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Sécurité routière: qui se cache derrière le populaire compte Twitter de la gendarmerie des Vosges?

Copie d'écran compte Twitter Gendarmerie des Vosges.

Copie d'écran compte Twitter Gendarmerie des Vosges. - Pauline Ducamp

Pour la Journée nationale de la courtoisie au volant, nous avons interviewé le CM (community manager) du compte Twitter de la gendarmerie des Vosges, où passent avec humour les messages de prévention.
"Lors des trajets en voiture, une pause toutes les 2 heures, c’est bien. Bien sûr, il y a le risque de somnolence mais on pense surtout à vos nerfs. Puisque l’abandon d’enfants n’est toujours pas autorisé, mieux vaut que tout le monde prenne régulièrement l’air".
"Une question nous brûle les lèvres : POURQUOI ??"
"Bientôt des licornes dans les Vosges ! En effet, si nous sommes capables, en 2020, de tomber sur un conducteur en permis probatoire à 124km/h en agglo, alors la possibilité de croiser un cheval avec une corne sur le front ne semble pas si aberrante".

Derrière ces posts Twitter empreints d’humour pour faire passer des messages importants sur des sujets comme la vitesse excessive ou le non-respect des règles élémentaires de la sécurité routière se trouvent les trois community managers (CM) du groupement de gendarmerie des Vosges, eux-mêmes gendarmes. Avec environ deux publications par jour depuis deux ans, leur compte Twitter est l’un des comptes officiels de la gendarmerie regroupant le plus de followers (11,5 milliers), avec souvent des centaines de réponses et retweets à leurs posts.

Nous avons interviewé l’un d’entre eux, qui préfère rester anonyme, en cette Journée nationale de la courtoisie au volant, journée qui prône le respect entre les différentes catégories d’usagers de la route.

BFM Auto – D’où vient l’idée de ce compte Twitter loin des canons du compte d’une institution comme la gendarmerie ?

CM de la Gendarmerie des Vosges – Nous avions déjà un compte Facebook, nous avons ensuite créé ce compte Twitter en septembre 2018. D’un ton institutionnel, nous sommes progressivement passés à un ton plus décalé. Les gens ont répondu positivement, accrochaient, répondaient aux messages. En 2019 déjà, nous faisions passer beaucoup de messages de sécurité routière comme par exemple "La flèche verte, qui s'allume à intervalles réguliers, est SANS DANGER pour votre moteur!" (voir ci-dessous). Il avait obtenu beaucoup de retweets, de likes. L’idée est que le message doit passer et pour cela, pour que les gens aient envie de le partager, de retweeter, il faut le porter de manière différente.

BFM Auto – Vous sentez-vous plus libres pour parler aux gens ?

CM de la Gendarmerie des Vosges – Nous valorisons ainsi l’institution, en donnant une autre image de la gendarmerie. Cette proximité est physique par exemple quand nous discutons sur les marchés, dans la rue avec les Français, on leur parle alors directement, avec espièglerie, en parlant le même langage, avec des références populaires. C’est ce ton que nous réemployons sur les réseaux sociaux. C’est aussi un moyen de toucher, via les partages de messages, des internautes qui n’auraient jamais suivi un compte officiel de la gendarmerie.

BFM Auto – Comment choisissez-vous les thématiques abordées ?

CM de la Gendarmerie des Vosges – Trois thématiques nous occupent en ce moment : la Covid-19, la sécurité routière et l’actualité autour de l’escroquerie. Sur cette dernière thématique, nous mettons en avant des cas concrets, selon la méthode "Si c’est arrivé à quelqu’un quelque part, cela peut vous arriver à vous aussi". Cette semaine par exemple, nous avons parlé de bronzage. Il existe un besoin de rappel sur la sécurité routière notamment. Tout a déjà été dit, les automobilistes, n’ignorent pas les règles, mais il y a toujours des morts sur la route, des tensions entre les différentes catégories d’usagers. Nous nous contentons de répéter les règles de bonne pratique.

BFM Auto – Certains posts suscitent de vifs débats, comme celui sur le comportement des cyclistes… (voir ci-dessus)

CM de la Gendarmerie des Vosges – C’était un peu provocateur, mais le but est qu’il en reste quelque chose. Nous, gendarmes, ne voulons pas avoir à constater des accidents graves, des accidents mortels. D’où un ton provocateur, d’où ces messages, qui amènent le partage, l’interaction. Ce post a été liké près de 5000 fois sur notre compte Facebook. Nous sommes provocateurs avec chacun, les motards, les automobilistes, les cyclistes selon les messages.

BFM Auto – Comment votre hiérarchie considère ce ton plus décalé, comme l’arrivée du personnage du stagiaire il y a quelques semaines ?

CM de la Gendarmerie des Vosges – Aucun partenaire, aucun membre de l’institution ne nous a jamais reproché nos posts. Cela n’est pas un exercice facile. Nous pesons chaque publication que nous faisons, dans le choix des mots, des photos, des emojis. L’humour est un jeu compliqué, "on ne plaisante pas avec l’humour" comme disait un humoriste. Vous n’imaginez pas le nombre de tweets que nous ne publions pas, nous reformulons jusqu’à ce que soit publiable. Nous avons une véritable appétence pour les réseaux sociaux. Nous y sommes aussi allés progressivement pour préparer notre communauté à notre ton décalé. Ainsi, avec l’arrivée du personnage du stagiaire, ils n’ont pas été surpris. Nous n’avons pas de retour négatif dans les commentaires.

Pauline Ducamp
https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp Cheffe de service BFM Auto