BFM Business

Essai - J'ai fait Lyon-Paris en Tesla Model S sans recharger

Tesla promet 610 kilomètres d’autonomie (WLTP) sur sa Model S Long range (longue autonomie). Nous les avons pris au mot, avec pour objectif de parcourir un Lyon-Paris soit 460 kilomètres sans recharger. Reportage.

2019, année électrique. Alors que tous les constructeurs enrichissent leur gamme d’un ou plusieurs modèles électriques, pour se conformer aux normes européennes de plus en plus contraignantes, Tesla conserve son leadership sur bien des points. En particulier l’autonomie.

Le constructeur californien propose ainsi une version "Long range" (longue autonomie) de son vaisseau amiral, la Model S. Avec 610 kilomètres d’autonomie annoncés (WLTP), la berline domine le marché, de quoi promettre de longs trajets avec au pire une seule recharge. Et pourquoi même pas de recharge du tout ? Alors que l’autonomie reste l’un des freins pour beaucoup d’acheteurs potentiels (2,4% des ventes en France sur les 9 premiers mois concernent des électriques), nous avons voulu essayer de faire un Lyon-Paris, soit 460 kilomètres, sans passer par la case prise. Et ce malgré les 70 superchargeurs proposés par Tesla sur tout le territoire.

La Tesla Model S Grande autonomie de notre essai.
La Tesla Model S Grande autonomie de notre essai. © JM

Mais pourquoi la Tesla Model S?

Parce que sept ans après la sortie des premières Model S aux Etats-Unis, la berline 100% électrique a bien changé. Pas vraiment au niveau de son look extérieur, qui n'a globalement été modifié qu'une seule fois en 2016 avec, à l'avant, la calandre fermée comme principale modification, mais plutôt dans la copie d'ensemble rendue par la jeune marque californienne. Depuis 2012, Tesla a en effet adopté un grand nombre de modifications par petites touches, à tel point que la version "Grande autonomie" ("Long Range" en VO) de notre essai comporte 73% d'éléments différents par rapport à ses ancêtres, les premières Model S sorties d'usine en 2012. De quoi faire de cette vieille dame de l'électrique, une petite jeune toujours dans le coup? C'est ce que nous allons voir tout de suite.

L'Autopilot permet de voyager de manière assistée sur voie rapide.
L'Autopilot permet de voyager de manière assistée sur voie rapide. © JM

Au volant

Pour prouver que cette nouvelle Model S mérite bien son qualificatif de "Grande Autonomie", Tesla nous a proposé un défi intéressant: réaliser un Lyon-Paris sans recharger, mais sans s'imposer de restrictions de conduite particulières. Nous pouvons rouler aux limitations de vitesse et donc sur une grande partie du parcours à 130 km/h, et pas 10 voire 20 km/h en-dessous, comme cela peut parfois être recommandé pour maximiser son autonomie sur autoroute. 

Dans le détail, nous sommes partis du Service Center (les centres d'entretien de la marque) de Dardilly, au nord de Lyon avec l'objectif de rejoindre la rédaction de BFMTV, dans le XVe arrondissement de Paris, soit un trajet d'une distance totale de 460 kilomètres. Rien de compliqué a priori pour une voiture qui affiche 610 kilomètres d'autonomie. Sauf qu'en réalité la norme WLTP, sur laquelle repose cette estimation, correspond à des tests réalisés en laboratoire et reflète des trajets réalisés à la fois en ville et sur voie rapide. Or, notre Lyon-Paris se déroulait principalement sur autoroute, un cadre peu favorable à la voiture électrique avec une autonomie qui chute plus rapidement à des vitesses élevées et sans ralentissement pour récupérer de l'énergie. A l'inverse d'une thermique, la voiture électrique se révèle ainsi moins gourmande en ville mais un potentiel gouffre de consommation sur autoroute. 

Parti chargé à 100%, l'ordinateur de bord nous suggère de nous arrêter à la station superchargeurs d'Auxerre dans l'Yonne pour 20 minutes, histoire d'arriver un peu plus sereinement à notre destination finale. Nous déclinons la proposition et l'écran tactile central de 17 pouces nous annonce le verdict: nous arriverons avec 9% d'autonomie restante à Paris. 

L'autopilot reste un bon assistant de conduite sur autoroute.
L'autopilot reste un bon assistant de conduite sur autoroute. © JB

Une fois lancée sur l'autoroute, la Model S fait preuve de ses qualités de grande routière, avec un confort amélioré grâce aux nouvelles suspensions adaptatives. L'Autopilot est désormais proposé de série sur toute la gamme (Model S, Model X et Model 3). Il se résume à un duo composé d'un assistant au maintien de cap et d'un régulateur de vitesse adaptatif. Pour profiter des fonctions avancées (changement de file automatisé, parking automatique... et toutes les futures possibilités que Tesla proposera via mise à jour), il faut prendre l'option "Capacité de conduite entièrement autonome" à 6.300 euros. 

Le duo fourni de série reste toutefois très efficace pour rouler sur voie rapide, malgré quelques hésitations lorsqu'on dépasse un camion par exemple. Un embouteillage nous a aussi permis d'apprécier l'apport de l'Autopilot dans les bouchons, avec une gestions des arrêts et redémarrages successifs entièrement automatisée tout en nous maintenant dans notre file. Contrecoup de cette tâche ingrate confiée à l'ordinateur, nous avons été privé d'Autopilot suite à cette expérience. Notre Model S a en effet jugé que nous n'avions pas assez conservé les mains sur le volant. Heureusement, le premier arrêt pour déjeuner était proche... et un passage en mode parking permet de retrouver son assistant. Un système de "punition" introduit en 2016 et qui offre une réponse intéressante à une "inattention" plus ou moins volontaire des conducteurs

Après notre arrêt sur une aire d'autoroute, nous reprenons notre parcours avec rapidement les premiers messages du navigateur nous invitant à diminuer notre vitesse, à 125 km/h, puis successivement, à 120, 110 puis 100 km/h. Nous ignorons ces recommandations, restant sur notre objectif de ne pas faire ce parcours en adoptant une réelle "éco-conduite". Seul problème: les conditions météo se dégradent rapidement, le vent et la pluie nous invitent ainsi tout de même à réduire l'allure. Et le navigateur de la Model S affiche désormais un message en rouge: "recharge nécessaire pour atteindre la destination" avec une autonomie annoncée à l'arrivée de 0%, voire de -1%. Nous ne sommes alors plus qu'à 64 kilomètres de notre destination finale, avec toujours la possibilité de nous "supercharger" à Rungis ou Thiais, dans le Val-de-Marne. Nos derniers chiffres de consommation, détaillées sous différentes formes sur l'écran principal du véhicule, et l'arrivée dans la circulation très dense de la région parisienne, nous poussent tout de même à continuer notre défi jusqu'au bout...

'LE' chiffre: 0

Nous sommes bien arrivés à destination, avec un beau 0 km restant au tableau de bord. Le bilan énergétique du trajet est plutôt flatteur pour notre Model S de plus de 2 tonnes, qui a réalisé exactement 460,8 km depuis sa dernière charge complète à Lyon en utilisant 91,8 kWh d'électricité, soit une moyenne de 19,9 kWh aux 100 kilomètres. A titre de comparaison, la première voiture 100% électrique de Porsche, la Taycan, annonce une consommation moyenne de 23 kWh aux 100 pour la donnée la plus optimiste.

L'occasion de souligner que certaines thermiques ne peuvent clairement pas réaliser notre trajet-test sans passer par la case station-service. Notre choix de ne pas charger répond plutôt à une volonté de tester les limites de la Model S dans le cadre d'une expérience: au final, elle conforte Tesla dans son discours autour des superchargeurs, qui permettent de récupérer très rapidement de l'énergie à un moment où on aura de toutes façons besoin a priori de se nourrir, se détendre et toutes autres activités de pause routière. Notre expérience nous a tout de même permis de ne pas sortir de l'autoroute pour recharger. Mais les stations surperchargeurs restent très proches des grands axes et, si l'on tient vraiment à ne pas passer par la case péage, les aires sont de plus en plus nombreuses à proposer des bornes de recharge.

Des indications pas très encourageantes... L'ordinateur de bord prévoit une arrivée avec seulement 1% de charge.
Des indications pas très encourageantes... L'ordinateur de bord prévoit une arrivée avec seulement 1% de charge. © JB

'LE' truc en plus: la plus connectée

Le truc en plus de la Model S reste définitivement son intérieur, qui a beaucoup progressé au fil des années dans sa qualité de finition, désormais plus raccord avec son positionnement tarifaire. Le toit en verre gigantesque et teinté renforce le sentiment d'espace et le design épuré conserve le côté avant-gardiste des Tesla

Mais le plus notable reste bien sûr l'architecture homme machine de la Model S. Des écrans derrière le volant et tactile au centre, c'était visionnaire en 2012... et reste assez futuriste en 2019. Avec une taille de 17 pouces, l'énorme dalle centrale reste une exception dans le paysage des intérieurs automobiles actuel, qui regorgent certes aussi désormais d'écrans mais pas dans une proposition aussi radicale. Tesla transforme de plus en plus ses voitures en salles de loisirs interactifs. Pour meubler les temps de charge, Netflix, Youtube et un karaoké sont au programme de la dernière version du système embarqué en cours de déploiement. Les mises à jour régulières, une autre particularité de Tesla toujours inégalée.

Dans le même registre, on pourra citer la connectivité avec le smartphone pour interagir avec le véhicule. Un contrôle à distance poussé à l'extrême avec le dernier mode Smart Summon, qui transforme les Tesla en voiture télécommandée pour adulte et proposé à certains clients américains depuis quelques semaines. Comme avec l'Autopilot, la fonction, proposée en version "test", doit être utilisée avec précaution par l'utilisateur. Une implication du client inédite également dans l'automobile, et qui peut potentiellement faire rêver les nombreux aventuriers du nouveau monde numérique. 

Elon Musk, en gourou des temps modernes, sait parfaitement faire parler de sa marque et de ses produits. Au-delà de ses performances, en endurance comme au sprint, la Model S accueille aussi les fameux "easter eggs", ces blagues de développeurs de plus ou moins bon goût. On peut ainsi générer un feu de cheminée à l'écran, avec déclenchement de la ventilation et des sièges chauffants, ou des bruits de pets géolocalisés dans l'habitacle. Des sons qui seront potentiellement diffusés bientôt à l'extérieur du véhicule, en klaxon ou bruit de roulement base vitesse... c'est ça aussi la magie Tesla!

L'intérieur de la Tesla Model S Noir et blanc, finition en bois imitation frêne
L'intérieur de la Tesla Model S Noir et blanc, finition en bois imitation frêne © jb
Notre modèle d'essai: Tesla Model S Grande Autonomie 90.800 euros avec options (bonus de 6000 euros déduit) 
Julien Bonnet, avec Jessica Mohammedi