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À combien renonce Emmanuel Macron en refusant sa (future) retraite à vie de chef de l'État

Emmanuel Macron renonce à bénéficier de sa future retraite de chef de l'État, lorsqu'il quittera l'Élysée. Une pension équivalente au salaire d'un conseiller d'État, soit 6220 euros bruts mensuels à vie (5184 euros nets), qui n'est soumise à aucune condition d'âge, ni durée de mandat, ni plafond de revenus. Né après 1975, il est concerné par l'application du futur système à points.

En déplacement en Côte d'Ivoire, Emmanuel Macron a pris une décision symbolique en plein conflit social sur la réforme des retraites. Il a indiqué qu'il renonçait par avance à sa future retraite d'ancien président de la République alors que le mouvement de grève dans les transports publics se poursuit pendant les fêtes de fin d'année, en dépit de son appel public à une trêve, lancé depuis Abidjan.

"Il a les moyens de se passer d'une retraite de 6000 euros, heureux homme, mais la plupart des gens n'ont pas ces moyens... Je demande aux gens de bien comprendre la part de démagogie qu'il y a dans cette façon de parler" a réagi Jean-Luc Mélenchon sur BFMTV.

"Que le président de la République, les ministres, les parlementaires soient alignés au régime général, c'est la moindre des choses", a salué de son côté le secrétaire national du PCF et député Fabien Roussel dans l'émission Le Grand rendez-vous sur Cnews et Europe 1 (cf encadré ci-dessous).

Né en 1977, Emmanuel Macron est concerné par la future retraite à points

Selon l'Élysée, "il n'y a pas de volonté d'affichage", seulement "une volonté de cohérence" de la part d'Emmanuel Macron. Selon l'Élysée, la cohérence veut que la loi de 1955 ne s'applique plus à aucun président à l'avenir. En outre, Emmanuel Macron, né en 1977, fait partie des Français directement concernés par le projet de réforme des retraites qui doit s’appliquer aux personnes nées après 1975.

Sa renonciation au régime spécial des anciens présidents ne signifie pas que l'actuel chef de l'État renonce à toute pension. Elle impliquera l'intégration de ses années (au moins 5 ans, éventuellement 10 ans en cas de réélection) passées à l'Élysée dans le futur système à points, intégration dont les modalités devront être précisées par un texte de loi.

La présidence de la République rappelle qu'Emmanuel Macron avait démissionné de la haute fonction publique le jour même de sa déclaration de candidature à la présidentielle en novembre 2016.

La loi du 3 avril 1955 instaure une sorte de régime spécial de retraite, assorti d'une "rente à vie" pour les anciens présidents de la République. En vertu de ce texte, les anciens chefs d'État se voient verser, dès leur départ de l'Élysée, une pension équivalente au salaire d'un conseiller d'État, soit 6220 euros bruts mensuels (soit 5184 euros nets). Ce montant n'est soumis à aucune condition d'âge ni durée de mandat, ni plafond de revenus.

"Il a décidé qu'il ne s'appliquerait pas cette loi à court terme en 2022, ni en 2027 en cas de deuxième mandat", a indiqué l'Élysée. À la place, "un nouveau système sera créé dans le cadre du futur régime universel par points" pour les pensions des chefs de l'État. Selon l'Élysée, la cohérence veut que la loi de 1955 ne s'applique plus à aucun président à l'avenir.

Comme Hollande, Macron renoncera à siéger au Conseil constitutionnel

L'actuel chef de l'État, qui a fêté ses 42 ans ce samedi, a également décidé de ne pas siéger à l'avenir au Conseil constitutionnel dont les anciens présidents sont membres de droit à vie, avec une indemnité de 13.500 euros nets mensuels. La décision de ne pas siéger au Conseil constitutionnel relève elle aussi d'une certaine cohérence puisque la mesure figure dans le projet de réforme constitutionnelle qui attend encore de voir le jour.

Des deux prédécesseurs d'Emmanuel Macron, François Hollande a renoncé de lui-même à y siéger au Conseil alors que Nicolas Sarkozy a démissionné du Conseil constitutionnel en 2013 suite à l'invalidation par cette instance de ses comptes de campagne pour l'élection présidentielle de 2012. Valéry Giscard d'Estaing (qui fêtera ses 94 ans en janvier 2020) reste le seul ancien président de la République à siéger au Conseil constitutionnel.

des élus de gauche relativisent le renoncement de macron à sa retraite

Plusieurs responsables et élus de gauche ont relativisé ce dimanche le renoncement d'Emmanuel Macron à toucher sa future pension d'ancien chef de l'État. "Que le président de la République, les ministres, les parlementaires soient alignés au régime général, c'est la moindre des choses", a salué le secrétaire national du PCF et député Fabien Roussel dans l'émission Le Grand rendez-vous sur Cnews et Europe 1. "Qu'on mette fin à ce type de privilège, enfin!".

Mais le renoncement du président de la République, "c'est quand même un luxe que tout le monde ne peut pas se payer", a-t-il relevé, "quand, lui, a touché 2,4 millions en 18 mois à la banque Rothschild" et "payait l'impôt sur la fortune" avant de "se le supprimer" lorsqu'il est arrivé au pouvoir. Au moment de partir à la retraite, il pourra donc bien se passer de cette pension "parce qu'il en aura les moyens", a-t-il critiqué.

Valérie Rabault, la présidente du groupe PS à l'Assemblée nationale a, elle, évoqué une "drôle de façon de présenter les choses" de la part de l'Élysée: "1. Le Gouvernement veut supprimer les régimes spéciaux 2. Le régime de retraite du Président de la République est en quelque sorte un régime spécial 3. Donc y a-t-il quelque chose d'extraordinaire à s'appliquer ce qu'on préconise pour les autres ?", a-t-elle demandé sur Twitter.

L'ancienne ministre socialiste Ségolène Royal a pour sa part considéré que "la vraie question c'est de savoir s'il renonce à retourner après l'Élysée dans le monde du business mondialisé avec les énormes retraites chapeaux qui vont avec et dont les montants sont sans commune mesure..."

Frédéric Bergé avec AFP