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Aide aux entreprises: "pas un chèque en blanc" pour les grandes entreprises polluantes

Bruno Le Maire

Bruno Le Maire - AFP

Alors que le gouvernement a prévu une enveloppe de 20 milliards d'euros pour entrer au capital d'entreprises en difficulté, Bruno Le Maire souhaite que les entreprises aidées fassent un effort sur le plan environnemental.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a promis vendredi que les 20 milliards d'euros pour recapitaliser des entreprises en difficulté ne seraient "pas un chèque en blanc" notamment en matière environnementale, après des critiques d'ONG.

Il y aura deux séries de "conditions" pour les entreprises aidées: "un effort de redressement et de compétitivité" ainsi qu'"une politique environnementale ambitieuse", a déclaré le ministre devant l'Assemblée, qui examine le projet de budget rectifié où sont inscrits ces 20 milliards d'euros.

Oxfam, Greenpeace et les Amis de la Terre avaient dénoncé plu tôt "un chèque aux grands pollueurs sans conditions".

Ces aides publiques, qui pourraient bénéficier à des entreprises comme Air France ou Renault, ne sont assorties d'"aucune condition (...) alors qu’elles pourraient renflouer des entreprises polluantes, qui contribuent fortement au dérèglement climatique", selon un communiqué.

Pour Clément Sénéchal, de Greenpeace, "le gouvernement démontre qu’il ne prend toujours pas au sérieux la question écologique, c’est-à-dire le monde d’après".

"Soutenir à bout de bras et sans condition des multinationales qui devront de toute façon se transformer, c’est rendre leurs salariés encore plus vulnérables aux prochaines crises", avertit Cécile Marchand, des Amis de la Terre.

Trois critères pour que l'Etat entre au capital

Pour les ONG, qui rappellent que l'Assemblée nationale a voté en juin 2019 "l'urgence écologique et climatique", "le soutien de l’Etat doit avoir pour seuls objectifs le maintien de l’emploi et la transition écologique" et la montée au capital d'une entreprise doit être "soumise à une obligation de réduction d’émissions de gaz à effet de serre alignée avec les objectifs de l’Accord de Paris, au non-versement de dividendes et à une limitation stricte des hauts salaires".

Mais Bruno Le Maire a affirmé devant les députés qu'"il faut que ces grandes entreprises industrielles s'engagent totalement pour une économie décarbonée".

Il a aussi fixé trois critères pour une "protection" de ces entreprises par "la puissance publique": qu'il y ait des enjeux d'indépendance, de technologies et d'emploi, en citant le constructeur Renault pour ce dernier point.

Un amendement du groupe LREM qui va être débattu dans l'après-midi prévoit que les entreprises aidées "intègrent pleinement et de manière exemplaire les objectifs de responsabilité sociale, sociétale et environnementale dans leur stratégie, notamment en matière de lutte contre le changement climatique".

Les enjeux climatiques n'ont pas disparu

Jeudi en commission, un amendement conditionnant des opérations financières de l'Etat à "une stratégie interne de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre" par les entreprises a cependant été rejeté par les députés.

Pour Matthieu Orphelin (ex-LREM), "les enjeux climatiques n'ont pas disparu soudainement". "On voit que tous les lobbys industriels et polluants sont à l'oeuvre", a-t-il critiqué dans une interview au Monde. 

Selon lui, le Medef a écrit à la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne pour remettre en cause "les lois sur la mobilité et l'économie circulaire". "C'est comme si on n'apprenait rien d'une crise sur l'autre", regrette-t-il.

F.B. avec AFP