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YouTube en difficulté face aux réseaux pédophiles

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Sous la pression de ses annonceurs, YouTube a supprimé plus de 400 chaînes et des dizaines de milliers de commentaires. Pour limiter les agissements des prédateurs sexuels, la filiale de Google se contentait jusqu'à présent de désactiver les commentaires sous certaines vidéos.

Il suffit de quelques clics. Sur YouTube, un véritable réseau de pédophiles s’organise. Des adultes s’échangent des liens vers des vidéos montrant des enfants, souvent des petites filles, qui s’entraînent à faire de la gymnastique, dansent dans leur chambre ou se filment simplement en train de jouer. A tel point que des chaînes cumulant une dizaine d’abonnés seulement se retrouvent avec une vidéo qui dépasse les centaines de milliers de visionnages. Et de nombreux commentaires à caractère sexuel.

Ce phénomène est dénoncé depuis longtemps. Mais un homme a mis le feu aux poudres. Dimanche 17 février, le youtubeur de la chaîne "Matts what it is" révèle que certains contenus sont précédés d'annonces publicitaires, par exemple pour Disney ou Nestlé. De quoi mettre Google, propriétaire de YouTube, dans l'embarras. Quelques jours après ces révélations, Epic Games, le studio à l’origine du jeu phénomène Fortnite, annonce arrêter momentanément la diffusion de publicités sur la plateforme. Hasbro, Nestlé et d'autres annonceurs font de même. Tous demandent à Google de prendre des mesures pour supprimer ce type de contenus.

Dos au mur, YouTube a réagi. Plus de 400 chaînes et des dizaines de milliers de commentaires ont été supprimés. Mais tout est loin d'être réglé. Ce vendredi soir, la vidéo d'une petite fille faisant de la gymnastique (400.000 vues), dont les nombreux commentaires à caractère sexuel ont été désactivés, était encore monétisée. Avec des annonceurs comme Booking ou Adidas.

Publicité pour Booking avant une vidéo de petite fille faisant de la gymnastique. Les commentaires ont été désactivés.
Publicité pour Booking avant une vidéo de petite fille faisant de la gymnastique. Les commentaires ont été désactivés. © DR

De nombreuses alertes

Pour YouTube, la problématique est loin d'être nouvelle. En 2016 déjà, le youtubeur français "Le roi des rats" publiait une vidéo sur le sujet, visionnée plus de 670.000 fois. En 2018il décrit un "réseau malsain" de prédateurs sexuels qui s'échangent des liens de vidéos sur des forums ou sur d'autres réseaux sociaux. Ce qui explique pourquoi certaines dépassent le million de vues, alors que la chaîne compte très peu d'abonnés.

Tous ces contenus sont d'autant plus faciles à trouver que l’algorithme de suggestion de YouTube est très performant. Il suffit de visionner une seule vidéo mettant en scène un jeune enfant pour que la plateforme en propose des dizaines d’autres.

YouTube pedophilie
YouTube pedophilie © DR

Dans les commentaires, des utilisateurs complimentent les enfants, parfois très jeunes (pour rappel, YouTube est interdit aux moins de 13 ans). Les éléments de langage sont similaires: "belle", "sexy", "chaude"... Certains renseignent même des "time code", renvoyant à un moment précis de la vidéo. Comme le montre "Matts what it is" dans sa vidéo, ces "time code" correspondent souvent à des scènes où le corps de l'enfant se dévoile, par exemple au détour d'une figure de gymnastique.

Pourquoi YouTube n'a rien fait avant? 

YouTube était-il au courant? C’est très probable. Car sous certaines vidéos, les commentaires sont "désactivés" de longue date. Le propriétaire d’une chaîne peut bien sûr décider d'empêcher la publication de commentaires. Mais comme le détaille YouTube dans article de blog publié en 2017, la plateforme s'en réserve aussi le droit en cas de "commentaires inappropriés sur les vidéos mettant en scène des mineurs". 

Ce n'est pas la première fois que YouTube traîne à réagir. En 2017, des annonceurs avaient déjà menacé de retirer leurs publicités de la plateforme s'ils continuaient à être affiliés à des contenus terroristes, racistes et homophobes. YouTube avait immédiatement rectifié le tir et durci sa politique de monétisation. Une nouvelle fois, la réaction de l'entreprise américaine est liée à la pression financière de ses clients. 

Mise à jour du 25/02 à 11h45 : "Tout contenu -y compris les commentaires- qui met en danger des mineurs est odieux et nous avons des règles claires les interdisant sur YouTube. Nous avons immédiatement pris les mesures correspondantes, en supprimant des chaînes et des comptes, en signalant toute activité illégale aux autorités et en désactivant les commentaires sur des dizaines de millions de vidéos incluant des mineurs. Il reste encore des choses à faire, et nous continuons à travailler pour améliorer notre dispositif et être encore plus rapide pour appréhender ces abus", a déclaré un porte-parole de YouTube France auprès de BFM Tech.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech