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Agriculture: quels sont les chantiers prioritaires qui attendent Julien Denormandie?

Le nouveau ministre de l'Agriculture

Le nouveau ministre de l'Agriculture - Ludovic Marin

Le nouveau ministre de l'Agriculture va devoir s'atteler à des dossiers chauds, comme la rémunération des producteurs, la souveraineté alimentaire ou encore la gestion des risques climatiques.

Au chevet d'un monde en crise: le nouveau ministre de l'Agriculture Julien Denormandie aura fort à faire, entre des producteurs malmenés par la crise sanitaire, le verdissement attendu des pratiques ou encore la défense du budget de la PAC.

Des revenus en berne

"Nous espérons que la nécessité de retrouver très rapidement des prix rémunérateurs à la production soit l'une des priorités de ce gouvernement car nous en sommes malheureusement loin", a prévenu Bernard Lannes, président du syndicat agricole Coordination rurale, au lendemain de la nomination de M. Denormandie.

La loi Alimentation était censée rééquilibrer les relations entre producteurs, industriels et distributeurs, mais elle semble tarder à produire ses effets. La situation est d'autant plus alarmante que la crise sanitaire a accentué les difficultés que vivaient déjà de nombreux secteurs de production, comme la viticulture, déjà plombée par les taxes Trump depuis octobre 2019, ou encore l'élevage, très fragile avant la crise. Or, des revenus qui stagnent ou régressent compromettent encore plus l'attractivité d'une profession vieillissante.

"A l'heure où la moitié des agriculteurs partira à la retraite dans moins de dix ans, le renouvellement des générations agricoles doit être une priorité", souligne le syndicat Jeunes agriculteurs.

L'environnement et l'adaptation au changement climatique

Alors que la majorité s'est engagée à réduire drastiquement la consommation de pesticides par l'agriculture française, le nouveau ministre va naviguer dans une voie étroite tant le sujet crispe une partie des agriculteurs qui mettent en avant le manque d'alternatives et l'"agribashing" dont ils s'estiment victimes.

Le syndicat majoritaire, la FNSEA, invite le ministre à permettre aux "agriculteurs d'être accompagnés - par la recherche et l'innovation, par des appuis à l'investissement ou encore par des outils garantissant la résilience des exploitations - de manière durable et efficace pour mener ces transitions, tout en respectant le caractère économique de l'activité agricole".

La question de la gestion des risques climatiques s'impose aussi: les sécheresses à répétition menacent les récoltes et font grimper les prix du fourrage pour les éleveurs, compliquant davantage une situation économique délicate, quand ce n'est pas la grêle qui dévaste les vignes ou les vergers.

Or, une minorité d'agriculteurs sont assurés: pour tenter d'y remédier, le gouvernement a lancé l'an dernier une consultation dont les conclusions sont très attendues. Il devra "impulser les choses pour que davantage d'agriculteurs puissent s'assurer", a affirmé à l'AFP la présidente de la FNSEA Christiane Lambert, à l'issue d'un entretien mardi soir avec le ministre.

La souveraineté alimentaire

L'ensemble des syndicats attendent des clarifications sur la façon dont l'exécutif entend traduire l'engagement présidentiel à "rebâtir une indépendance agricole". "Nous souhaitons que le ministre soit le bras armé de la souveraineté alimentaire qui est très positive en termes d'emplois et de territoire", a affirmé Mme Lambert.

Quelques semaines avant son départ, Didier Guillaume avait évoqué une conférence sur la souveraineté alimentaire "à l'échelle européenne", organisée à Paris lors de la rentrée prochaine. Elle devait être l'occasion de présenter un nouveau "plan protéines" pour la France, permettant de tracer des pistes pour accroître l'autonomie protéique, notamment en matière d'alimentation du bétail.

Le budget de la PAC

Le nouveau locataire de la rue de Varenne a au moins un sursis: alors que la nouvelle politique agricole commune, (PAC) qui régit les aides européennes au secteur, devait entrer en vigueur au 1er janvier 2021, les négociateurs du Parlement européen et du Conseil se sont mis d'accord récemment pour prolonger de deux ans l'application de la PAC actuelle, afin d'assurer la transition dans l'attente de la réforme en négociation.

Lancée en 2018, la réforme est pour l'instant suspendue aux négociations sur le budget pluriannuel de l'UE. La France se bat depuis plusieurs mois pour le maintien du budget des aides.

La pêche, cette inconnue

Autre chantier brûlant du ministère de l'Agriculture, celui de la pêche, dont on ignorait mardi s'il était maintenu dans l'escarcelle de Julien Denormandie ou s'il était transféré dans un autre ministère. Dans l'entourage de M. Denormandie, on se bornait à répéter que les décrets d'attribution n'étaient "pas encore publiés". Avec ses voisins européens, la France souhaite le maintien de l'accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, dans les négociations sur le Brexit. Elles représentent quelque 30% du chiffre d'affaires de la pêche française.

C.C. avec AFP