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Cette start-up promet un contrôle technique gratuit, bon plan ou arnaque? 

Contre vos données d'automobilistes, un site propose de financer intégralement votre contrôle technique.

Contre vos données d'automobilistes, un site propose de financer intégralement votre contrôle technique. - Mychèle Daniau - AFP

Une start-up française propose de prendre en charge intégralement le coût du contrôle technique, 65 euros environ, en échange des données sur le véhicule et le conducteur. Vrai bon plan ou piège à éviter?

"Si c’est gratuit, c’est vous le produit." Cet adage plus que jamais d’actualité à l’heure de l’économie numérique trouve une illustration bien concrète dans un nouveau service proposé aux automobilistes. Le site Contrôletechniquegratuit.com prend en charge le coût du fameux test de bonne santé de votre véhicule. Le concept est assez simple: en échange de données diverses sur son véhicule et sa vie d’automobiliste en général, cette start-up française va financer, en partie ou intégralement, le coût du contrôle technique. Nous avons testé le service.

Distance et mise en ligne de documents: le prix du gratuit

Tout commence sur le site internet de l’entreprise. Avant de s’inscrire, l’utilisateur est invité à repérer le centre de contrôle partenaire le plus proche de son domicile.

Premier point à noter: la remise se fera probablement au prix d’un déplacement plus long que si vous vous étiez rendu à votre centre habituel, situé le plus près possible du domicile la plupart du temps. Comme la start-up est toute jeune et vient de se lancer à l’échelle nationale après un premier test grandeur nature en Nord-Pas-de-Calais, le nombre de centres partenaires reste pour le moment limité. Le centre partenaire le plus proche pour notre test se situait à 20 kilomètres du domicile.

En région parisienne par exemple, on compte 11 possibilités. Pour notre test, le centre partenaire le plus proche se situait à 20 km de mon domicile, soit un trajet de 30 minutes en conditions normales de circulation.
En région parisienne par exemple, on compte 11 possibilités. Pour notre test, le centre partenaire le plus proche se situait à 20 km de mon domicile, soit un trajet de 30 minutes en conditions normales de circulation. © Capture d'écran

Si vous êtes prêt à faire le déplacement, vous pouvez donc vous inscrire. En plus des informations traditionnelles à fournir, le site vous demande votre numéro d’immatriculation et si vous souhaitez vendre votre véhicule. Dans ce dernier cas, petit rappel, il est nécessaire de disposer d’un contrôle technique effectué au cours des 6 derniers mois.

Carte bancaire exigée, au cas où...

Passer ces formalités d’usage, vient le traditionnel moment de cocher la case "J’ai lu et j’accepte les Conditions Générales de Vente". Pas de panique, mais deux éléments à bien avoir à l’esprit. Une fois inscrit, le site vous demande tout d’abord votre numéro de carte bancaire afin de valider le rendez-vous avec le centre de contrôle technique. Il s’agit d’une simple empreinte bancaire, mais si vous ne fournissez pas toutes les données 7 jours après votre contrôle, vous serez débité.

Ensuite, en cas de contre-visite, l’automobiliste devra passer par un garage partenaire pour effectuer les réparations demandées avec la possibilité de bénéficier d’offres promotionnelles. S’il s’agit de réparations "mineures" (ne mettant en cause ni la pollution ni la sécurité du véhicule), seule une facture sera demandée pour s’assurer que les défauts constatés ont bien été corrigés.

Toute votre vie d'automobiliste en numérique

Seconde grande étape avant de se rendre au garage: le questionnaire ou la collecte de toutes vos données d’automobiliste. Pour bien se rendre compte, sont demandés: la carte grise recto verso, la carte verte (assurance), le permis de conduire, le contrat d’assurance, le relevé d’informations (le document qui retrace votre passé d'assuré), la dernière prime d’assurance, une copie du dernier contrôle technique, le carnet d’entretien du véhicule et un maximum de factures d’entretien ou de réparations. Ouf!

Après de nombreuses fouilles à la recherche de documents, le cap des 100% est atteint!
Après de nombreuses fouilles à la recherche de documents, le cap des 100% est atteint! © Capture d'écran

Si transmettre ces données se révèle assez simple grâce à une plate-forme de téléchargement plutôt bien faite, il faut donc compter un petit peu de temps pour réunir les informations demandées et les transmettre.

Une barre de progression permet de voir en temps réel l’économie réalisée en pourcentage sur son contrôle technique ce qui apporte une dimension ludique et re-motive celui qui se découragerait en cours de route.

Des informations monétisées par le service client

Le service client, basé en France, se montre ensuite plutôt réactif. Une fois pris notre rendez-vous, nous sommes contactés par mail par un "User Happiness Manager", un "responsable de la satisfaction client". Il nous rappelle de bien répondre au questionnaire, avec la possibilité de compléter notre profil jusqu’à 3 jours avant le contrôle technique pour bénéficier du remboursement intégral. En cas d'oubli le jour J, le coût du contrôle sera à notre charge. Finalement, 3 jours avant le rendez-vous, le verdict tombe par mail:

"Félicitations! Je vous informe que vous avez bien cumulé 53 euros grâce à vos 78% de remplissage. Votre contrôle technique vous revient donc à seulement 14 euros... Pas mal non?" 

Pas mal, mais pas gratuit… Notre vœu est exaucé la veille du contrôle par un nouveau message nous indiquant que la somme restante nous est offerte. Nous avons de toute manière bien complété notre profil pour arriver au 100% synonyme de gratuité (il manquait le relevé d'informations et quelques factures), mais la start-up nous a indiqué être plutôt généreuse avec ses premiers utilisateurs afin de favoriser le bouche-à-oreille. La dizaine d'euros gagnée en dernière minute vient de données d'assurance transmises après avoir récupéré un relevé auprès de notre assureur. Fastidieux.

Des centres partenaires qui ne gonflent pas les réparations

Le jour J, notre voiture a passé avec succès son contrôle technique. Des défauts mineurs ont été constatés mais sans que cela nécessite de contre-visite. Il s’agit ici d’un cas particulier, mais on peut tout de même exclure une pré-disposition de "Contrôle Technique Gratuit" à ne choisir que des centres avec des taux de contre-visites au-dessus de la moyenne pour ensuite se retrouver avec des réparations coûteuses à effectuer.

Autre bon point, nous avions reçu par mail un rappel des "essentiels à ne pas oublier pour votre RDV": ne pas oublier la carte grise, vérifier que tous les feux fonctionnent correctement et rouler une quinzaine de minutes avant pour mettre le moteur en condition (un dernier conseil qui permet de relativiser le déplacement à effectuer pour le contrôle!)

Et ensuite? Pas de boite mail spamé

Le contrôle technique passé, nous nous attendons à recevoir une avalanche de spams dans notre messagerie. Et bien non. Contrôle technique gratuit a noué des partenariats avec différents acteurs du secteur automobile comme des garagistes ou des assureurs. A partir des données clients, un algorithme est donc bien en mesure de trouver une correspondance entre une offre d’un des partenaires et un profil de conducteur donné. Ces offres ne seront consultables que par l'interface du site.

Les données ne sont donc pas transmises directement aux partenaires de Contrôle technique gratuit. Le site se charge de mettre relation puis se rémunère sous forme de commissions sur les biens ou services achetés par le client. Cette protection des données s’associe à un rôle de garage virtuel pour vos documents. Le site a en effet comme vocation de devenir votre centre de stockage personnel de vos données d’automobilistes avec la possibilité de les récupérer à tout moment. 

Nous voilà donc prêt à repasser un nouveau contrôle technique gratuit dans deux ans, avec cette fois-ci une simple mise à jour des données à effectuer. Ce qui devrait rendre l'opération beaucoup plus simple. 

Tous les documents sont stockés dans un e-carnet d'entretien
Tous les documents sont stockés dans un e-carnet d'entretien © Capture d'écran
Julien Bonnet