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Confinement: peut-on suspendre ou résilier l'assurance auto d'une voiture qu'on ne peut plus utiliser?

Il peut être tentant de résilier ou suspendre l'assurance auto de son véhicule s'il ne sert pas pendant le confinement. C'est malheureusement illégal, à moins de le revendre. Même immobilisé, votre automobile doit toujours être assurée.

Elle est là, immobilisée depuis maintenant près de 3 semaines, bien à l'abri dans un garage fermé, toute sage au milieu d'un parking collectif ou bien encore seule dans la rue, le long d'un trottoir, à contempler le faible trafic automobile actuellement. Elle, c'est bien sûr votre voiture, dont vous n'avez peut-être plus l'usage en cette période où les Français sont appelés à restez chez eux, autant que faire se peut. 

Une voiture, même à l'arrêt, doit toujours être assurée

Une question revient alors assez naturellement: puis-je résilier ou suspendre mon assurance automobile si je ne me sers pas de mon véhicule? A la clé, une économie non-négligeable: en 2018, la prime moyenne versée par les automobilistes était de 618 euros d'après Assurland. Cela donnerait donc 51,50 euros par mois d'immobilisation. Malheureusement, la règle, assez simple à comprendre, laisse peu de marge de manœuvre.

"Avoir une voiture non-assuré est interdit. Si vous en êtes propriétaire, ce n'est pas parce qu'elle reste à l'arrêt quelques jours que vous pouvez vous exonérez d'une assurance. Il faut au moins disposer de ce qu'on appelle l'assurance au tiers, ou la responsabilité civile, qui permet de couvrir les dommages potentiellement causé à quelqu'un d'autre, rappelle Julien Fillaud, directeur général du comparateur en ligne Hyperassur. Or, on pense toujours qu'une voiture peut causer un dommage uniquement en roulant, mais cela vaut également pour un véhicule à l'arrêt. Si on vous brûle votre voiture garée dans la rue, les dégâts causés aux autres véhicules autour, par exemple, seront couverts pas votre assurance."

La seule solution, donc, pour arrêter de payer son assurance auto serait de se débarrasser de son véhicule, en le mettant à la casse ou, plus raisonnablement, en le revendant. 

Une période qui peut réclamer plus de protection 

A l'arrêt et potentiellement loin de votre lieu de confinement, il peut en outre être intéressant de souscrire à un produit plus protecteur si votre véhicule est assuré au tiers.

"Sans forcément passer à du tout-risque, on peut envisager de souscrire une garantie vol et incendie, qui couvrira ainsi son propriétaire contre ces deux risques, conseille Julien Fillaud. Cela varie bien sûr selon sa valeur mais un véhicule de moins de 5 ans mérite un niveau de garantie élevé. A l'inverse, si vous avez des économies à faire, vous pouvez passer d'une tout-risque à du vol et incendie, ou de déclarer moins de kilomètres par année."

La période peut ainsi être l'occasion de se pencher sérieusement sur son assurance et de vérifier notamment le rapport entre la prime versée et la protection offerte:

"Un comparateur d'assurances en ligne peut permettre de dégager les compagnies concurrentes proposant des prestations similaires à moindre coût. Vous pourriez aussi vous rendre compte que la vol et incendie chez un assureur coûte moins cher qu'une assurance au tiers chez un autre." 

On peut également penser aux assurances au kilomètre, ou "pay as you drive" mais ces offres s'adressent surtout aux petits rouleurs et peuvent être complexes à appréhender. Mais que faire concrètement pour changer d'assureur?

"En cas de faible différence de prix, vous pouvez contacter votre assureur pour qu'il s'aligne mais si le fossé est trop important il ne pourra sans doute pas faire d'effort et vous pourrez alors éventuellement envisager un changement d'assurance", recommande Julien Fillaud.

A la sortie du confinement, des primes en forte hausse?

Dans ce contexte de voitures à l'arrêt, la Maif a pris les devants en annonçant la semaine dernière qu'elle rendait 30 euros à ses assurés, pour répercuter la baisse du nombre d'accidents automobiles avec la chute impressionnante du trafic depuis le début du confinement. "L'assureur militant" propose par ailleurs de reverser ce remboursement au personnel soignant.

On pouvait en effet s'attendre à une forte baise de la "sinistralité", le nombre d'accidents, qui représente un coût pour les assureurs et mobilise donc les primes des assurés. 

A l'inverse, on s'attend potentiellement à une hausse de la prime 2021 avec un scénario de sortie de confinement susceptible d'encourager de nombreux accidents. La perte de certaines habitudes de conduite et une vague de départs avec un trafic très chargé pourraient en effet entraîner une multiplication des dégâts subis par les automobilistes. En remboursant de nombreux sinistres, les assureurs se verraient donc contraints de gonfler la prime l'an prochain. 

"On est plutôt parti pour avoir un maintien voire une baisse, c'est ce qui explique "le geste" de la Maif à l'attention de ses assurés, souligne Julien Fillaud. En cas de sortie de confinement catastrophique en termes de sinistralité, de toutes manières les impacts sur les primes se feraient l'année suivante, en 2022."
Julien Bonnet