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La route solaire, ou l'échec d'une expérience coûteuse

La route solaire de Tourouvre au Perche lors de son inauguration en décembre 2016.

La route solaire de Tourouvre au Perche lors de son inauguration en décembre 2016. - CHARLY TRIBALLEAU / AFP

Moins de 3 ans après son inauguration par la ministre de l'environnement de l'époque, Ségolène Royal, la plus grande route solaire du monde installée en Normandie se révèle un fiasco, selon un article du Monde. Parmi les principales critiques: une usure plus rapide que prévu, le bruit généré et une production d'électricité bien en-dessous des objectifs.

En décembre 2016, Ségolène Royal, ministre de l'environnement à l'époque, inaugurait la plus grande route solaire du monde. La départementale 5 débouchant sur la petite commune de Tourouvre au Perche (Orne) était ainsi recouverte de 2800 m2 de panneaux photovoltaïques sur un kilomètre. Une "hélioroute" (l'autre petit nom de la route solaire) innovante et présentée alors comme un avant-goût d'un déploiement massif de cette technologie, avec un total de 1000 km de routes solaires prévues dans toute la France en 2020.

5 millions d'euros d'investissement public

Mais deux ans et demi plus tard, difficile de ne pas parler de fiasco, indique un article du Monde. Le projet dans l'Orne avait donné lieu à un investissement de 5 millions d'euros en fonds publics et avait été confié à Wattway, une filiale de Colas (groupe Bouygues).

Premier problème: le rendement de l'installation. Dès la première année d'exploitation, les près de 150 MWh d'électricité représentent un peu plus de la moitié de la production attendue (de 790 kWh par jour, soit un peu plus de 288 MWh sur un an). Parmi les explications, certaines dalles avaient disjoncté lors d'un orage. En prenant en compte uniquement celles qui ont pu fonctionner en continu, l'objectif est atteint à 83%, se défend à l'époque Wattway. Mais les années suivantes vont confirmer cette déconvenue, avec seulement 78 MWh produits en 2018 et 38 MWh sur les six premiers mois de 2019. Soit peine plus du quart de la production attendue.

En dehors d'une certaine sensibilité aux orages, il semblerait que les camions, piétons, voitures, vélos et motos utilisant une hélioroute font davantage d'ombre qu'attendu, sans parler des salissures qui font obstacle au passage de la lumière, expliquait l'émission Radio Brunet sur RMC Info en novembre dernier, reprenant une enquête de Reporterre

Dégradation rapide et bruits de roulement

Cette usure prématurée fait aussi partie des défauts constatés. "La route fait désormais pâle figure avec ses joints en lambeaux, ses panneaux solaires qui se décollent de la chaussée et les nombreux éclats qui émaillent la résine protégeant les cellules photovoltaïques", note l'article du Monde.

Le bruit généré par cette chaussée dégradée gêne par ailleurs les riverains. Les autorités sont ainsi contraintes d'abaisser la vitesse à 70 km/h, dur à avaler dans une France qui n'a pas forcément bien vécu le passage à 80 km/h sur plus de 400.000 km de routes.

De sérieux doutes sur l'avenir de cet équipement

Avec ce retour d'expérience rapidement négatif, les autres projets prévus en France n'ont pas tous été maintenus. La route solaire qui devait en partie recouvrir la rocade marseillaise a ainsi fait les frais du fiasco normand, tout comme celle qui devait être installée sur une route régionale bretonne. A Brellevigny (Vendée), la route solaire a été remplacée après avoir été particulièrement malmenée par les passages de poids lourds pendant 2 ans, indique un article de Ouest France publié en mai 2018.

Du côté de Tourouvre dans l'Orne, Wattway reconnaît son échec. Le concept d'hélioroute testé sur place ne sera pas commercialisé, mais va évoluer. 

"Nous privilégions désormais de petits modules de 3, 6 ou 9 m2 destinés à fournir assez d’électricité pour une caméra de vidéosurveillance, l’éclairage d’un abribus ou une borne de recharge pour vélo électrique, explique au Monde le patron de Wattway, Etienne Gaudin. Le prix du kWh reste cinq à six fois plus cher que le panneau photovoltaïque classique, mais les panneaux collés au sol règlent, par exemple, les problèmes de vol."

Malgré ce sombre bilan, les élus locaux semblent se consoler avec la notoriété qu'a apportée ce projet au territoire. Mais si l'idée était plutôt de tester une solution industrielle d'avenir, difficile d'évaluer les retombées économiques de ce qui s'impose plutôt comme une très coûteuse campagne de communication. 

Julien Bonnet