise.

Par ailleurs, à la différence des compagnies low cost, Air France ne peut guère profiter de la réouverture des frontières au sein de l’Union européenne. La rentabilité de son réseau court- et moyen-courrier ne peut être assurée par les seuls passagers voyageant à l’intérieur de l’Europe. Pour que la compagnie gagne de l’argent sur un vol Berlin-Paris ou Rome-Paris, il faut impérativement qu’une part importante de passagers poursuivent leur voyage vers Los Angeles, Rio ou Shanghai.

Air France doit également faire face à un risque qui n’affectera ni EasyJet ni Ryanair: les voyages d’affaires pourraient ne jamais retrouver leur niveau d’avant la pandémie. Or cette clientèle constitue une source de revenus majeure pour Air France comme pour ses grands concurrents européens, américains et asiatiques. En moyenne, les passagers qui voyagent en business

Y aura-t-il toujours, demain, autant de voyages d'affaires?

L’autre incertitude ce sont les voyages d’affaires. Quand reprendront-ils et reviendront-ils un jour à leur niveau d'avant? Certains experts pensent que non, alors que les passagers qui voyagent en business sont ceux qui rapportent le plus aux compagnies aériennes: un tiers des recettes, alors qu’ils ne représentent que 10% des passagers. C’est un problème pour Air France, Emirates, Lufthansa ou Delta, pas pour EasyJet ou Ryanair.

Pour faire face à ces multiples incertitudes, Air France a pu compter sur le soutien de l'Etat, à travers un prêt de 7 milliards d'euros. Mais comme l'a rappelé ce jeudi, Bruno Le Maire, sur France Inter cet argent devra être remboursé aux contribuables. Le ministre de l'Economie n'entend donc pas imposer à Air France de renoncer à supprimer des emplois:

"Il y aura des ajustements nécessaires, mais je souhaite et je demande à Air France qu'il n'y ait pas de départs forcés. Je crois que c'est ça la ligne rouge importante, qu'il n'y ait pas de départs contraints" a-t-il expliqué.

Un défi impossible? Peut-être pas. Air France n'a pas recruté pendant des années. Son personnel a vieilli. S'ils ne sont pas remplacés, les salariés qui doivent partir à la retraite dans les deux ans qui viennent représenteraient à eux seuls la moitié des 8000 emplois à supprimer. Et si on ajoute ceux qu'un chèque d'un montant satisfaisant pourraient inciter à prendre une retraite anticipée, Air France pourrait satisfaire l'exigence de Bruno Le Maire.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco