BFM Auto

Et si les applis anti-bouchons aggravaient les embouteillages?

En reportant une partie des conducteurs sur des axes pas prévus pour encaisser une telle circulation, les applis comme Waze pourraient aggraver les embouteillages.

En reportant une partie des conducteurs sur des axes pas prévus pour encaisser une telle circulation, les applis comme Waze pourraient aggraver les embouteillages. - Waze capture d'écran

Des chercheurs de l'université de Berkeley, en Californie, ont réalisé une simulation informatique: avec 20% de personnes utilisant une application comme Waze ou Google Maps, la circulation automobile tarde finalement à revenir à la normale, lorsque trop de conducteurs se sont reportés sur des itinéraires secondaires.

Et si les applications anti-bouchons dégradaient en réalité les conditions de circulation? Une équipe de chercheurs de l'université de Berkeley se sont intéressés à ces GPS accessibles depuis de nombreuses années sur nos smartphones, comme Waze, Google Maps et Apple Maps, rapporte un article du magazine américain The Atlantic

20% d'automobilistes "informés"... et c'est le drame

Derrière la belle promesse de mettre le moins de temps possible pour rejoindre sa destination, les conséquences sur le trafic seraient moins reluisantes. L'expérience, une simulation informatique à retrouver en vidéo ci-dessous, montre en effet deux scénarios: dans le premier, en haut, 20% des automobilistes utilisent une application anti-bouchon, dans le deuxième, personne ne dispose de cette parade numérique.

Un incident est généré, bloquant une partie des voies d'une autoroute pendant 45 minutes. Forcément, dans le premier scénario, les automobilistes informés empruntent un itinéraire de report, tandis que dans le deuxième cas, la file de voitures s'allonge plus rapidement.

Mais c'est au moment où l'incident bloquant les voies sur l'autoroute est résolu que les conséquences sont intéressantes à observer. En effet, la vidéo liste les différents effets négatifs du scénario où 20% des automobilistes sont équipés d'une application anti-bouchon: la bretelle qui leur permettait de sortir de l'autoroute reste encombrée pendant un certain temps, d'autres embouteillages se forment à cause des changements d'itinéraires et sur les voies secondaires, la situation tarde à revenir à la normale avec une vitesse ralentie et des carrefours bloqués, car pas adaptés pour absorber un tel afflux d'automobilistes.

Ce problème n'est pas nouveau: en banlieue parisienne, la ville de Meudon avait par exemple fermé une de ses rues à la circulation, ayant constaté que celle-ci s'était transformée en itinéraire de report depuis l'émergence de ces applications. Dans de nombreuses communes, les riverains de petites rues font en effet état d'un passage beaucoup plus régulier de véhicules aux heures de pointe. 

Des applis victimes de leur succès?

Autre point intéressant évoqué dans l'article de The Atlantic, l'effet de l'adoption massive de ces applications jouerait de manière importante. Moins d'automobilistes s'en servent ,et plus ils en retireraient un gain important en termes de temps économisés sur leur trajet. Cela expliquerait l'efficacité de Waze et consorts à leurs débuts, favorisant le bouche-à-oreille positif et donc une croissance du nombre d'utilisateurs. Sauf qu'aujourd'hui, avec les taxis, VTC et les particuliers qui les ont massivement adoptées, ces applis auraient déjà dépassé ce "seuil critique d'efficacité".

Même si les chercheurs restent prudents sur les conclusions à établir sur leurs recherches toujours en cours, il peut être frappant de constater qu'avec 20% des automobilistes équipés, soit une voiture sur cinq "seulement", les conditions se dégradent déjà à l'échelle de la circulation globale.

Julien Bonnet